Guinée : La grève nationale en Guinée. Comment sortir de l'impasse ?
04 mars 2006
Cinq questions à Barry IV (Président du Rassemblement Démocratique de Guinée)
Quelle est la situation actuelle du pays ?
Barry IV : La grève des travailleurs a pris l'allure d'une grève nationale. Tous les Guinéens réclament la fin du régime dictatorial de Lansana Conté. La grève a gagné l'ensemble du pays. Actuellement, elle est suivie dans toutes les grandes villes du pays. L'économie du pays est alarmante. Les caisses de l'Etat sont vides. Le gouvernement n'est pas en mesure de répondre aux attentes de la population. Selon un gréviste, « les guinéens en ont marre d'avoir le ventre vide ». Le salaire moyen du travailleur guinéen qui se chiffre environ à 100.000 FG ne suffit même pas à acheter un sac de riz. Les Guinéens ont faim. C'est plus qu'ils ne peuvent endurer. Les recettes de la bauxite, du diamant et de l'or du pays ne profitent qu'à une poignée d'individus malhonnêtes qui gravitent autour de Lansana Conté. Aujourd'hui, Lansana Conté est gravement malade. Il n'est plus en mesure d'assumer ses fonctions.
Que prévoit la constitution en cas de vacance du pouvoir ?
Barry IV : Je crois que dans le cas actuel de la Guinée, il faut porter le regard au-delà de cette constitution. Nous devons prendre en considération la réalité politique et l'histoire des relations inter-ethniques dans le pays. Il faut chercher à préserver la cohésion du tissu social et l'unité du pays. Il serait catastrophique pour le pays d'observer le schéma constitutionnel. Comme en Côte d'Ivoire, il conduirait à la Somalisation du pays. Des milices armées pourraient se former dans le futur pour résister et couper le pays en morceaux. La constitution actuelle n'évoque qu'une douleur profonde pour le peuple de Guinée. Elle n'a jamais été utilisée pour sauvegarder l'intérêt national. Lansana Conté et son entourage l'ont toujours violée. Ils l'avaient modifiée pour faire de Lansana Conté un président a vie. Aujourd'hui, ils veulent se servir de cette même constitution pour instaurer une nouvelle dictature en Guinée. Ils invoquent la constitution pour permettre à Mr. Aboubacar Somparé de s'emparer du pouvoir et de continuer la politique de Lansana Conté. Lansana Conté a détruit le pays. On ne lui donnera pas le luxe de nous imposer son propre successeur. Les Guinéens choisiront leur propre Président. Nous allons résister par tous les moyens.
Et dans le cas où Aboubacar Somparé n'exercerait que des fonctions honorifiques ?
Barry IV : C'est de la tromperie pure et simple. Un président qui se contente de fonctions honorifiques n'existe pas en Afrique. Ils finissent toujours par monopoliser le pouvoir. Ils veulent toujours contrôler l'armée et le trésor public. Mr. Somparé était complice dans l'assassinat de nombreux Guinéens sous le régime de Sékou Touré. Il a les mains tachées de sang. Aujourd'hui, il fait partie du problème de la Guinée. Il ne peut pas être une solution. La Guinée n'a pas besoin d'un président paresseux en embuscade dans un palais, et qui viendra vider les caisses de l'Etat des qu'il y aura des recettes. La Guinée n'a pas besoin d'un président paresseux qui empêchera tout premier ministre travailleur d'initier de véritables reformes. La Guinée a besoin d'un Président travailleur, dynamique et rassembleur. Dans l'éventualité où Mr. Aboubacar Somparé aurait soif d'honneur, il devrait remettre le pouvoir à l'opposition et il bénéficierait de la plus haute décoration du pays. S'il faut absolument appliquer le schéma légal et constitutionnel actuel, Somparé doit répondre des ses crimes devant un tribunal.
Pensez-vous que l'armée pourrait prendre le pouvoir ?
Barry IV : Dans la crise actuelle que traverse le pays, il faut toujours envisager le risque d'une prise du pouvoir par l'armée. Il y a des officiers très ambitieux au sein de l'armée. C'est le cas du vieux Général Kerfalla Camara. Mais, il est très mal vu dans l'armée. Il est impliqué dans plusieurs malversations financières et il était à l'origine de l'épuration arbitraire de plusieurs officiers Peuls. Cependant, de nombreux officiers sont conscients des conséquences désastreuses pour le pays d'une prise du pouvoir par l'armée. Ce sont l'instabilité dans le pays et les sanctions économiques de la communauté internationale. Il y aurait même un embargo. Je veux dire une interdiction de voyage contre les Ministres, les hauts cadres de l'Etat et leurs familles !
Quelle est donc la solution ?
Barry IV : La solution ne se trouve dans le schéma constitutionnel. Ceux qui insistent sur l'application du schéma constitutionnel tracé par Lansana Conté n'ont pas une grande conscience de ce qui se passe dans le pays. Ils sont loin des réalités. La solution est dans les mains des leaders de l'opposition. Aujourd'hui, il n'y a pas le moindre doute. L'opposition Guinéenne incarne les aspirations profondes et légitimes du peuple de Guinée. Les leaders de l'opposition ont compris l'exigence de l'unité. Bah Mamadou et Alpha Condé sont devenus des grands amis. Le bras de fer entre les leaders politiques Peuls n'existe plus. L'opposition est unie. Elle veut sauver le pays d'un affrontement inutile. Ils ont compris que pour sauvegarder l'intérêt de la nation, ils doivent se lever et agir très vite. Ils doivent sans délai déposer la liste du gouvernement de transition. Il n'y a pas de temps à perdre. Ils doivent nommer des Guinéens ou Guinéennes pour assumer les fonctions de Président de la République, Premier Ministre et de Ministre de la Défense. Ils doivent le faire sans délai pour sortir le pays de l'impasse et ouvrir la voie à un départ officiel de Lansana Conté, à la démission du gouvernement et à une suspension de l'assemblée nationale.
Correspondance de M. Barry IV pour Nlsguinee.com
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