mardi 01 mars 2011
La victoire « électorale » de M. Alpha CONDE, suivie de son installation à la présidence de la république, n’a pas suscité l’enthousiasme de ses compatriotes. C’est le moins qu’on puisse dire ou écrire.
Pourtant, dans nos pays, une alternance, si elle est démocratique comme proclamée à CONAKRY, engendre souvent un enthousiasme qui libère à son tour des énergies créatrices qu’on ne soupçonnait pas au paravent.
Exemple : l’élection transparente et démocratique de maître Abdoulaye WADE à la présidence du SENEGAL en 2000 avait suscité en son temps, un enthousiasme jamais égalé de ses compatriotes. L’optimisme généré alors, avait été vite transformé en dynamisme entrepreneurial accru des Sénégalais de toute condition, dynamisme d’ailleurs jamais relâché. Chacun y a cru. Le nouvel élu l’avait été dans une transparence indiscutable. Sa stature personnelle et sa connaissance parfaite de son pays lui conférèrent alors une crédibilité dont le SENEGAL continue de bénéficier encore aujourd’hui. Et, malgré les conditions climatiques peu favorables de leurs pays, les Sénégalais vivent moins difficilement que certains de leurs voisins naturellement dotés en ressources, comme la GUINEE.
Certes l’environnement sociopolitique interne y a évolué. La situation politique s’y est dégradée, mais les changements structurels majeurs intervenus dans les premiers mois du premier mandat de maître WADE, sont désormais irréversibles. Et le SENEGAL est devenu dans la sous-région, un acteur politique majeur dont l’avis compte au plan africain et international.
Chez nous en GUINEE, rien de tout cela. Depuis la présence indue de M. ALPHA CONDE au second tour de la présidentielle, suivie de la proclamation de sa discutable « victoire », le pays a sombré dans une apathie désespérée, semblable à celle qui prévalait durant l’interminable fin de règne de M. LANSANA CONTE dont l’agonie traînait en longueur et en langueur.
Alors, d’où vient que « l’élection » de M. ALPHA CONDE à la présidence de la république par le « général » SEKOUBA KONATE et sa bande militaro-affairiste, n’a pu susciter qu’apathie, méfiance et maintenant une irritation visible, doublée d’une inquiétude générale pour l’avenir même de notre pays ?
Les Guinéens de l’intérieur, comme ceux résidant à l’extérieur, vivent cette nouvelle présidence comme une nouvelle malédiction annonçant pour le pays, des lendemains pas forcément radieux.
Ayant participé directement, de l’intérieur, à l’ensemble du processus électoral, j’avais perçu la détresse qui s’emparait de nos compatriotes, au fur et à mesure qu’il leur apparaissait que le clan militaro-affairiste de « général » SEKOUBA KONATE était déterminé à nommer M. CONDE, président de la république. J’en avais à l’époque averti nos concitoyens par un article que j’avais intitulé (Les dés sont jetés : M. ALPHA CONDE sera nommé président de la république). J’ai eu malheureusement raison. Je préférerai avoir eu tort.
Depuis, le gouvernement est installé. Le nouveau président a pris ses marques. Il a déjà effectué de nombreux voyages, notamment en ANGOLA, LIBYE et au BURKINA. Le sursaut normalement attendu après une élection pluraliste, n’est pas venu et ne viendra probablement pas. Bien au contraire. La détresse perçue s’est vite transformée en une hostilité d’abord sourde, et maintenant de plus en plus affirmée.
Cette défiance visible de nos compatriotes à l’égard du nouveau président n’est pas liée à une hostilité qui préexisterait contre lui. Elle ne procède pas non plus d’un prétendu « complot » qui viserait à saboter une action dont on cherche en vain le moindre commencement.
Bien au contraire, le nouveau président, avant même son intronisation, bénéficiait déjà de l’allégeance de son principal concurrent. Peut-être, voulant éviter au pays des troubles majeurs, à mon avis peu probables, M. SIDYA TOURE, au premier tour du scrutin présidentiel, avait été cambriolé de ses droits que les électeurs lui avaient donnés dans les urnes, sans qu’il ait eu une réaction excessive comme cela arrive souvent, lorsqu’on est triché avec une désinvolture arrogante. Et c’était le cas.
M. ALPHA CONDE était éliminé dès le premier tour. Je l’avais écrit à de multiples reprises, au risque de passer pour plus royaliste que le roi lui-même, sans jamais être démenti par qui que ce soit. Je le maintiens encore aujourd’hui, même s’il est soutenu par ce qui ressemble à un ou des puissants réseaux occultes extérieurs de cooptation. Admettons donc que M. CONDE a été « élu », mais par SEKOUBA KONATE contre la volonté de l’immense majorité du pays. La reconnaissance hâtive de sa « victoire », à mon avis politiquement et juridiquement discutable par son principal concurrent, SIDYA TOURE, atteste que personne n’a cherché à le contrarier, parce que secrètement, chaque GUINEEN, espérait une rupture franche, radicale et décisive avec le calamiteux passé récent et le personnel politique gouvernemental qui en avait été l’acteur. Or en guise de rupture, on a assisté à l’intronisation du clan des REVENANTS contre lesquels précisément le pays s’était insurgé, il n’y a pas si longtemps.
Quatre mois, c’est peu pour exiger un résultat quelconque. Vouloir le faire, c’est à l’évidence faire preuve de mauvaise foi. Mais quatre mois, c’est largement suffisant pour exiger du nouveau président qu’il indique enfin au pays, la LIGNE DIRECTRICE PRINCIPALE autour de laquelle il aurait articulé ses projets (s’il en a, ce dont je doute), visant à améliorer rapidement les conditions de vie de nos concitoyens. C’est précisément là le problème, à mon avis insoluble, avec ce nouveau président.
De mon point de vue, il a accompli son destin, celui de devenir Président de la République d’un pays quelconque, la GUINEE ou le BURKINA, c’est la GUINEE qui était à sa portée. Il en a saisi l’opportunité. N’ayant qu’un vague lien d’ailleurs très lointain avec notre pays, il n’y a pas d’attaches connues. Plus de cinquante ans entre la FRANCE et BURKINA, et quelques rares courts séjours à CONAKRY, ne permettent évidemment pas d’être attaché au pays. Il n’y a donc pas d’impatience, ni de malveillance à lui demander des comptes sur la direction dans laquelle il a l’intention de conduire notre pays.
Mis à part des déclarations à l’emporte-pièce, des vendettas fiscales contre quelques commerçants vulnérables, des discours incohérents, parfois incompréhensibles, et les proclamations de soutien à M. KHADAFI alors même que ce dernier est en train de massacrer sa propre population, n’importe quel citoyen de la GUINEE serait en peine de déceler le moindre signe d’espoir dans les décisions chaotiques du président Alpha CONDE.
Au plan intérieur, le nouveau président a pris deux initiatives dont les conséquences à moyen et long terme seraient catastrophiques pour notre pays : la confirmation de la cession désastreuse des mines de fer du mont SIMANDOU, suivie de l’abandon du projet de chemin de fer destiné à évacuer les minerais en direction des ports minéraliers guinéens, et ce qui a l’air d’être une sorte d’intronisation officieuse de M. Bernard KOUCHNER comme « CO-PRESIDENT » de notre pays.
D’abord la confirmation opaque de la cession désastreuse des mines de fer du mont SIMANDOU.
Le séjour de l’ancien président du BRESIL dans notre pays, M.LULA pose un problème économique d’une exceptionnelle gravité que malheureusement le nouveau président semble ne pas réaliser. Incompétence ? Ignorance ? Inconscience ? C’est peut-être tout cela à la fois.
Quelle que soit l’hypothèse envisagée, la ou les conventions minières signées en toute opacité avec les multinationales dont M.LULA est la vitrine, lèsent gravement les intérêts de notre pays.
De quoi s’agit-il ?
Rien moins que le partage de notre pays par une HOLDING(BSGR) associée à un mastodonte minier brésilien(VALE) et deux autres grands groupes CHINOIS (Chinalco) et AUSTRALIENS (Rio Tinto), sans parler de la mainmise de la mafia Russo-ukrainienne sur l’ensemble des gisements de bauxite.
La mise en exploitation des gisements de fer du mont SIMANDOU n’est pas en soi inadmissible. Mais les conditions de cession et d’exploitation sont scandaleuses. De mon point de vue, elles compromettent gravement et durablement les intérêts futurs de notre pays. Et dans un avenir pas lointain, il n’est pas impossible que ces groupes ou d’autres, par des combines diverses et variées, aident à maintenir au pouvoir, les oligarques qui leur ont livré notre pays et ses ressources. Sur cet aspect, je m’expliquerai plus longuement dans un prochain article.
Récemment, M. ALPHA CONDE a invité M. LULA le nouveau V.R.P. du géant minier brésilien VALE, à venir inaugurer les travaux de réfection de la ligne de chemin de fer CONAKRY-KANKAN (660 km). Excellente initiative en apparence, seulement en apparence. Car le tout nouveau président a dissimulé au pays les conditions de cession tout à fait scandaleuses accordées à M. LULA et à ses employeurs.
L’abandon de la réalisation d’une nouvelle ligne de chemin de fer, le TRANSGUINEEN, devant permettre l’évacuation des minerais vers le port en eau profonde, aux environs de FORECARIA-BENTY. Or la réalisation de cette ligne permettrait de structurer l’espace économique futur de notre pays. Car des lignes secondaires pourraient partir de ce TRANSGUINEEN vers les autres régions du pays.
Chacun perçoit facilement les effets économiques et d’aménagement du territoire que faciliterait ce désenclavement. Malheureusement, le président ALPHA CONDE affirme une contre-vérité totale en laissant croire que les minerais de SIMANDOU seraient évacués par les ports guinéens. L’une des principales clauses du contrat passé avec la société VALE, c’est l’évacuation des minerais par le LIBERIA et non pas par CONAKRY.
Je suggère à tous les GUINEENS, où qu’ils soient, quelle que soit leur appartenance partisane, d’exiger que le gouvernement et e président rendent publiques toutes les conventions minières que le pays a passées avec les sociétés étrangères depuis 1984 à 2011. Les mines ne sont pas la propriété ni du président, ni du gouvernement. C’est un BIEN COMMUN.
Pour d’éventuels lecteurs, je précise que les monts NIMBA et SIMANDOU recèlent d’immenses minerais de fer, de qualité exceptionnelle, susceptibles de rapporter des dizaines de milliards de dollars ou d’euros au pays.
Le président ALPHA CONDE, lors de son installation, a présenté M. KOUCHNER comme son « Frère jumeau ». Je crois à la fraternité. J’ai moi-même des amis EUROPEENS que je considère être mes frères. M. KOUCHNER est un homme sympathique, chaleureux. Ce n’est pas le problème. Il a été le Ministre des Affaires étrangères de M. SARKOZY. Il n’a pas laissé de souvenir impérissable au Quai d’Orsay. Certains en France lui ont longtemps reproché son népotisme. En effet, alors patron de l’audiovisuel extérieur français (France24 et R.F.I.) en tant que ministre des affaires étrangère, il fit nommer sa compagne comme directrice. Elle est au demeurant une excellente professionnelle. Mais il y avait d’autres femmes toutes aussi compétentes. Compte-t-il recommander les mêmes pratiques à son frère ALPHA CONDE ?
Des ministres et hauts fonctionnaires défilent à longueur de journée aux bureaux de M. KOUCHNER au NOVOTEL à CONAKRY. Certains ont même surnommé ces lieux la COPRESIDENCE. Que M. BERNARD KOUCHNER soit le coprésident de la Guinée, ne me dérange nullement. Mais, le président ALPHA CONDE devrait en informer le pays et nous préciser le Texte FONDAMENTAL qui institue de fait, une COPRESIDENCE.
Prochainement : la GUINEE : Plaidoyer pour un pays abandonné par ses enfants.
Mamadou Billo SY SAVANE
Mon contact : mamadoulinsan@wanadoo.fr
Pour www.nlsguinee.com
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