Guinée: Après la grogne syndicale, s’achemine-t-on vers une grogne politique ?
jeudi 30 mars 2006
Depuis la grève organisée par l’Inter-Centrale CNTG-USTG qui a paralysé le pays pendant cinq jours, il y a beaucoup d’agitations qui occupent l’espace politique guinéenne.
Il y a eu tout d’abord la Concertation Nationale des forces vives de Guinée qui s’est tenue au Palais du Peuple à Conakry, et puis l’urgente évacuation du Général Lansana Conté vers Genève à cause de ses multiples ennuis de santé. Si cette récente évacuation de Lansana Conté a fragilisé un peu plus le régime guinéen, son retour à Conakry que certains ont voulu présenter comme grandiose n’a rien arrangé à la crise profonde dans laquelle se débattent nos compatriotes.
Le Général-Président n’est-il pas retourné dans son village pour retrouver une certaine paix loin de toute cette agitation politique ? Et dire qu’il est toujours Président de la Guinée !
Aujourd’hui, chacun se demande quelles suites donner à tout cet imbroglio politique.
En effet, c’est le moment propice que choisit l’opposition traditionnelle pour annoncer l’organisation dans les prochains jours, des marches et des descentes dans les rues du pays.
Il faut saluer et encourager cette nouvelle détermination de tous ces partis politiques décidés enfin à se faire entendre.
Après avoir lu par ailleurs le rapport issu de la concertation nationale des forces vives de Guinée, nous nous sommes interrogés sur les voies et moyens dont-on dispose réellement pour mettre en œuvre les recommandations dudit rapport.
La problématique reste donc entière : comment mettre en œuvre le contenu d’un rapport qui n’avantage apparemment pas ceux qui détiennent le pouvoir ?
Il s’agit d’un véritable casse-tête politique qui ne connaîtra son épilogue qu’après avoir évalué la détermination des uns et des autres à aller jusqu’au bout. Autrement dit, sans un réel contrepoids face aux caciques du PUP et alliés, le document issu de la concertation nationale n’a aucune chance d’être mis en oeuvre.
Les récentes attaques et inquiétudes du PUP et son petit satellite appelé la cause commune (LCC) contre ce rapport sont là pour illustrer cet état de fait.
La meilleure façon de faire plier une dictature c’est d’occuper les rues. Nous l’avons dit à plusieurs reprises et nous le réitérons car on ne peut entamer des négociations en étant en position de faiblesse; en tout cas pas si on souhaite que ses exigences soient prises en considération…
Vu sous cet angle, nous dirons que l’idée d’organiser enfin des marches et autres descentes dans les rues est une très bonne initiative.
La préoccupation du petit parti LCC via une déclaration laconique démontre bien la panique qui gagne le camp de la mouvance présidentielle.
L’unique argumentation que font valoir les détracteurs du rapport issu de la concertation nationale se situe à un niveau strictement juridique pour ne pas dire légaliste.
Or, tous ceux qui s’inquiètent aujourd’hui du résultat de la concertation nationale se sont très bien accommodés dans un passé récent de toutes ces violations à répétition de la loi fondamentale. C’est à se demander où étaient tous ces légalistes donneurs de leçon...
Eclairez donc nos lanternes sur les interrogations suivantes :
En quoi la formation d’un Gouvernement d’Union Nationale de Transition serait-elle anticonstitutionnelle ?
Pourquoi avez-vous peur d’un Conseil National de la République ?
Une Cour Constitutionnelle, un Conseil d’Etat et une Cour de Cassation remettraient-ils en cause nos Institutions ?
Inutile de se cacher derrière une loi fondamentale vidée de toute sa substance démocratique. Notre pays ne manque pas de ressources humaines, il ne manque pas de ressources naturelles, il manque en revanche de bonnes volontés de la part des dirigeants actuels.
Au lieu de fustiger le rapport issu de la concertation nationale, nous vous invitons à faire des contre-propositions dans le but de construire et non nuire à ce qui semble être très bien accueilli par la plupart de nos compatriotes.
Au lieu de qualifier ce rapport « d’aventure dangereuse aux prévisibles conséquences désastreuses…», soyez optimistes et faites preuve de sagesse pour une fois en acceptant de regarder la réalité en face.
Le pays est à la dérive, l’aventure dangereuse que vous décrivez est déjà présente, nous y vivons grâce à votre généreux bienfaiteur PUP.
La remise en cause des lois de l’Etat, nous l'avons connue grâce là aussi à votre généreux bienfaiteur PUP.
La conspiration, nous l'avons vécue grâce évidemment à votre généreux bienfaiteur PUP.
Ce n’est pas le rapport issu de la concertation nationale qui est dangereux, au contraire c’est l’état actuel du pays qui est désespérant.
Sans un Gouvernement d’Union Nationale de Transition, que proposez-vous comme solution de rechange ?
Que les guinéens se résignent à attendre vos habituelles combines ?
Que nos compatriotes se soumettent à l’actuelle Assemblée Nationale en acceptant de facto la présidence à vie ?
Que chacun baisse les bras en vous laissant ruiner davantage notre beau pays ? Certainement pas !
Enfin, l’organisation des marches et autres descentes dans les rues ne suffisent pas, il faudrait aller beaucoup plus loin car la dernière grève de l’Inter-Syndicale CNTG-USTG a démontré avec suffisance que s’il y a entente autour d’une plate-forme de revendication claire et nette, il n’y a aucune raison que la mobilisation ne soit pas couronnée de succès.
Les partis d’opposition qui veulent organiser la prochaine mobilisation doivent donc se concerter à l’avance sur le contenu de cette plate-forme…
Ils doivent épouser un discours audible et compréhensible susceptible de mobiliser les militants et sympathisants pour exiger l’application du contenu du rapport.
S'entendre sur une bonne plate-forme de revendication, avoir une bonne communication et une très bonne résolution, tenir bon quoiqu'il arrive, constituent quelques ingrédients pour permettre à la mobilisation de réussir.
En attendant, nous laissons au PUP et son satellite LCC le soin de continuer leur « procès d’intention » qui de toute façon n’aura aucun écho en dehors de leur petite sphère d’influence habituelle.
Par M Ly Elhadji Baila
Directeur Exécutif de www.nlsguinee.com
Membre Fondateur de l’ANDD et de www.guinea-forum.org
Zürich, Suisse
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