Afrique : Charles Taylor va être extradé
dimanche 26 mars 2006
L'ancien président libérien, réfugié au Nigéria, va être livré aux autorités de son pays.
Il est poursuivi par le Tribunal pour le Sierra Léone, créé par l'ONU pour crimes contre l'humanité, massacres, viols, recrutement d'enfants soldats lors de la guerre (1991-2001) dans ce pays voisin du Libéria, qui aurait fait 200.000 morts.
Taylor vit au Nigéria depuis qu'il a quitté le pouvoir le 11 août 2003, en vertu d'un accord international.
Les procureurs du Tribunal l'accusent d'avoir soutenu les rebelles de ce pays pour s'emparer des richesses diamantaires du Sierra-Léone. Le président nigérian, Olusegun Obasanjo, a donc décidé de le livrer aux autorités libériennes, cédant ainsi aux pressions internationales, notamment celles des Etats-Unis.
La présidente libérienne Ellen Johnson, nouvellement élue, a tenté d'apaiser les inquiétudes que suscite le retour de Taylor au Libéria. "Nous devons reconnaître que le Libéria est plus important que n'importe quel individu, tribu ou groupe de personnes", a-t-elle ainsi déclaré à son retour d'un voyage d'une dizaine de jours aux Etats-Unis.
L'annonce de ce retour inquiète de nombreux habitants: Taylor a en effet mis le pays à feu et à sang pendant les 14 années qu'a duré la guerre civile (1989-2003). En début de semaine, son "conseiller spirituel", un évangéliste indien, avait prévenu contre "une terrible déstabilisation s'il y avait extradition" du Nigéria.
Le ministre des Affaires étrangères libérien a affirmé samedi que la situation était calme dans le pays alors que circulent des informations sur d'éventuelles actions subversives des partisans de Charles Taylor.
Biographie express de Charles Taylor
Charles Ghankay Dahkpannah Taylor est né en 1948 dans une banlieue aisée de Monrovia d'un père noir américain et d'une mère libérienne. Après avoir obtenu un diplôme d'économie au Bentley College, dans le Massachusetts (Etats-Unis), il entre en 1979 dans la fonction publique libérienne. On lui donne alors le surnom de "superglu", pour sa tendance à conserver une grosse partie de l'argent qui passe entre ses mains...
En 1983, le président libérien Samuel Doe l'accuse d'avoir détourné 900.000 dollars. Taylor se réfugie alors aux Etats-Unis où il est emprisonné. Il parvient à s'évader et à partir pour la Côte d'Ivoire. Il devient alors un proche des autorités libyennes et du président du Burkina Faso, Blaise Compaoré.
En 1989, il rentre au Libéria. Dans la nuit de Noël, il déclenche une atroce guerre civile qui va durer 14 ans. Ses partisans, regroupés dans le Front patriotique du Libéria (NPLF) réussissent à renverser le président Samuel Doe: celui-ci sera torturé à mort en septembre 1990. Dans le même temps, la guerre civile voit s'affronter sept factions rivales. Le NPLF est aujourd'hui accusé d'avoir commis les plus terribles massacres.
En 1997, les Libériens élisent à la présidence Charles Taylor: le plus puissant des chefs de guerre a fini par apparaître comme le seul en mesure de mettre fin à l'horreur quotidienne. Qui ne cesse pas... Mais en 1999, le mouvement des Libériens unis pour la réconciliation et la démocratie (LURD) lance une offensive contre Taylor et ses partisans à partir du nord du pays. Il parvient à progresser vers la capitale, Monrovia. Celle-ci résiste pendant trois mois, de juin à août, avant de tomber.
Le 11 août 2003, Taylor quitte le pays pour un exil doré au Nigeria. 14 années de guerre civile s'achèvent. Une guerre qui a fait quelque 300.000 morts et des centaines de milliers de déplacés.
L'ancien tyran est accusé par l'ONU d'avoir également alimenté le conflit au Sierra Léone, Etat voisin du Libéria. C'est l'un de ses "lieutenants", Foday Sankoh, qui y a lancé la guerre en 1991. Celle-ci va durer 10 ans, là encore avec de nombreux massacres et atrocités. Taylor aurait profité du trafic d'armes et de diamants avec les rebelles. Les autorités ivoiriennes l'accusent par ailleurs de soutenir les rebelles en Côte d'Ivoire et de tenter de déstabiliser la Guinée.
Apparemment, il n'a pas totalement cessé ses activités: les Etats-Unis et des ONG ont à plusieurs reprises accusé l'ex-chef de guerre de continuer à diriger à distance ses partisans. Avant de partir en exil, l'homme s'était comparé à Jésus et à l'"agneau du sacrifice"...
Source : France2.fr
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