samedi 19 février 2011
1- Observations préalables
Plus de deux cent personnes ont été tuées le 28/09/09 au stade du même nom à Conakry le jour anniversaire de notre indépendance. Ils protestaient contre la candidature des militaires aux élections.
Après plus de vingt ans de dictature militaire, les capitaines guinéens ont pris le pouvoir à la mort de Lansana Conté. Ils se préparaient à reconduire le régime de ce dernier. Cette tragédie a donné naissance à la transition chargée d’élire le premier président d’un régime civil après cinquante ans de dictatures civile et militaire.
2- Quel était l’enjeu de cette transition ?
La gestion du pays ayant abouti à une impasse dans presque tous les domaines, les révoltes populaires contre les famines et la pauvreté économique amplifiant les grèves générales à répétition décidées par les syndicats, ont débouché sur le chaos économique, social, culturel et moral dans tout le pays.
L’ignorance des capitaines de toute gestion d’un service public a conduit à la mise sous tutelle de notre pays, à travers la médiation du Burkina. Tous les acteurs politiques et associatifs ont été convoqués à Ouagadougou pour prendre connaissance des consignes destinées à organiser des élections libres et transparentes. Cette transition avait pour but de ramener les miliaires dans les casernes.
Tous les Guinéens ont applaudi et salué cette orientation politique avec enthousiasme. Seuls quelques « chats échaudés », dont je suis, étaient sceptiques quant à la volonté et la capacité de la classe politique guinéenne de respecter sa parole et ses engagements. Les faits nous ont montré que les leaders ne voulaient que de nouvelles mascarades électorales qui leur soient favorables comme les professionnels guinéens savent en faire.
Si le premier tour s’est relativement bien passé, le 2e tour a réussi à proclamer élu le candidat qui avait un retard de plus de 20 points et qui n’avait même pas recueilli la totalité du vote malinké dont il est le candidat. Le changement est entré dans le coma ce jour-là.
3- Alpha a tué le Changement
Condé Alpha a tué, avec maestria le scénario qui aurait permis de rétablir quelques repères intellectuels, éthiques et moraux disparus en Guinée. Quelques valeurs, profondément détruites par la révolution comme la tolérance, la paix, le respect de l’autre ont permis de voter sans aucun problème au premier tour.
Pourtant le RPG n’a pas lésiné sur ses campagnes de calomnies pour semer les zizanies, à travers une stratégie de haine ethnique, dirigé, ad hominem, contre des catégories de Guinéens : certains opérateurs économique peuls, les Peuls installés en Haute Guinée. Cette stratégie découle directement de la tactique de Sékou Touré quand il a déclaré la guerre aux Peuls en 1976.
Ce choix tactique a permis au chef du RPG de brouiller l’esprit de son électorat qui a été exclusivement orienté vers la glorification du « Fama. » Se faisant, il a caché ses compagnons, ses objectifs et ses projets pour diriger le pays. Quels sont les Guinéens qui connaissent les noms des dirigeants du RPG ? Leurs qualifications et leurs références professionnelles ? Quel est son programme de gouvernement ?
N’est-ce pas le flou qui entoure son entourage qui l’a empêché de recueillir les 12 % des voix malinkés qui lui ont manqué au premier tour ? Au 2e tour, le président du RPG a obtenu le concours des professionnels des fraudes électorales, champions d’Afrique en trucages. Leurs palmarès dans les tableaux d’horreur électorale sont éloquents. En 1993, 1998, 2003, ils ont assuré, sans aucun problème, la réélection au premier tour de Lansana Conté. Cela signifie que les Guinéens n’ont trouvé aucun citoyen capable d’affronter « notre cher président bien aimé à vie. »
Ceux qui ont servi Condé Alpha lui ont offert la victoire. Ils ont utilisé les vandalismes qui ont émaillé le déroulement du 2e tour : vol d’ordinateurs, destruction des archives et des bulletins de vote, manipulations des listes électorales, chasses au faciès des électeurs peuls, privés d’accès au bureau de vote. Ces manœuvres ont souillé la facilité du vote du premier tour qui a montré que les Guinéens savaient voter même s’ils en ont été privés pendant cinquante ans.
Depuis son investiture, Condé Alpha n’a pas présenté un projet concret concernant l’amélioration des conditions de vie des habitants. Par contre il a procédé aux nominations de son administration et aux sanctions des citoyens qu’il semble classer dans un camp qui ne lui seraient pas inconditionnels à sa personne. Depuis son investiture, je n’ai lu nulle part une déclaration de remerciements adressés à ses électeurs et au-delà aux Guinéens.
4- L’énigme des militaires
Je suis de ceux qui ont salué le président intérimaire pour avoir respecté son engagement de tenir le délai des six mois pour organiser l’élection. Je l’ai très hâtivement comparé au général malien Toumani Touré qui a conduit une transition sans aucune tricherie. Mais il a bâclé sa mission en obéissant à la lettre aux directives des bailleurs de fonds qui ont imposé leurs résultats. Il a manqué à son devoir d’assistance à personnes en danger. Il n’a pas levé le petit doigt pour sauver les citoyens tués et chassés de la Haute Guinée. Pourtant tous ont payé cher cette élection sabotée.
5- Interférences extérieure
Les intérêts étrangers qui ont financé et imposé la manipulation de la transition en faveur de leur « candidat » commencent à sortir de l’ombre. Curieux retournement de l’histoire, certains de ceux-ci sont précisément ceux pour qui le chef du PDG a tué cinquante mille personnes. Il accusait ses victimes d’être les agents de l’impérialisme qui voulait recoloniser la Guinée. Les premiers amis que le président élu a visités ne nous semblent pas être des partenaires les mieux placés pour sortir notre pays de sa longue agonie.
5- Conclusion
Condé Alpha a dit, sur la tombe de ses deux prédécesseurs qu’il reprendrait la Guinée là où Sékou l’a laissée en 1984. Je me permets de lui rappeler que ce rattachement idéologique à ce repère est un engagement funeste. Il est porteur de nuages sombres sur le ciel de la Guinée qui n’en a pas besoin. S’il a oublié, je lui rappelle que l’une des dernières décisions du chef de la révolution a été l’ordre donné de fusiller deux malheureux habitants d’un quartier de Mamou avant d’aller mourir à Cleveland.
Je prie le BON DIEU d’épargner le président élu de tomber dans une telle dérive. Merci de votre attention à ce message.
Paris 20 février 2011
Docteur Thierno Bah
Tel: 01 46 36 69 58.
Pour www.nlsguinee.com
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