Guinée : Gouvernement et syndicats : terrain d’accord à Conakry
04 mars 2006
Vendredi soir, syndicalistes et représentant du gouvernement se sont réunis pour trouver un accord sur des questions cruciales concernant la survie quotidienne des Guinéens. Les deux camps affichaient leur satisfaction : le gouvernement, pour avoir gagné la suspension de la grève et les dirigeants des syndicats, parce que leur mouvement a été particulièrement suivi et qu’ils ont obtenu un certains nombre d’avancées.
De notre envoyé spécial à Conakry
Curieuse ambiance vendredi soir au palais du peuple de Conakry. Alors que syndicalistes et représentant du gouvernement s’enfermaient dans une pièce pour trouver un accord sur des questions cruciales pour la survie quotidienne des guinéens, le bâtiment résonnait de sonorités salsa de la célèbre formation cubaine Orchestra Aragon, en concert dans la grande salle.
Au terme de ce protocole, en tous cas, les deux camps affichent leur satisfaction : le gouvernement, parce qu’il a gagné la suspension de la grève, et les dirigeants des syndicats, parce que leur mouvement a été particulièrement suivi et qu’ils ont obtenu un certain nombre d’avancées.
Certes, pour les salaires de la fonction publique, on est loin de la revendication initiale d’une multiplication par quatre. Et les négociateurs des syndicats n’ont pas non plus formellement obtenu d’accord sur leur deuxième proposition, révisée à la baisse, de doublement des traitements. Mais, selon le secrétaire général de l’Union syndicales des travailleurs de Guinée, Ibrahima Fofana, « une combinaison d’augmentations de points d’indice et de différentes mesures fiscales devraient permettre une revalorisation progressive d’ici avril 2007 ».
Quant à la stabilisation des prix …
Ensuite, l’accord comporte une série d’autres mesures, dont la création d’une commission mixte syndicats, gouvernement et patronat sur la stabilisation des prix. Ils ne cessent de flamber depuis de longs mois. Et cela ruine littéralement des Guinéens dont les salaires étaient déjà misérables. « Un sac de riz, par exemple, coûte à Conakry environ 115 000 francs guinéens alors que beaucoup ici gagnent moins de 100 000 FG », se désole Mamadou petit vendeur de pneus dans la capitale. Et cela alors que la Guinée est, potentiellement, l’un des pays les plus riches de la région, en raison notamment de ses formidables richesses minières.
Et cela explique pourquoi le mouvement de protestation a pris une telle ampleur. « De mémoire de Guinéens, on n’a pas vu un mouvement de désobéissance civile massif depuis des décennies », jubile un syndicaliste. La grève a effectivement été nationale. De plus, elle a été suivie par toutes les catégories de la population, y compris les commerçants qui, vendredi encore, ont en majorité gardé porte close.
Reste maintenant à savoir si l’accord signé vendredi soir va permettre une accalmie durable pour leur soumettre le protocole. « La pilule des faibles augmentations salariales risque d’avoir du mal à passer auprès des plus radicaux », confie un responsable de l’Union syndicale des travailleurs de Guinée. De fait, les hausses obtenues sont inférieures aux revendications initiales. Pour le moment d’ailleurs, les dirigeants syndicaux affirment qu’ils ont seulement suspendu leur mouvement en attendant de voir si le gouvernement va tenir ses promesses.
par Christophe Champin
Source : RFI
|