Guinée : COTRADEG : d’inquiétantes ambiguïtés
samedi 01 avril 2006
En Janvier dernier, certains de nos compatriotes tous des personnes respectables se sont regroupés dans un collectif appelé COTRADEG (collectif pour une transition démocratique en Guinée) dont l’objectif au demeurant louable, est d’alimenter la réflexion sur une transition que tous les Guinéens souhaitent apaisée.
J’y adhère. J’ai été l’un des tout premiers à poser ouvertement dès 2001 la question de la transition, lorsqu’il est apparu que la falsification référendaire de la Loi fondamentale visait à garantir aux clans mafieux un pouvoir perpétuel.
Après la Vraie-Fausse élection de 2003, j’avais développé dans le bi-mensuel L’ENQUÊTEUR pourquoi la transition devenait indispensable et urgente selon moi. Nous y sommes.
Toutefois, certaines des préconisations de mes compatriotes du COTRADEG me paraissent à la fois juridiquement contestables et politiquement dangereuses.
1°) Il y a juridiquement un problème, ou plus exactement, ils ne tirent pas les conséquences logiques du constat qu’ils font. Je cite :« Après la mutinerie des 2 et 3 février 1996, la restauration autoritaire du régime de Lansana Conté s’est accélérée et a trouvé son apogée dans la modification de la constitution, adoptée de manière illégitime par le référendum de Novembre 2001 dans le seul but de supprimer la limitation du pouvoir, la séparation des pouvoirs ainsi que l’indépendance de la justice » . Cette observation est juste, et reflète exactement l’opinion de l’immense majorité des Guinéens.
Autrement dit, il y a une reconnaissance implicite qu’en modifiant de façon illégitime la Règle Commune, les autorités (Lansana Conté, Aboubacar Somparé et leurs clans )ont commis une FORFAITURE contre les Institutions que pourtant, ils sont chargés de protéger contre toute modification illégitime. En droit, cela s’appelle un CRIME contre les institutions.
En intellectuels bien « élevés », mes éminents compatriotes évitent d’employer les mots justes. Par ailleurs pour assurer la transition souhaitée, ils invoquent l’article 34 dont ils reconnaissent à juste titre qu’elle a été modifiée (personnellement je dirai falsifiée) de façon illégitime.
Cet article dispose que c’est le président de l’assemblée nationale qui assure la transition. Mais il se trouve que le président actuel de l’assemblée nationale (Aboubacar Somparé) a été l’un des principaux promoteurs de la falsification référendaire de la Loi Fondamentale (2001) et de la Vraie-Fausse élection de Décembre 2003.
On se trouve donc dans la situation où celui qui a commis le forfait-en l’occurrence Aboubacar Somparé- viendrait profiter du crime qu’il a préalablement commis, parce qu’il savait que les fruits de son forfait lui reviendraient inévitablement.
Je ne suis pas juriste, mais il me semble qu’en droit, on affirme avec force que nul ne peut se prévaloir de sa propre turpitude.
Dès lors qu’une institution fondamentale comme la constitution est modifiée de façon illégitime, l’ensemble de l’architecture se fracture. La fragilité devient une suspicion légitime, si la modification est le fait de ceux dont la fonction était de protéger les textes fondamentaux contre les falsifications, c’est-à-dire des modifications illégitimes.
En conséquence, il me semble que même juridiquement, la transition institutionnelle en Guinée n’est ni viable, ni souhaitable. C’est même la pire des solutions. Mr.Somparé ne peut se prévaloir d’un texte qu’il a piétiné à de multiples reprises. S’il en était autrement, alors il faut s’attendre à une guerre civile immédiate. La nécessité s’imposerait de barrer la route à un nouveau Sékou Touré en plus sanguinaire.
2°) Politiquement, la transition institutionnelle n’est pas souhaitable. Toutes les institutions dont la vocation est d’ancrer durablement notre pays dans une culture d’Etat Républicain, sont dans les mains de personnalités qui ne savent pas exactement ce qu’est un Etat de droit, ni ce que doit ou ne doit pas faire un Etat. Exemple : Mr Somparé ne connaît qu’un seul mode de fonctionnement d’un Etat. C’est celui qu’il a appris du P.D.G, c’est-à-dire de Sékou Touré. Il est inutile de décrire ici l’état dans lequel son modèle (Sékou Touré) a laissé le pays. Mais il y a plus grave. J’ai parlé de danger politique. Mr. Somparé a été l’un des instigateurs du rétablissement déguisés des chefs de cantons qu’il a baptisés C.R.D.
D’autre part, formant un groupe extrémiste de type régionaliste et clanique avec les Fodé BANGOURA, Kiridi BANGOURA, Fodé SOUMAH et certains autres proches de Lansana Conté, Mr Somparé a contribué sinon à tribaliser l’armée, tout au moins à la régionaliser au niveau de l’encadrement. Exemple : les Chefs d’état Major général des armées, de l’Armée de l’Air, de la Marine, de la Gendarmerie sont tous de la Basse-Guinée.
Certains d’entre eux sont ses cousins, par exemple Mamadou Sampil, Chef d’état Major de l’Armée de terre. Comme on le voit ici, la clanisation d’une fraction de l’armée est déjà en cours.
D’un point de vue politique, c’est irresponsable de laisser croire que Somparé est fondé à assurer une quelconque transition. Il me semble donc souhaitable que nos amis du COTRADEG approfondissent leur réflexion sur ces deux points.
Amicalement.
Mamadou Billo Sy Savané (Rouen)
Contact : smosalinn@aol.com
Une Correspondance pour Nlsguinee.com
|