Guinée : A propos de la santé du président Lansana Conté, la solution finale
lundi 20 mars 2006
La santé du Président Lansana Conté et la situation en Guinée concernent les Guinéens et les amis de la Guinée. Les ressortissants guinéens des États-Unis en parlent incessamment et souhaitent que le pays avance sans désordre et sans tarder dans la voie du progrès.
Nous avons eu la chance d'en discuter avec le Professeur Lansiné Kaba que nous n'avons pas besoin de présenter tant il est connu pour la pertinence de ses analyses et sa disponibilité pour la Guinée. Nous l'avons trouvé à Boston.
Il nous a livré par écrit, pour être précis, certaines de ses pensées que nous nous faisons le devoir de partager avec vous ci-dessous."
GUINÉE : LA SOLUTION FINALE
Le pays est fatigué, les gens sont fatigués et même l’environnement est fatigué. Telle est la réalité guinéenne depuis longtemps.
Les idées suivantes me sont venues à l’esprit au moment de la grève générale qui a immobilisé la Guinée de la capitale aux frontières et hier après la nouvelle de l’évacuation du président Lansana Conté en Suisse pour raison de santé - Je compatis à sa souffrance.
Les syndicats ont réalisé quelque chose de rare dans les annales de l’histoire contemporaine de la Guinée. Précédée par la mobilisation des partis d’opposition lors des récentes élections, cette action de revendication a montré la faiblesse et la fragilité du régime de Conté. Ces événements, liés à la déconfiture du gouvernement et à la détresse des populations, font réfléchir.
Parce que la Guinée nous importe, elle ne cesse de nous intéresser. Aussi, attachons-nous de l’importance à tout ce qui concerne le président Lansana Conté, vu la valeur symbolique de sa mission et l’énormité de son mandat. Il mérite le respect, même si à la longue, comme tout leader, il n’est pas indispensable. Le pays survivra.
Comme le peuple de Guinée a toujours aspiré à des lendemains meilleurs, le défi est lancé au président. Ce défi devient encore plus grand, étant donné l’échec colossal de sa politique et la tournure grave que prend sa maladie. Sa popularité a grandement baissé.
Depuis quelques années, son souci majeur n’est pas de gouverner. Il s’est accroché au pouvoir, néanmoins. Sa maladie est devenue le signe de la morbidité du pays. En ces moments critiques pour lui et les Guinéens, le patriotisme, l’honneur et la dignité doivent l’emporter sur toute autre considération.
Ces exigences interpellent le président. Plus sa politique et son état physique hypothèquent l’avenir du pays, plus sa place dans l’histoire est en danger.
La solution finale, c’est-à-dire l’abandon du pouvoir avec honneur, s’annonce-t-elle?
Soldat de carrière, Lansana Conté, sait que la guerre implique le courage de confronter les situations redoutables et de les analyser.
Un général ne remporte pas toutes les batailles, mais il ne conduit pas ses troupes à l’abîme. Il en est de même en politique. Comme la volonté de servir s’accompagne du devoir de reconnaître ses limites, la solution finale n’est jamais à oublier.
Alors, la nation reste reconnaissante. Par contre, l’obstination conduit au désastre, et la catastrophe détruit l’image qu’on rêve de projeter pour soi dans l’histoire.
Mobutu manqua sa sortie; son pays en paie les conséquences.
La Guinée court le risque d’un naufrage imminent. Ce ne sera pas une brèche à colmater, mais une catastrophe gigantesque.
Désormais, l’issue consiste à épargner au pays un traumatisme peut-être plus dangereux que celui de mars 1984, quand la disparition soudaine du président Sékou Touré frappa le pays de stupeur et entraîna le régime militaire sous le commandement du colonel Conté lui-même.
L’honneur pour le général Conté, à présent, c’est de ne pas rater son départ. Se retirer avec grâce, telle est la dignité.
La décision sera difficile, mais nécessaire; désespérante pour son entourage, mais salutaire pour son propre état d’âme et l’avenir de la Guinée. En tant que telle, la décision sera majestueuse et noble, voire conforme à son serment d’investiture. Elle rehaussera la stature du président lui donnera une place prépondérante parmi les héros de la nation. Car la transition dans l’ordre renforcera la concorde.
Alors, toutes les forces vives de la nation, hommes et femmes, civils et soldats, élaboreront ensemble un plan national de reconstruction pour engager le pays dans le processus du développement auquel il aspire depuis longtemps.
Le 19 mars 2006
Professeur Lansiné Kaba
Boston, MA
Une Correspondance de Mohamed "Joe" Sidibé pour Nlsguinee.com
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