Guinée : Journée mondiale de l’eau, le paradoxe guinéen
jeudi 23 mars 2006
La journée mondiale de l’eau célébrée chaque année dans le monde est une occasion pour les nations de faire l’état des lieux sur la situation de la consommation qui prévaut dans leurs pays. Or en Guinée, cette journée passe presque inaperçue.
Considérée comme le château d’eau d’Afrique de l’Ouest, la Guinée est le pays qui a le plus besoin d’eau potable pour sa population.
Ainsi, paradoxalement cette richesse naturelle indescriptible n’a connue aucune tentative d’exploitation ou de mise en valeur. Près de quarante ans après l’indépendance l’état est incapable de ravitailler convenablement en eau potable ses huit millions d’habitants. Ceci aussi bien dans les milieux ruraux qu’urbaines.
Zones rurales
Dans nos milieux ruraux la consommation en eau par la population reste essentiellement basée sur les sources naturelles : fleuves, marigots, sources…
A part quelques forages réalisées grâce aux financements des partenaires au développement et qui aujourd’hui ne fonctionnent pas; la population rurale n’a aucune possibilité d’accès à l’eau potable.
La dépendance aux sources naturelles provoque souvent des maladies endémiques telles : le choléra, la dysenterie amibienne qui font des ravages. Un cas frappant de choléra a été récemment enregistré à Gueckedou (10 février au 8 mars 2006) avec 162 cas pour 13 décès dont 10 dans la commune urbaine et 3 dans les communautés rurales de développement (CRD). Et ceci se répète à chaque saison des pluies et pour toutes les régions naturelles du pays.
Le programme hydraulique villageois initié par le gouvernement et financé par les Bailleurs à hauteur de plusieurs milliards de nos francs n’a presque rien donné comme fruit.
Le service national d’aménagement des points d’eau (SNAPE) a été voué à l’échec.
Zones urbaines
Plus que jamais le milieu urbain est confronté au problème d’approvisionnement en eau potable.
Dans toutes les grandes villes du pays la situation est partout la même.
A Conakry presque les robinets sont toujours à sec et la société d’exploitation des eaux de Guinée est loin de satisfaire la clientèle.
A chaque père de famille donc de se battre pour trouver la quantité nécessaire pour l’alimentation du foyer. A longueur de journée l’on voit des enfants et des femmes avec bidons ou paniers sur la tête parcourant des kilomètres à la recherche d’eau de consommation.
Quelque fois c’est vers 2h ou 3h du matin qu’ils vont pour se mettre en rang (file indien) pour avoir un à deux bidons de 20 litres, loin du besoin en consommation journalière.
Dans cette course effrénée à la recherche d’eau potable, souvent des femmes ou des enfants sont renversés par des automobilistes causant ainsi des pertes humaines considérables.
Pour l’instant bon nombre de gens se demandent quelle est réellement la politique du gouvernement guinéen en matière d’eau ?
Rappelons qu’en décembre 2004 Cellou Dalein Diallo nouvellement nommé à la primature s’était fixé comme secteurs prioritaires : l’eau, l’électricité, le téléphone.
Bientôt deux ans d’exercice, la tenue de ce fameux engagement est loin d’être d’actualité. Le bilan est si non négatif du moins insuffisant aux besoins des populations interrogées. Car à Conakry certains quartiers peuvent rester jusqu’à 3 mois sans voir une goutte d’eau couler dans les robinets alors que des factures sont constamment payées à la guinéenne d’exploitation des eaux (SEEG).
Les puits étant les seules solutions, constituent dans certains endroits des dangers pour la santé des populations urbaines. En ce sens qu’on peut voir dans des concessions qu’il n’y a que juste cinq a dix mètres qui séparent le puits et les latrines (W.C). Ce qui ouvre encore la porte aux maladies diarrhéiques.
Il est donc temps que l’Etat à travers son département de l’hydraulique et environnement fasse un geste surtout que la période des grandes pluies avance déjà à grands pas.
Par Lansana A. Camara
Correspondant permanent de Nlsguinee.com à Conakry
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