mercredi 09 février 2011
Dix millions de francs guinéens, voilà l’affaire qui défraie la chronique dans la cité. A peu près 1000 Euros, qui sont devenus une tempête dans un vert d’eau. La Direction de la Radio nationale est dans la tournante. Eclaboussée qu’elle est par cette affaire qui provoque un véritablement séisme médiatique en son sein entraînant la suspension du Directeur de la Radio, Kaba Condé.
Le changement promis commencerait-il par cette maison ? Une maison où les pratiques étaient jusqu’ici à l’image de celles qui se passent dans toute l’administration guinéenne. Les médias de service publics s’illustrent particulièrement par l’adage qui dit que l’école fait ses hommes et la vie les siens.
Avec d’un côté des journalistes bien formés, respectant les règles d’éthiques et de déontologie devenus des laisser pour comptes. De l’autre, des thuriféraires spécialistes en renversement de veste et qui se font la place au soleil.
A la disparition de Sékou Touré, les médias de service public incarnaient ce mot cher au capitaine Dadis, la probité morale. Vingt quatre ans après, les médias sont atteints par un virus qui s’appelle facilité et enrichissement illicite.
La quasi-privatisation de l’Etat durant le règne du président Conté a porté un coup fatal à ce service public d’une importance stratégique. Allez-y voir ce qui se passe au bord de la lagune où grâce entre autres aux médias d’Etat, un homme défie toute la communauté internationale.
Durant son règne, le président Conté a récompensé ses journalistes lui. Ceux qui savaient dire les choses comme il aimait les entendre. Le président pouvait, après avoir écouté un commentaire, appeler l’auteur pour le récompenser en espèce sonnante et trébuchante.
Et les collègues de l’heureux bénéficiaire de la largesse présidentielle décidaient de lui emboîter le pas. Et bonjour au griotisme. Et malheur à l’éthique et à la déontologie. A cela s’ajoute les affaires. Les publireportages, les couvertures médiatiques payantes, bref, la quasi-privatisation de ce service public.
A l’heure du changement, ceux qui ont terni l’image de ces médias devraient savoir que le salut de cette profession réside dans le respect de l’éthique et de la déontologie. Ils seront respectés le jour où le Rédacteur en chef décidera seul avec ses collègues de ce qui sera diffusé à la radio ou à la télévision.
La déontologie est au journalisme ce que la discipline est aux armées. Du coup, les journalistes devraient faire front commun pour défendre la corporation. Cette défense consistera à exorciser leurs propres démons. Que ces démons soient politiques, économiques ou religieux. Car tout comme une armée indisciplinée ne saurait remporter une guerre, un média qui foule aux pieds la déontologie ne saurait relever la tête.
Il n’est un secret pour personne que les ambitions personnelles, l’obsession à remplacer son chef, le « griotisme », la censure et l’autocensure sont des facteurs qui empêchent toute objectivité au sein de certains médias.
Au moment où la Guinée s’engage à opérer un changement radical dans les pratiques et la gestion de cet Etat durement malmené ces dernières années, certains comportements doivent être bannis. Au nombre desquels comportements, la course effrénée à l’enrichissement illicite.
S’il n’est pas interdit à un homme à chercher le bien-être, il est par contre, défendu de le faire par n’importe quel moyen. Il y a des choses qui sont incompatibles. Le journalisme, quant à lui, est aux antipodes de la richesse. Le choix est à faire.
Habib Yembering Diallo
Analyste et Correspondant de www.nlsguinee.com à Conakry
Contact : habibyambering@yahoo.fr
Tel: (+224) 62 29 11 95
Pour www.nlsguinee.com
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