Guinée : LA PREMIÈRE CHANCE DU PRÉSIDENT LANSANA CONTÉ
lundi 03 avril 2006
En ce jour du 22e anniversaire de la prise du pouvoir par l’armée et de l’accession de Lansana Conté à la magistrature suprême en Guinée, les populations n’ont plus à se réjouir. Pour elles, les temps sont durs et l’horizon morose. Nul n’y échappe et le président n’y peut rien. La situation est critique.
De ce malaise dérive une impression de lassitude, d’inquiétude et de découragement. Cet « état de santé » affecte tous les secteurs de l’administration et de la société et s’accompagne de laxisme, d’oisiveté et d’inconscience. Que faut-il penser de la Guinée et des Guinéens, se demande-t-on ?
Entre le président et le peuple, il existe un accord tacite dont les termes, bien que cachés, requièrent un certain comportement. Dans l’histoire guinéenne, on peut donner à Conté l’image de l’ « homme de chance. » Le peuple l’a accepté et s’attend à la réciprocité.
La chance a permis à Conté, bien qu’il ne fût pas en 1984 l’officier le plus gradé, d’accéder au pouvoir sans coup férir et ensuite d’éliminer ses adversaires à travers le dévouement d’autres soldats. La chance lui a permis d’introduire les idées de libéralisme et de démocratie, sans grande pression extérieure et, au fond, sans y croire réellement.
Cette même chance lui a permis d’avorter une insurrection armée et d’arrêter une invasion en provenance de l’étranger. Par chance aussi, il a eu à faire face à une opposition politique sans grande musculature.
Aussi, le président se permet-il de dire que « c’est Dieu qui lui a donné le pouvoir et tout ce que confère cette dignité.» En cela il croit ferme, ainsi que le révèle son style de gouvernement. Cette attitude expliquerait probablement sa volonté de rester à la tête de l’Etat, de garder le pouvoir bien que se sachant sans grande capacité depuis longtemps.
Qu’est-ce que l’idée que « Dieu donne le pouvoir » suppose-t-elle ? Elle sous-entend le devoir d’aimer et de servir le peuple. Rappelons que le même Souverain, Fardou Mansa ainsi qu’on l’appelle souvent en mandingue, demande aux chefs de savoir se retenir et de savoir se retirer quand l’incapacité fait place à l’efficacité.
En un mot, de ne pas oublier que le pouvoir des hommes est par essence éphémère et que nul n’est indispensable. Cette pensée suggère que le pouvoir politique va avec le principe de la nécessité et de l’inévitabilité de la succession. C’est une vertu que d’organiser celle-ci dans l’ordre.
Le président Lansana Conté comprend-il ce principe et ce message ? Il devrait, conscient du 3 avril 1984. En homme qui a eu des chances extraordinaires, il devrait, en ce moment critique, s’estimer encore heureux d’avoir une autre chance. C’est sans doute la toute dernière et de surcroît celle qui est conforme avec sa propre histoire et l’amour de la patrie.
Si Conté, le président à la santé très fragile aujourd’hui, tient compte de cette exigence, il doit, comme Ahidjo, Senghor, Mandela et Konaré, contribuer à préparer son départ, la solution finale, et s’avérer digne de la chance dont il a joui. Alors, il aura prouvé son amour pour la Guinée et méritera celui de ses compatriotes.
Boston, le 2 avril 2006
Pr. Lansiné Kaba
Boston, MA
Une Correspondance pour Nlsguinee.com
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