mercredi 16 mars 2011
Une décision gouvernementale déclare nul et de nul effet les récents agréments accordés aux bureaux de change. Il interdit de facto le change par le marché parallèle. Rendant du coup la profession de cambiste illégale. Jusqu’à nouvel ordre.
Cette décision fait de ceux qui se livrent tous les jours à cette pratique des clandestins. Et ceux qui sont pris la main dans le sac subissent le sort réserve à un clandestin.
La décision gouvernementale a pris de court les cambistes. Mais aussi leurs clients. Cette décision tombe alors qu’ils avaient les sacs et les coffres forts bien remplis des billets de banque venus du vieux continent et d’outre atlantique. Ces billets sont devenus pour eux une patate chaude entre les mains. Si on la jette on aura jeté de la nourriture. Et si on la garde on se brûle les mains. Que faire dans ces conditions ?
Pour se débarrasser de ces billets de banque, hier très prisés aujourd’hui encombrants, il faut les changer. Mais les changer où et avec qui ?
Dans ces milieux c’est désormais la suspicion la plus totale. Personne ne fait plus confiance à personne. Des agents se présentant en tenue civile sillonnent les marchés à la recherche de quelque clandestin. Du coup, la méfiance est de mise.
Tout le monde peut vous livrer. Même celui qui se présente avec une tenue digne d’un iman ou d’un prélat, est un agent potentiel. Vous avez dit agent secret ? Les nostalgiques d’un temps qu’on pensait à jamais révolu sont bien servis.
Dans ce domaine au moins la Guinée n’a point besoin de faire appel aux partenaires extérieurs. Pour former des agents secrets, la Guinée à une expertise à vendre. Elle s’est spécialisée des années durant au métier d’agents secrets. Ces derniers étaient au chômage. Et voilà que le Ciel se souvient à nouveau d’eux.
Dans un contexte où tout le monde est potentiellement un agent secret, le dollar ou l’Euro sont devenus une véritable épine dans le pied de ceux qui les détiennent. Ce problème survient à un moment où de nombreuses familles ne comptent que sur les envois des leurs pour la nourriture et le loyer mensuel.
La famille a revendu une maison ou plusieurs parcelles pour envoyer un enfant à l’étranger. Pour lui rendre l’ascenseur, cet enfant envoie régulièrement 100 Euro ou l’équivalent du billet vert à la famille. Mais tout d’un coup, les billets de banque étrangers deviennent une fraude. Pire que la drogue. D’où la rareté voire l’inexistence de bureaux de transfert.
Dès lors le destinataire d’un montant n’a pas le choix que de changer ce montant au tarif fixé par celui qui prend le risque de faire la transaction. Encore faudrait-il trouver cette personne. Or le billet de banque en soi n’a de la valeur que s’il vous permet d’acheter quelque chose.
Priver les citoyens de cette manne financière que les leurs leur envoie relève d’une pratique d’un autre temps. Pas du monde mondialisé et globalisé.
Défendre le franc guinéen en difficultés c’est bien, c’est même noble et louable. Mais prendre des mesures d’accompagnement c’est encore mieux.
Les autorités devaient fournir à la banque centrale et aux banques primaires suffisamment des devises avant de prendre une telle décision. Autrement cette décision pourrait être perçue comme une violation du droit le plus élémentaire du citoyen. Lequel citoyen doit jouir pleinement et entièrement de ses biens. Que ces biens soient en nature ou en espèce.
Il ne reste plus qu’à souhaiter que de nouveaux agréments soient rapidement octroyés afin que la vie reprenne dans ce secteur vital. Un secteur où deux choses sont incompatibles : absence de devises à la banque centrale et interdiction de l’exercice du métier de cambiste.
Comme dit un proverbe de chez nous, lorsqu’il le soleil est au Zénith, il est illusoire de penser pouvoir l’éclipser avec la main de la main.
Habib Yembering Diallo
Analyste et Correspondant de www.nlsguinee.com à Conakry
Contact : habibyambering@yahoo.fr
Tel: (+224) 62 29 11 95
Pour www.nlsguinee.com
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