Guinée : INTERMINABLES CÉRÉMONIES
mercredi 22 mars 2006
CONTRAINTES ET GASPILLAGES
Les baptêmes; les mariages, les fêtes religieuses etc. ont toujours existé dans la société guinéenne. L’esprit qui était derrière ces cérémonies prônait le partage, la convivialité, la joie, l’apprentissage de la vie sociale et, parfois pour commémorer un événement important et ou rendre hommage à un disparu. Le tout se passait dans la simplicité. Je me souviens, que les rôles étaient bien définis et chacun savait très bien son rôle. Quand il y avait un baptême par exemple, dans une famille donnée : toutes les femmes du voisinage de manière générale s’impliquaient et se partageaient les tâches ménagères; les pères, eux, s’occupaient des achats (le mouton ou le coq et autres denrées ou condiments.) Ils s’occupaient aussi à préparer les lieux ou salles de cérémonies et toutes les tâches qui demandaient une force physique. Pour les enfants, c’était l’occasion de l’apprentissage de la solidarité sociale; d’ailleurs c’est justement pour souligner cette importance que j’ai décidé d’écrire ce texte.
Pour les filles, c’était durant ces cérémonies qu’elles apprenaient plusieurs subtilités de la vie féminine : la cuisine; des nouveautés, les trucs que les femmes se partagent, des choses qui concernent un nouveau-né et sa mère; les rôles des femmes selon leurs âges leurs expériences etc. Tandis que les garçons, eux suivaient les hommes. Ils (les garçons) apprenaient aussi en observant les hommes dans leurs rôles entre autres d’organisateurs, de transporteurs, de boucher! C’est une tâche qui est réservée aux pères ou aux hommes; lors des cérémonies.
Selon les moyens de la famille concernée par le baptême, les préparatifs et la cérémonie se déroulaient dans l’intervalle de deux jours au maximum : la veille, pour les préparatifs et, le jour du baptême. Qui commençait tôt le matin et se terminait aux environ de 10h du matin.
Je me rappelle enfants; que nous étions plutôt préoccupés à savoir lequel ou laquelle d’entre nous serait le premier à connaître le nom du nouveau-né! Oui, pour informer ceux qui ne le savent pas, c’est que dans nos coutumes en général, c’est le jour du baptême; soit le septième jour de la naissance. Que le nom du bébé sera dévoilé au publique. Et donc, entre enfants nous faisions une sorte de compétition à savoir qui découvrirait le premier le secret des adultes, avant le dévoilement officiel du nom! L’autre préoccupation, toujours des enfants; était de savoir s’il y aurait des jeux, des beignets et des fruits. Le jour de la cérémonie, pour tout le monde il y avait un plat principal, le pain blanc fait avec de la farine de riz, les noix de colas pour les adultes; et bien sûr les beignets sans lesquels pour les enfants, le baptême n’était pas un succès!
Je dois souligner qu’après la cérémonie, le soutien des voisins à la famille ne s’arrêtait pas là. Quand il s’agissait d’un jeune couple par exemple, et qu’il n’avait pas de proches parents dans le voisinage ou dans la région; la nouvelle mère pouvait compter sur les voisines qui se relayaient : qui pour faire ses courses, qui pour faire sa cuisine et ou son ménage. Généralement, la plus expérimentée des voisines donnait des conseils pour l’allaitement, comment s’occuper d’un bébé etc. Pendant au moins un mois. Le tout gratuitement! Car le jeune couple savait qu’il avait à son tour le devoir de « donner au suivant » dès qu’il en aurait l’occasion. C’est comme cela que ça fonctionnait à Faranah, à Kindia, à Labé et ailleurs en Guinée il n y a pas si longtemps!
Tout cela semble être remplacé aujourd’hui par d’autres formes de cérémonies. Des cérémonies nouveau genre. Apparues à la fin des années 80. (Ostentatoires et dépensières.)
Cérémonies qui ont pour but : la compétition malsaine, de l’exhibition de choses superficielles qui n’ont aucun lien avec l’esprit premier de ces manifestations. Qui, il faut le rappeler ne visaient que la solidarité sociale, l’entraide et l’éducation à la vie sociale. Aujourd’hui, c’est devenu l’occasion de montrer ses bijoux, son beau boubou, et ses dépenses inconsidérées. Quitte à rançonner, amis, voisins, parenté etc. histoire d’épater la galerie! Sauf que, pour la plupart des gens, c’est une contrainte! En plus du fait que ces cérémonies n’ont plus leur sens premier. Surtout dans la conjoncture sociale et économique actuelle de la Guinée.
Un gaspillage et une consternation pour les plus démunis qui voudraient faire comme les riches! Ça pousse des familles à s’endetter ou à utiliser tous les moyens non recommandables… sans compter les conséquences sociales. L’objectif n’étant plus ce qu’il était. Le but maintenant est de paraître; mais aussi un rendez-vous de commères! Mon avis sur l’intérêt de ces cérémonies pour les Guinéens en général et ceux de l’étranger en particulier est le suivant : puisque les cérémonies avaient une mission sociale (solidarité, partage, éducation); on pourrait non pas reproduire les cérémonies ‘d’antan’ (mouton, coq, pain blanc, colas etc.) pour ceux vivant à l’étranger mais plutôt créer des formules qui satisfassent tout le monde! Ou à peu près et, qui soient adaptées aux sociétés dans lesquelles vivent les Guinéens à l’étranger. Surtout ne pas essayer de refaire les cérémonies nouveau genre. Qui nuisent, déjà trop au pays. Donc adapter les besoins aux réalités de la place.(Tenir compte des facteurs temps et disponibilité des gens en Occident) tenir compte aussi, du fait qu’on a peu ou pas besoin de certaines choses. Même si les coutumes les exigeaient au pays. Redéfinir ou moderniser les vocations de ces manifestions sociales qui, soit dit en passant sont très utiles.
BONNES CÉRÉMONIES!
Bilguissa BARRY
Montréal CANADA
Correspondance pour Nlsguinee.com
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