Guinée : Il faut une synthèse des "opinions" pour mieux relever le défi d’une bonne transition
21 février 2006
Nous sommes très heureux de constater que l’idée de la préparation d’une transition politique efficace et efficiente fait son chemin.
Malheureusement, force est de reconnaître que la multiplicité des manifestes peut à la longue s’avérer être un facteur handicapant.
Ainsi, pour plus d’efficacité, il faudrait tôt ou tard penser à faire une synthèse de toutes les propositions qui ont été faites par les uns et les autres pour une meilleure communauté de vues sur la manière de préparer cette transition politique dont on a tant besoin.
À propos des assises nationales (ou concertation nationale) prévues les 24, 25 et 26 février 2006 à Conakry, nous souhaitons vivement que l’accent soit mis beaucoup plus sur ce qui rassemble tous les adeptes du changement en Guinée et que les divergences soient mises de côté pour permettre à chacun de s’engager pleinement dans l’élaboration d’un plan permettant de valoriser les critères démocratiques.
Nous avons beaucoup insisté par le passé, et cela bien avant le référendum de 2003 sur les interminables divisions de l’opposition guinéenne. À l’époque nous avons même insisté sur la nécessité de fédérer tous les mouvements de luttes pour plus d’efficacité et une meilleure coordination des efforts pour l’alternance.
Aujourd’hui, nous estimons que s’il est légitime que chaque groupe de réflexion ait sa propre vision de la transition politique en Guinée, une synthèse entre toutes les opinions s’avère être non seulement nécessaire mais aussi et surtout beaucoup plus efficace.
Nous ne pouvons pas éternellement accuser les opposants de désunion chronique et refuser en même temps de montrer l’exemple.
L’ANDD prépare activement sa vision de la Transition, d’autres groupes de réflexion ont déjà publié leurs manifestes ; j’estime personnellement que toutes ces opinions doivent servir de base de travail pour permettre l’élaboration de la fameuse feuille de route nationale que les autorités transitoires doivent absolument suivre et appliquer à la lettre.
Le défi est de taille mais il est largement à la portée de notre pays qui possède les compétences nécessaires pour y parvenir.
De toute façon, si nous guinéens ne réfléchissons pas ensemble dès au aujourd’hui pour parvenir à l’établissement de cette «feuille de route nationale», nous serons confrontés dans un avenir proche à une espèce de « bis repetita » de la situation actuelle. Nous pouvons aussi laisser la communauté internationale nous imposer sa propre feuille de route !
Heureusement que la plupart des intellectuels guinéens sont d’accord sur ce constat selon lequel notre pays a besoin de plus de démocratie et donc de possibilité d’alternance. Nous avons besoin de transparence électorale et pour y parvenir, chacun reconnaît qu’il y a des préalables en l’occurrence l’épineuse question du recensement et du fichier électoral.
Aujourd’hui nous savons exactement ce qu’un Gouvernement de transition doit faire pour rendre transparent le processus de démocratisation du pays.
Faut-il donc que nous perdions encore plus de temps sur des discussions concernant celui ou celle qui va piloter le processus ?
Si chacun investit plus d’énergie dans la définition des tâches prioritaires à accomplir pendant la période transitoire, l’économie serait faite sur ces pertes de temps que nous subissons si souvent.
L’essentiel n’est plus de savoir qui sera à la tête d’une équipe chargée de mener à bien la transition à travers la mise en place des reformes permettant une meilleure transparence du processus politique. Il se situe plutôt au niveau de la tâche à accomplir, des mécanismes de contrôle quant au respect scrupuleux de la feuille de route ainsi que les garde-fous qu’il faudra mettre sur place pour empêcher les futurs responsables de s’écarter de la voie tracée.
La réflexion doit partir du postulat suivant : On ne peut pas être juge et partie !
À partir de là, il est absolument nécessaire d’exclure du pilotage de la transition tous ceux qui veulent personnellement se présenter au terme de la durée transitoire.
Ceci constitue un gage important pour la transparence électorale future…
La société civile guinéenne doit jouer pleinement son rôle dans tout le processus de transition.
Si auparavant, certains membres de la société civile critiquaient l’absence de stratégie lisible et efficace des opposants, nous assistons aujourd’hui à un retournement de situation car certains opposants pensent que c’est la société civile elle-même qui peine à s’organiser.
Les prochaines assises doivent donc permettre de (re)définir les rapports entre société civile, dirigeants et opposants; car la société civile n’a pas pour but de conquérir le pouvoir et le remettre en fin de compte aux opposants. Par contre, elle peut et doit peser de tout son poids sur tout le processus démocratique.
Par ailleurs, il y a aujourd’hui des choix (difficultés) préalables qu’il faudrait effectuer (surmonter) :
- Définir par exemple le type de transition que nous voulons : civile ou militaire ?
- Ensuite, savoir ce qu’on peut faire dans l’état actuel des choses contre une transition militaire (douce ou brutale) qui s’imposerait à tous ?
- Et puis se demander si nous sommes sur la bonne voie dans la préparation d’un processus transitoire sans secousses ?
Une réponse à ces questions nous permettra peut être d’avancer dans la bonne direction. Ceci d’autant plus qu’aujourd’hui, la problématique d’une transition civile reste entière. La légitimité de l’actuelle Assemblée Nationale présidée M Somparé est largement contestée; surtout par les partis politiques de l’opposition.
Pourtant, qui d’autre possède aujourd’hui plus de légitimité que M Somparé pour prétendre à la « succession légale » de Lansana Conté ?
Cette question mérite d’être posée à l’armée car elle est la véritable détentrice de la force. En cas de prise de pouvoir par l’armée, celle-ci doit absolument veiller au respect de la feuille de route transitoire.
Malheureusement l’expérience nous a démontré que l’armée a tendance parfois à ignorer les règles en matière de démocratie.
Quels moyens de pression avons-nous contre tout manquement au respect de la feuille de route par une armée qui voudrait s’accrocher éternellement au pouvoir ?
En tout état de cause, les retrouvailles entre tous adeptes de l’instauration d’une véritable transparence politique en Guinée, s’avèrent nécessaire. Si les prochaines assises permettent d’affiner le contenu de la feuille de route et de réfléchir sur la manière de tenir compte de l’efficacité et de l’impartialité de ceux qui seront chargés de sa mise en œuvre, ce serait un grand pas.
Malheureusement, sans une armée responsable et soucieuse de sortir de notre pays de l’impasse actuelle qu’elle a elle-même contribuée à instaurer, nous pouvons difficilement nous en sortir.
C’est peut être facile d’élaborer une feuille de route, de parler de choix politiques à faire ou de moyens de pression mais la réalité reste ce qu’elle est :
c’est l’armée (ou une partie) qui détient le pouvoir en Guinée et c’est à elle malheureusement que revient toute prise de décision concernant la transition aujourd’hui.
L’armée ne peut pas diriger toute seule la Guinée comme le CMRN en 1984; et cela compte tenu du contexte international. Elle sera certainement obligée de travailler avec des civiles. Toute la problématique se situe au niveau des intentions de cette grande et muette complice.
Sans organisation, sans concertations et surtout sans actions de la part du peuple, l’armée ne cédera jamais le pouvoir à un civile, même si celui-ci est démocratiquement élu.
C’est très désespérant de faire appel à la bonne foi de l’armée pour mener à bien la transition mais la réalité politique l’impose car sans une réelle volonté de sa part, rien n’est possible puisque les militants et sympathisants des partis politiques n’arrivent pas à sortir dans la rue.
Espérons enfin que notre armée nationale puisse agir et répondre cette fois ci aux attentes démocratiques de tout un peuple !
Ca urge!!!
Par M Ly Elhadji Baila
Directeur Exécutif de www.nlsguinee.com
Membre Fondateur de l’ANDD et de www.guinea-forum.org
Zurich - Suisse
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