Guinée : Front syndical : La grogne des travailleurs paralyse le pays
28 février 2006
Ce matin du 27 février, la capitale guinéenne est méconnaissable. Tous les bureaux, commerces et banques sont fermés. Les marchés sont restés déserts toute la journée. En dépit des menaces du ministre de l’Emploi, Alpha Ibrahima Keira, qui brandissait des sanctions disciplinaires et administratives allant de la suspension du salaire, à la rétrogradation ou au licenciement pur et simple des travailleurs, le mot d’ordre de grève des syndicats est largement suivi.
La hausse excessive du prix des denrées de première nécessité est la principale cause de cette grève. En effet, le sac de riz de moins de 50 kg est vendu à 105 000 francs guinéens à Conakry et 150 000 francs guinéens à l’intérieur du pays. «C’est misérable», affirme un responsable syndical d’autant qu’un fonctionnaire gagne difficilement plus de 150 000 francs guinéens. A cela s’ajoutent le manque d’accès aux services de base (santé, eau, électricité, téléphone, etc.), les hausses successives du prix du carburant à la pompe. Toutes choses qui font que la Confédération nationale des travailleurs de Guinée (Cntg) exige une augmentation du pouvoir d’achat des travailleurs qui devrait se traduire par la multiplication des salaires des fonctionnaires par quatre.
Pourtant, les négociations de dimanche, qui se sont poursuivies jusqu’à 22 heures, au ministère des Mines en présence des ministres du Transport, de l’Economie et des Finances, de la Santé, n’ont pas permis de désamorcer la crise.
Les syndicalistes guinéens réclament la tête du ministre de l’Emploi qui a eu l’outrecuidance de menacer de punir les grévistes. Cette maladresse du ministre, Alpha Ibrahima Keira, au lieu d’effrayer, a plutôt galvanisé l’ardeur des travailleurs de Guinée aussi bien du secteur public, privé, mixte et informel.
Hier soir, les négociations se poursuivaient encore, mais les syndicalistes restaient fermes sur les points suivants : la promotion de l’emploi, la protection sociale et le respect des droits et libertés syndicaux en Guinée. Si les revendications se sont pas satisfaites, les travailleurs menacent de poursuivre leur mouvement d’humeur pour une semaine.
Par Monique Curtis - Correspondant à Conakry
Source : lequotidien.sn
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