Guinée : La leçon que je tire de la grève des employés du Secteur Public et Privé déclenchée le lundi 27 février 2006
05 mars 2006
Je retiens quelques points de cette grève des travailleurs du secteur public et privé déclenchée le Lundi 27 février 2006 par les deux centrales syndicales à savoir la CNTG et l’USTG.
Le premier point est la citation au 19ème siècle du célèbre président américain Abraham Lincoln :
« On ne peut éviter des ennuis en dépensant plus que l’on ne gagne »
Si seulement tu savais qu’Abrahman Lincoln avait dit au 19 siècle que l’on ne peut éviter les ennuis en dépensant plus que l’on gagne, tu aurais ménagé ton budget. Les ennuis quand tout naturellement les élèves et étudiants descendent dans les rues pour manifester leur raz le bol, les ennuis quand les enfants du quartier s’attaquent aux camions et magasins de riz, les ennuis quand les employés se mettent en grève, les ennuis quand des réserves il n’en existe pas pour honorer les engagements de l’Etat, les ennuis quand les politiciens en mal de programmes se mêlent dans les marches scolaires, des ennuis quand le soldat pointe son arme sur son semblable Guinéen au nom de la sûreté de l’Etat.
Le célèbre artiste Bob Marley l’a dit dans une de ses chansons « la plus part des humains pensent qu’un jour le bon Dieu descendra sur terre pour régler toute chose, ils se trompent !
Levez vous et battez vous pour vos droits », je vais rajouter que le fort soit juste, pour que le juste soit fort !
La justice dont je parle ici n’est pas celle qui consiste à lire et dire le droit comme au temps de considérant, mais cette sagesse infuse en chaque être humain qui lui permet de reconnaître ses limites physiques.
Cette sagesse qui permet de comprendre que l’homme ne saurait être plus humilié que par le simple fait d’être une créature en tout point de vue dépendant de son créateur. Fragile, faible et tenté devant ce monde fini, il ne peut être bon sans le concours constant de ses semblables pour lui ressourcer aux valeurs morales.
Un adage ne dit il pas « ne laisser jamais un homme seul avec une femme seule », la femme symbolisant ici le monde matériel !
Un autre sain vous dira que c’est le fusil qui veuille sur l’or, le fusil symbolisant ici l’impartialité dans le respect et l’application des règles et procédures en matière de gestion de la chose publique. Que de responsables complices croient être bons en tolérant l’abus des autres dans la gestion des affaires de l’Etat.
Dirigeants actuels à vous d’opérer un choix raisonné pour ou contre le changement du mode de gouvernance actuel en faveur d’une décentralisation politique et économique qui permette aux gouvernés le contrôle effectif de la gestion de la chose publique à travers les élus locaux.
Les livres d’histoire en général et particulièrement le passé récent de la Guinée sont riches d’événements qui nous mettent en garde sur les dangers aux quels nous exposons nos protégés aujourd’hui, nos amis, nos enfants, nos familles à la faveur des réactions populaires quand la goûte fait déborder le vase.
Les principes de gouvernance à la Machiavel « un prince se doit d’être craint » au nom du respect de la personne humaine ne doit plus être de rigueur !
L’histoire retiendra que nous avons choisi librement cette décentralisation effective du pouvoir ou que nous y avons été forcés à la faveur de la conscientisation des masses populaires.
Ce n’est qu’une question de temps ! Bien entendu que chacune des options a son prix à payer. Le courage, le travail, l’amour, la liberté, la paix effective ou la peur, l’exil, l’amertume… j’ai honte de cette Afrique qui continue à exiler sa sève nourricière vers d’autres horizons.
Ayez le courage de nous regarder en face et vous reconnaître dans notre regard, c’est un geste d’amour, un geste humain pour que demain, ensemble nos enfants puissent se promener la main dans la main dans nos rues, qu’ils cueillent ensemble les fruits dans nos plantations de café, banane… qu’ils arrêtent enfin de se pavaner dans les rues de New York car le père nourricier n’est plus aux commandes…
Notre problème c’est parce que les autres pensent à notre place et continuent à le faire, ils choisissent à notre place et continuent à le faire. Cela parait aussi banal, aussi simple comme constat, que ça saute à nos yeux.
Quand la Guinée a fait sa déclaration d’intention pour accéder à son indépendance, le Général De gaule n’avait il pas prévu tous les problèmes que ce pays allait rencontrer ? Il aurait dit « cette communauté, la France la propose, je dis plus haut ici qu’ailleurs, que l’indépendance est à la disposition de la Guinée. Elle peut la prendre le 28 septembre 1958 en disant non à la proposition qui lui est faite et dans ce cas je garantis que la métropole ne fera pas d’obstacle. Elle en tirera bien sur les conséquences, mais d’obstacle elle n’en fera pas. Par ailleurs il dira parlant des Africains, ils ne connaissent pas la réalité de l’Etat ».
De gaulle était il un prophète, un savant ? Non, il était cartésien, logique, un grand homme d’Etat vaincu et vainqueur des allemands, complices des soit disant intellectuels Africains. C’est simplement par ce que l’organisation telle qu’héritée des colons allait causer plus de problèmes que de solutions au point que des indigènes allaient se poser la question à quand la fin de l’indépendance. Telle que léguée cette organisation devrait permettre à la métropole de manipuler, gérer, contrôler à merci aussi bien les ressources humaines que matérielles… et finalement le rêve des opprimés comme l’œuf contre le rocher se brisa.
Que cela n’en déplaise aux défenseurs de la république ou de la démocratie qu’elle soit directe ou indirecte, parlementaire ou républicaine, cette fichue structure qu’est l’Etat a besoin d’être repensée aussi bien dans sa structure que dans son fonctionnement.
Nous Africains, avons besoin de reconnaître aujourd’hui que nous n’avons pas les moyens de la politique de nos Etats en tant que structure. Vous me direz que la démocratie à l’Américaine ça marche, à la Française ça marche, à l’Allemande ça marche, pourquoi ce même modèle ne marche pas chez nous.
Oui je suis définitivement d’accord que le mot démocratie ne peut se traduire dans nos dialectes, à vos plumes défenseurs de la république et intellectuels…
Intéressez vous à l’histoire de ces nations qui se disent aujourd’hui civilisées, pacifiques…le socle de ces démocraties repose sur le sang de millions d’européens et d’américains tombés au cours des guerres fratricides de révolution ou d’indépendance.
Les premières phrases des constitutions de ces nations (voir la déclaration d’indépendance des Etats-Unis) qui consacrent la démocratie comme mode de gouvernement font retentir les cris de douleurs de ces millions de personnes éprises de paix et de justice, qui sont tombées sur les champs de bataille pour renverser des structures et faire ce que l’on peut logiquement appeler une révolution de palais. Pas à l’image des ces rebellions barbares, assoiffées de sang, de sous et de sains, sans ce noble objectif qui est le respect de la dignité humaine.
Ces démocraties occidentales telles qu’elles sont et fonctionnent aujourd’hui sont l’expression de la volonté de l’espèce humaine dépouillée au plus fort moment de la guerre de toutes ses bassesses, de toute son animosité, de tous ses préjugés, de toutes ses prétentions, de toute son insolence et focalisées sur l’essentiel qui n’est rien d’autre que le respect de la dignité humaine.
Oui quand le métal ou le plomb dans le corps de l’homme le saigne et s’y refroidit, quand vaincus et vainqueurs se confondent, quand les lignes ennemies sont tracées dans le cœur des survivants par le sang des victimes, les hommes trouvent l’équilibre dans la nécessité d’être unis en restant différents. Oui cette attitude qui permet de reconnaître que l’homme est à la fois un et multiple. Le problème est résolu car il n’y a plus de vainqueurs ni de vaincus.
Le second point est aussi une citation d’un autre célèbre président américain JFK, John Fudgeral Kennedy mais d’autres pensent que c’est le célèbre mythique et penseur jamaïcain, Markus Garvey
« On peut tromper une partie du peuple tout le temps, on peut tromper tout le peuple une partie du temps, mais on ne peut tromper tout le peuple tout le temps »
Oui on ne peut tromper tout le peuple pendant tout le temps. La communication à sens unique a sur le long terme, les mêmes effets que le Bulldozer ou aboutit à ce que les économistes appellent l’effet boule de neige. La lame du bulldozer tout comme la boule de neige commence par quelques centimètre cubes de terre ou de neige ou bout du rouleau c’est soit une montage de terre qui se dresse comme un obstacle infranchissable, impressionnant et effrayant les mineurs ou une avalanche de neige qui à son passage emporte et efface tout le reste.
Les structures de la révolution populaire, multiforme et globale que l’on disait capables de résister aux bombes, plus solides que l’acier, sont presque des souvenirs pour le Guinéen.
Cette règle Dieu merci, est inviolable dans le cadre de la gestion d’une nation. Les solutions partielles consistant à occulter les faits dans l’administration de la chose publique se repositionnent tout simplement en macro problèmes à l’image de la montagne de terre ou de la boulle de neige.
A force de communiquer à sens unique, on conditionne les esprits à une réaction plus énergique et redoutable.
Ce conditionnement est favorisé par le décalage entre les faits têtus que vivent les populations et les stratégies de communication à outrance mises en place pour repousser au lendemain le débordement. Seule la contradiction peut permettre la décompression à travers la recherche de solutions plus appropriées.
On nous dira que les institutions de Breton Wood soutiennent les actions du gouvernement, mais le fait est là, la Guinée ne bénéficie pas du programme d’annulation de la dette et mieux est elle ficelée et coincée par le poids de cette même dette au point qu’elle ne peut se permettre le luxe d’offrir en moyenne 2 sacs de riz à ses employés, on mettra une commission de lutte contre la corruption, et de l’autre coté on ne se gène pas de voir ceux qui, en violation de toutes les règles de gestion, vident les caisses de l’Etat, enfoncent la dette intérieure, procèdent à des surfacturations et continuent à se pavaner dans les rues du pays et occuper des postes de responsabilités et ouvrir des mégas sociétés dans les pays voisins.
Certains, même après avoir été humiliés à travers un jugement car reconnus coupables et emprisonnés, reviennent occuper des postes plus juteux !
Ce qui est impossible même dans un rêve sous d’autres cieux, est réalité en Guinée : corrompus, corrupteurs et commissaires (commission de lutte contre la corruption) se frottent partout ensemble.
C’est le comble ! Le législateur (assemblée nationale) se félicite du fonctionnement effectif de toutes les institutions et se rétracte impuissant dans les prières pour que l’année 2006 soit enfin l’année de la libération du peuple de Guinée. Les mots, sans me consulter, vous trahissez ma conscience, mon sentiment profond d’être impuissant et incapable, se jouant de mon âme et de ma conscience comme une marionnette !
Mon Cher, « Live free or die » vit libre ou meurt ! Assume tes responsabilités ou cède la place ! Arrête de te plaindre, l’histoire ne se fiche pas male que tu te ronges les ongles ! Inscrit ton nom sur le brouillon du livre d’histoire de la Guinée ou fait le en lettre capitale sur la page d’or.
Inscrire son nom en lettre capitale sur la page d’or d’une nation n’est accessible qu’aux âmes nobles, le poète par humour vous dira quelles occasions perdues !
Plus qu’une prière c’est un engagement résolu d’assumer ses responsabilités et de remplir son devoir en agissant à changer en bien ce qui est en ton pouvoir.
On nous montre des champs de riz par milliers d’hectares, mais le sac du riz reste inaccessible au Guinéen. J’ai eu pitié de celui qui à la faveur de la grève, a eu le courage d’annoncer le niveau de salaire d’un fonctionnaire de la hiérarchie C après proposition d’augmentation de celui-ci par le Gouvernement.
Moins de 150 000 francs Guinéens, soit exactement un sac de riz et 35 000 francs Guinéens de monnaie comme budget mensuel pour toute une famille. Sur la question de savoir comment pourrait on vivre avec un tel traitement, le porte parole est formel ! Oui le Guinéen pourra vivre avec un tel traitement !
Votre déclaration et celle de l’homme de la rue ne diffère que par l’absence du mot « Baraka » dans votre déclaration. Oui il le pourra et même s’offrir le luxe de voyager en première classe dans un supersonique entre Paris et New York.
On convoque à la faveur des tensions, des concertations élargies aux opérateurs économiques pour la mise en place des commissions de contrôle des prix, à l’occasion on profite pour exprimer son impuissance en priant pour la reprise des activités.
Là aussi comme partout ailleurs, les faits sont têtus, ce n’est pas au champ de bataille que l’on recherche ses minutions. L’opérateur économique annonce connaître exactement par où il y fuite des recettes, toutes les mesures qui seront issues de cette concertation risquent d’aller à l’encontre du libéralisme économique prôné par le gouvernement de la deuxième république.
Plus que le résultat d’une concertation consigné dans un rapport, ce travail nécessite une planification stratégique axée sur la définition des politiques, des critères géographiques et mécanismes de taxation, les moyens en ressources humaines et financières, les règles disciplinaires, les stratégies de communication (information, éducation et sensibilisation…), les périodicités et les mesures de suivi évaluation des effets sur le niveau général des prix…
Le troisième point est une de mes citations livrées dans le document « message aux politiciens Africains »
« Vit avec la peur dans le ventre et meurt avec le cœur plein d’amertume si tu ne peux te reconnaître dans le regard de l’autre »
Aussi longtemps que ton âme ne serra pas nourri de ce sentiment d’appartenance et de solidarité universelle, tu ne pourras réaliser que la paix plus qu’un souhait ou un discours politique est l’expression ultime de la liberté, elle se consolide dans la contradiction interne rendu nécessaire par la diversité des espèces.
La lumière qui a inspiré tant d’écrivains et de poètes !
La lumière qui est source d’espoir, d’apaisement et de guidance pour les hommes, est le fruit de cette contradiction !
La bougie qui éclaire, la lampe qui brille consume de sa substance pour être utile. Ne maudit pas l’obscurité dira Confucius, allume une bougie !
En d’autres mots, n’accuse pas le syndicaliste, mais ménage ton budget ! Gère dans le respect des règles et procédures !
Ce syndicaliste n’est en rien responsable des prix qui se pratiquent dans les différents marchés, il ne participe non plus à l’élaboration des lois de finance fixant les recettes et les dépenses de l’Etat, ce n’est non plus lui qui commande le fusil et les cartouches symboles du pouvoir en temps d’accalmie, mais source d’incertitude et d’insomnie en période de tension.
Devient maître dans ce noble art qui est de gouverner en apprenant à contrôler la lumière née de la contradiction constructive ou cherche toi des voiles pour survivre aux macro tempêtes en haute mère.
Le quatrième point que je laisse sans commentaire, sont les supputations aux quelles tout analyste politique pourrait aboutir sur la crédibilité des élections communales et communautaires au regard de ce mouvement de grève qui a paralysé pendant 5 jours ouvrés tout le pays.
Le cinquième point sur lequel j’ai longtemps réfléchi, est l’absence en première ligne dans les négociations avec les centrales syndicales, de la primature, organe d’impulsion et de coordination de l’action gouvernementale.
Cette absence est un signal fort, un message qui parait anodin, mais qui devrait être analysé au regard des actes administratifs et politiques posés dans la recherche de solution du conflit opposant le patron du patronat avec l’exécutif.
Malgré le fiasco, la confusion apparente dans les rapports rendus publics par un certain cabinet et le ministère en charge du contrôle économique sur cette affaire de montagne de sous, il faut garder en mémoire aujourd’hui que des actes administratifs et des documents officiels ont été produits et qui pourraient servir de base à l’avenir à l’éclosion de la vérité sur ce dossier sensible.
Comme tous ceux qui sont venus caresser l’abcès qui gangrène le fonctionnement de l’administration publique Guinéenne, un départ imminent s’annonce pour certains qui auront le cœur plein d’amertume. Eux aussi, à l’image d’un certain ministre de la sécurité, rejoindrons la logique de la vache qui croit que l’herbe est toujours grasse de l’autre coté de la prairie. Nous laissant sur notre faim au regard du discours programme un certain décembre 1985 quand on dénonce le fait que pas un seul responsable n’est à mesure d’assumer ses responsabilités, tout le monde se réfère au magistrat suprême.
Nous retenons en attendons de voir ce jour, où l’administration Guinéenne va produire des hommes capables de traduire en actes concrets, l’esprit de ce discours programme, que le destin de la Guinée comme nation est intimement liée au mouvement syndicaliste, au premier trimestre d’une année et au chiffre 6.
Et comme dernier point, les résultats aux quels ces négociations ont abouti, en dehors du franc glissant qui viendra gonfler davantage les problèmes du Guinéen et non son pouvoir d’achat, seront tout comme les autres institutions créées en fonds de crise, non opérationnelles.
Une Analyse de M Bocoum Thierno Ibrahima
Contact : ibocoum@yahoo.fr
Une Correspondance Spéciale pour Nlsguinee.com
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