Guinée : BILAN 2005: Entre guerre des clans et misère
20 février 2006
L'année 2005 qui vient de s'achever est partie comme elle est venue. En laissant les Guinéens dans une crise économique sans précédent pour des lendemains incertains. L'arrivée d'un nouveau Premier ministre, rompu à la tâche et grand connaisseur des méandres de l'environnement administratif et financier n'a pas permis à la Guinée de sortir la tête de l'eau.
Tandis que la vie politique, moins mouvementée a été marquée par l'attentat manqué contre le chef de l'Etat, le processus de dialogue national qui a du mal à fonctionner, la libéralisation des ondes et les élections communales et communautaires.
S'agissant du social, la crise économique aidant, le crime refait surface. La tenue des assises à Kankan et à Conakry a fait peu d'écho pour rendre aux Guinéens « leur sécurité » fortement menacée par une nouvelle donne de comportement non orthodoxe d'une génération déboussolée.
L'arrivée de Cellou Dalein à la Primature
Nommé le 9 décembre 2005, Cellou Dalein marque son entrée à la Primature par sa rencontre avec les leaders politiques le 6 janvier. A l'issue d'une rencontre confraternelle, le dialogue est relancé, les partis politiques sortent de leurs réserves. Une nouvelle augure est entamée. Un espoir vite « court-circuiter » par l'arrestation de Antoine Soromou, leader de l'AND, accusé de faux et usage de faux, de recrutement des mercenaires par l'ex-tout puissant ministre de la sécurité, Moussa Sampil. Cette arrestation suscitant un grand tollé finira par un bras de fer entre le ministre de la Sécurité d'alors et les avocats d'une part et entre lui et la presse à cause d'une double arrestation menée par la police contre l'avocat de Soromou et un confrère, d'autre part. Cette affaire finira par emporter d'ailleurs le ministre Sampil.
Tandis que le leader de l'AND va disparaître de la circulation. Il semble qu'il se trouve à Abidjan en Côte d'Ivoire.
L'attentat d'Enco5
Auparavant, à Enco5, dans la commune de Ratoma, le chef de l'Etat échappe à un attentat. Une autre affaire qui fera couler beaucoup d'encre et de salive, entraînant plusieurs arrestations et des bavures policières comme le cas de cet iman, Elhadj Touré accusé à tord qui succombera après avoir été arrêté.
D'ailleurs, ni les commanditaires ni les auteurs ne seront arrêtés. Il aura fallu plusieurs mois après pour que le tribunal de l'ONU pour la Sierra Leone accuse Charles Taylor, ennemi juré de Lansana Conté et ancien chef d'Etat du Liberia, aujourd'hui exilé au Nigeria, d'avoir fomenté ce coup dans le but de déstabiliser la Guinée et reprendre son fauteuil à Morovia.
Dans cette même logique de complot, des militaires accusés d'atteinte à la Sûreté de l'Etat et détenus à la maison centrale de Conakry font une opération d'évasion, le 15 mai. L'essentiel des évadés a été repris. Mais d'autres comme l'élève officier Misbaou Sow est porté « disparu ».
Du côté de l'opposition, le retour de Alpha Condé marque le réveil. Son « alliance » avec Sidya Touré anime un peu le débat politique. Mais à la veille des municipales, on assiste à une forte « secousse » au sein du FRAD, fragilisé par le départ de l'UPG et de l'UFDG.
Les élections communales et communautaires
Le pouvoir acculé par la pression internationale, promet d'organiser des élections libres et transparentes. A cet effet, il crée des conditions favorables à la tenue d'un tel scrutin. L'espace audio visuel est libéralisé. Plusieurs candidats ont déjà retiré les cahiers de charge. Le dernier chiffre indique 47 cahiers de charges retirés dont 37 pour les radios et télévisions commerciales et 10 pour les radios communautaires. En plus de cette condition, figuré la mise en place par décret d'une CENA, l'urne transparente, le bulletin unique, la libre circulation des leaders politiques, l'accès de ces derniers aux médias d''Etat, etc.
Quoi de plus normal pour persuader l'opposition et d'amener les bailleurs de fonds à financer le scrutin. Ce sont ces derniers qui financeront les élections à hauteur de l'espérance. S'il y a eu moins d'incidents par rapport aux présents scrutins, on a enregistré un faible taux de participation.
Du contentieux Etat-Futurelec à l'octroi de la 4ème licence GSM, le pays est bloqué.
Cellou Dalein dont la mission est de remettre l'économie guinéenne sur les rails fourni des efforts incontestables. D'abord, supprimer l'exonération et des marchés de gré à gré, juguler l'inflation, « requinquer » le franc guinéen, renouer le contact avec les bailleurs de fonds, mettre à la crise de l'eau et de l'électricité étaient entre autres ses zones d'attaque pour mener son pays à bon port. Et la tâche a été ardue, le bilan mi-figue, mi-raisin. Pourtant, la volonté ne lui manqué jusqu'ici.
D'abord, ses reformes engagées se butent à puissant lobby gravitant à la haute sphère de l'Etat. Le contentieux Futurelec l'Etat « enfante » un audit de la BCRG. L'entreprise de Mamadou Sylla y a sorti de faramineuses sommes : 198 milliards de nos francs pour des achats non effectués ou des dettes non remboursées. La guerre des rapports (et des clans aussi) de Karfala Yansané et de Charles Zogbélémou affaiblit le gouvernement davantage.
Un autre dossier, est celui portant sur l'octroi de la 4ème licence GSM. De la Sonatek (une société sénégalaise) a Invest Com, les Guinéens semblent méduses. Le téléphone est toujours un luxe chez les Guinéens. Tandis que les 500 mille puces promises par le ministre JC Sultan, ne sont toujours pas sur le marché. Et pendant ce temps, les puces sont vendues, M. le ministre entre 500 et 700 mille francs guinéens. Le seul pays au monde où ces pratiques sont courantes encore.
Pas d'eau, pas d'électricité
Les Guinéens ont fêté la fin de l'année dans l'obscurité. En tout cas, la majorité écrasante. Pendant que le chef de l'Etat prononçait son discours à la Nation, beaucoup de quartiers étaient plongés dans l'obscurité à Conakry et à l'intérieur du pays. On peut estimer à 80%, les Guinéens qui n'ont pas suivi le discours de Conté, faute de courant. EDG est plus malade et pauvre que les Guinéens.
Quant à l'eau potable, elle demeure une denrée rare et précieuse. Le Guinéen boit l'eau potable moins que le Sahélien. Les Maliens et Nigériens trouvent de l'eau potable dans leurs robinets tous les jours. Nous, nous buvons de l'eau mal traitée et non potable. Pure saleté ! Nos robinets sont source de maladie. Heureusement que l'eau en sachets sauve la vie de centaines de personnes dans ce pays.
Tous les pays limitrophes de la Guinée ont trouvé la solution aux problèmes d'eau. Chez nous en Guinée, et plus précisément dans la capitale, les nantis ont finalement trouvé la solution aux problèmes d'eau : ils creusent des forages à coût de millions de nos francs pour sauver leurs familles. Et pendant ce temps, sur les collines de Kaporo Rails, « Démoudoula » et d'autres, les robinets sont secs depuis quatre ans maintenant. Pauvre Guinée.
Le Département de Hadja Fatoumata Binta Diallo est simplement « malade ». A quand le réveil Madame la ministre ?
Le retour du FMI et de la Banque Mondiale
Un aspect positif quand même. Le retour des institutions de Breton Woods qui ont accordé à la Guinée un programme informel en avril. Pour avoir respecté les critères en réussissant à canaliser « l'hémorragie financière » et renflouer les caisses de l'Etat, le pays peut-être récompensé dans les jours à venir par un programme formel nécessitant une assistance financière extérieure. Ce sera vraiment une bouffée d'oxygène pour les Guinéens.
Un galop de crises
La hausse des prix du carburant, le 13 mai à la pompe a entraîné une forte dégradation du niveau de vie des populations guinéennes. Le « coût mortel » des denrées de première nécessité est sans précédent.
Une situation pénible pour les salariés de la Fonction publique. Ils l'ont fait savoir par une grève largement réussie en novembre. Le gouvernement amené au dialogue joue au sapeur pompier et promet de brides améliorations à partir de février. La crise économique à l'une de ses conséquences, la criminalité. L'année 2005 n'a pas échappé à ce phénomène. L'engagement du nouveau ministre de la Sécurité, Ousmane Camara, n'a pas suffi pour anéantir le grand banditisme. Des malfrats causent des crimes odieux et abominables à Conakry, comme à l'intérieur.
Même dans les plus petits hameaux. La tenue des assises a permis de juger des criminels comme Malick Condé et autres reconnus coupables d'assassinat. Des preuves que notre société traversant un courant difficile de son histoire doit se faire une profonde mutation pour sauver les valeurs positives de sa civilisation. Bonne année à tous.
Kateb Yacine
GuineeConkry.info, partenaire de Nlsguinee
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