jeudi 24 février 2011
Des feux épars dans la capitale. Lorsqu'on survole de nuit Conakry, on aperçoit à des kilomètres à la ronde les lumières, une multitude de points incandescents : la lumière de foyers isolés comme le montre le reportage « Con’a cris, la révolution » sur une chaine occidentale, à travers les images un pays exsangue par des années de crise et de pauvreté, une jeunesse avide de changement.
Dans l’avion qui transporte l’équipe de reportage de la télévision publique française, on distingue nettement à travers les fenêtres, toute l’immensité du travail à accomplir dans cette bourgade où vivent des millions d’âmes.
Autant de flammes éparpillées à perte de vue qui grignotent l'obscurité. Le développement de ce pays – l'un des plus pauvres du monde selon l’indice du développement humain (IDH) – est à l'image de ces feux.
Il est facile de s'effrayer face à la profondeur des ténèbres africaines, quand on est du côté de la belle vitrée. Mais on peut aussi apprécier le nombre de lueurs d’espoirs sur le visage de la jeunesse guinéenne, dont la moyenne d’âge varie entre 25 à 30 ans, une jeunesse mure, une vision positive de l’avenir. Elle est le progrès d'un pays en mouvement, des balises qui guident jusqu'à l'aube.
Dans la lutte contre la pauvreté, les réussites à venir sont nombreuses et prometteuses. La guinée reste, il est vrai, un pays pauvre, enclavée, avec beaucoup de ressources naturelles. Même si les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) de l'ONU sont loin d'y être atteints au vu des différents rapports alarmants des institutions financières internationales, les même qui se bousculent à sa porte de nos jours, sont ceux qui la plonge dans les profondeurs des statistiques.
Depuis le début de l’année, on assiste à un incessant ballet d’investisseurs, ils sont Européens, Arabes, Chinois, Brésiliens, à survoler Conakry, ses ténèbres et son insécurité pour investir des millions de dollars. Qui a dit que les pays n’ont pas d’amis, mais des intérêts (sic) ?
Pour une fois, il est plausible de voir in situ que dans ce pays, un parfum de renouveau souffle, de confiance en l’avenir, et d’espoir, même si l’attente est grande.
Malgré les difficultés économiques, la jeunesse s’emploie avec beaucoup d’abnégation, comme pour dire que la pauvreté à laquelle elle est confrontée n’est pas une fatalité. Même si l’occident reste pour sa diaspora le refuge pour se soustraire de certaines contraintes. Sa jeunesse, resté au pays, refuse de cautionner que seule la voix de l’immigration est la solution idoine à ses problèmes.
Ainsi, ils sont des milliers de jeunes qui bravent le quotidien à pousser de l’avant la locomotive guinéenne. Ils ont bac +3+4+5, produits des universités guinéennes et étrangères, la plupart issus des milieux modestes, représentent la « nouvelle classe moyenne », ils ont réussi à se démarquer de cette envie de « l’eldorado occidental ».
Et, peut-être plus que les progrès mesurables à l'aune d'indices macroéconomiques qui handicapent la guinée, le changement des mentalités de ces jeunes est le plus important. "Nous avons la malchance, ou peut-être la chance, d'être trop resté pour rêver d'Europe." Souvent, dans la bouche des jeunes guinéens, revient l'idée de réussir sur place.
Fières de leur pays, ces forces vives ne cèdent pas à la tentation. Trop de jeunes, partis chercher fortune et l’instruction dans les pays riches reviennent avec beaucoup d’initiatives.
La société et les politiques ont fait sienne l'idée d'un développement non pas tombé du ciel mais qui repose sur la création de bases pérennes : un socle ancré par la bonne gouvernance, la gestion responsable des finances publiques et la décentralisation des décisions. L’élaboration et l’exécution du document de stratégie de réduction de la pauvreté 2011-2012, pour renforcer le cadre de vie de la population à tous les échelons affichent la volonté de cette population de se relever ; une idée chère à l'intellectuel pan africaniste, Joseph Ki-Zérbo, partisan du développement endogène, cultivait le refus de la fatalité. "Il n'y a pas de développement clés en main mais clés en tête", aimait-il à répéter.
Un leitmotiv qui a germé dans les esprits des jeunes guinéens et que l'aide internationale doit interpréter comme le signe d'une Afrique devenant responsable. Le signe aussi qu'il est grand temps de changer le regard sur un pays qui, malgré les indicateurs socioéconomiques déficitaires, se tient debout.
Le 21 février 2011
Par Mory Diakité
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Pour www.nlsguinee.com
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