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Guinée : GRANDE INTERVIEW DU DOYEN BAH MAMADOU

 20 février 2006  

Au sortir de sa rencontre avec la Commission européenne à Bruxelles, le doyen Ba Mamadou a bien voulu nous accorder une grande interview dans laquelle il prend tout son temps pour expliquer en détail l'objet de sa présence dans la capitale européenne. Le doyen revient également dans son franc-parler habituel, sur sa vision de la transition guinéenne et bien entendu, sur les assises nationales prévues à Conakry les 24 25 et 26 février 2006. Exclusif.

-Aboubacar SAKHO : Qu'est-ce qu'un leader de Parti politique guinéen cherche en Europe ?

-BAH Mamadou : C'ést aussitôt après les élections communales que j'ai décidé de venir me reposer un peu en Europe. D'abord en Tunisie où j'ai ma fille et je suis resté là-bas quelque temps, puis je suis venu en France où j'ai continué mes examens médicaux; et maintenant je suis prêt à rentrer et avant cela, j'ai voulu quand même venir à L'Union européenne pour au fond, m'informer un peu, puis les informer de la situation en Guinée. Voilà à peu près le programme.

-Aboubacar SAKHO : De quoi a-t-il été question, pendant la rencontre avec la commission européenne ?

-BA Mamadou : C'était surtout pour vérifier s'ils avaient reçu les documents qu'on avait envoyés, parce que chaque parti a essayé de tirer les leçons des élections communales, et un peu préciser tout ce qui avait eu, comme dérapage.Malheureusement, j'ai constaté que les documents n'étaient pas arrivés. À mon retour je vais veiller à faire en sorte que ces documents puissent leur parvenir, pour qu'ils puissent prendre une position plus nette. Je ne sais pas pourquoi les documents ne sont pas parvenus, mais on va le savoir. J'ai encore appris qu'une mission de la commission européenne s'en va le dimanche 19 février 2006 sur Conakry.Malheureusement, elle ne restera que peu de jours. Cette mission va voir justement l'état de tous les rapports qu'il ya eu pour savoir comment tirer les leçons des élections communales et communautaires du 18 décembre 2005.

-Aboubacar SAKHO : Quelle image ces élections ont-elles donnée de la Guinée au sein de L'Union européenne ?

-BAH Mamadou : Pour le moment ils ne veulent pas donner une position précise, ils attendent les rapports des Partis politiques d'abord. Ils ont eu le rapport des observateurs guinéens qui n'était pas très clair à leurs yeux. Il y a des points à éclaircir, et ensuite ils vont voir le gouvernement pour que ce dernier leur explique sa position. C'est quand ils auront tous ces éléments qu'ils vont prendre position. Déjà ils reconnaissent qu'il y a eu quand même plus de problèmes qu'ils n'avaient imaginé.Et, je crois, qu'il s'agira maintenant de démontrer dans quelles conditions ces élections se sont déroulées. Et c'est très regrettable justement que l'opposition qui a cette fois-ci fait l'effort de participer entièrement à ces élections, ne soit pas satisfaite aujourd'hui des résultats de ces élections.

-Aboubacar SAKHO : Que vous inspire la pagaille qui règne au sein du gouvernement guinéen, notamment par rapport au differend État-Mamadou SYLLA et l'attribution de la 4e licence GSM ?

-BAH Mamadou : Je crois que tout le monde se rend compte aujourd'hui que le pays n'est pas géré. Dans beaucoup de pays, on parle de bonne gouvernance, mais nous malheureusement nous sommes à la recherche d'une gouvernance, qu'elle soit bonne ou mauvaise qu'au moins on puisse avoir une gouvernance. Aujourd'hui le pays n'est pas géré et vraiment les choses sont restées en l'état.Le Président donne raison a tout le monde dans son entourage et il ne prend pas décision. C'est quand même dommage que cette opération GSM ou de Mamadou SYLLA soit toujours dans le flou et même pas la réalité des choses. Ce qui montre qu'il n' y a même pas d'éléments capables de faire un audit correct de la situation. Ensuite on ne peut pas prendre une décision définitive pour savoir si la quatrième licence, on la donne ou on ne la donne pas. Mais vraiment c'est ce flou qui montre que le pays n'est pas géré et tout va dans le désordre le plus complet. C'est vraiment inadmissible qu'un pays puisse accepter ce laisser-aller.

-Aboubacar SAKHO : Justement par rapport à ces deux problèmes, certains estiment que le premier ministre aurait dû rendre le tablier. Quel conseil avez-vous à lui donner ?

-BAH Mamadou : Actuellement je peux même dire qu'il n'a pas de tablier (rire), il n'y a rien. Au fond c'est une question de tempérament, en Guinée c'est très difficile, si Fall a démissionné de l'Etrager, c'est que ce n’est pas facile de démissionner et rester dans le pays. Ceux qui veulent démissionner sont obligés de s'exiler, alors si on n'a pas envie de s'exiler, on est obligé d'avaler des couleuvres. Mais je crois que c'est dommage. Moi j'avais suivi la conférence de presse que le Premier Ministre avait faite, c'était pitoyable et pour lui et pour le pays et pour le Général CONTÉ. Ça faisait pitié de voir qu'un pays puisse être géré de cette manière.Dans aucun pays aujourd'hui, des sommes aussi colossales ne peuvent être laissées en suspens comme ça, sans qu'on ne prenne une décision définitive. En Guinée,on a l'impression qu'on s'en moque, il n'y a pas de gouvernement, pas de Premier Ministre, il n'y a rien. Tout le monde attend que les choses se déroulent, personne ne veut réagir, personne ne veut prendre position, tout le monde se dit que c'est Dieu qui va résoudre le problème. Et on attend que Dieu nous aide !

-Aboubacar SAKHO : Quels sont vos rapports avec le Premier Ministre, parce qu'à un certain moment, vous étiez accusé d'être son conseiller. Qu'en est-il ?

-BAH Mamadou : Justement, tout le monde avait pensé effectivement que je m'étais lancé dans cette opération électorale à cause de lui. Or aujourd'hui la preuve est faite, que ce n'était pas du tout ça qui était en jeu ! Ce qui était en jeu c'était faire en sorte que toute l'opposition fasse l'essai d'aller à ces élections, voir vraiment si ce gouvernement peut changer ou pas. Moi j'avais la conviction et la bonne foi que les choses pouvaient changer et qu'on aurait une avancée. Et beaucoup étaient persuadés que ce régime ne pouvait pas changer, j'ai dit non, on va essayer, c'est un test, on va voir ce qu'on peut faire.Et j'avais donc opté non pas à cause de Cellou à mon avis qui n'est pas partie prenante dans cette affaire.Il est le Premier Ministre de CONTÉ, je ne vois pas à moins d'être pour CONTÉ, comment on peut être pour lui ( Cellou ). Mais je ne voulais pas être contre lui ( PM ) pour rien. Au fond, il n'avait pas même fait quelque chose.Aujourd'hui on dit que je suis son ( PM ) conseiller , mais je crois qu'il n'avait pas besoin de conseiller parce qu'il ne peut rien faire. O n donne des conseils à quelqu'un qui peut faire quelque chose, mais si c'est pour conseiller quelqu'un de rester couché chez, ce n'est pas la peine.

Donc aujourd'hui les choses sont claires, il n'est pas représentatif d'un Premier Ministre qui agit et nous aussi nous avons la conviction maintenant que ce régime ne peut pas accepter les élections libres et transparentes, donc les choses sont claires et il faut chercher d'autres solutions.Et la solution n'est pas encore trouvée.Le jour où Lansana CONTÉ désignera un responsable pour faire une politique effective, dans ces conditions on pourra être pour ou contre, mais si c'est pour ne rien faire, on ne peut pas être pour quelqu'un qui ne peut rien. C'est pas la peine aussi d'être contre lui s'il ne peut rien faire, on doit avoir pitié de lui c'est tout.

Le pays n'est pas gouverné, il faut que les Guinéens adoptent une position beaucoup plus tranchée pour préparer l'après CONTÉ.Ce régime est terminé. Mais on s'assoit, comme ça on risque aussi d'avoir un autre CONTÉ, qui va venir s'installer de la même manière. Moi c'est ce que je dis à mes compagnons de l'opposition, mettons-nous ensemble, discutons, tentons de voir comment on va limiter les dégâts, comment on peut au fond reprendre les choses en main , si pour une raison ou une autre le Général Lansana CONTÉ partait comment on va faire ? Nous avons au FRAD préparé un document intitulé '' La sortie de crise ''. Je crois que même ça ce n'est pas suffisant. Il faut s'organiser un peu mieux pour savoir comment on va pratiquement remettre le pays sur les rails.L'idée d'avoir une période transitoire s'impose, maintenant les choses sont claires, on ne peut pas avoir l'alternance par les urnes, ça, c'est terminé, Lansana CONTÉ ne partira jamais, parce qu'il aura été battu aux élections, il n'acceptera pas, et ce n'est pas la peine d'y rêver.

Donc, si on ne peut pas avoir l'alternance par les urnes, il faut s'organiser pour que cette alternance ne soit pas au détriment de la démocratie. C'est pourquoi j'ai proposé que les partis se réunissent, qu'ils puissent préparer l'après CONTÉ. L'après CONTÉ, c'est avoir comme objectif numéro un d'avoir les élections libres, transparentes et crédibles acceptées par tous.

C'est ça qui est l'objectif fondamental. Beaucoup de gens disent, il faut lutter contre la corruption, avoir une meilleure gouvernance, un programme de développement, je dis non. Les Guinées ont besoin d'abord de pouvoir désigner ses représentants d'une manière effective. On oublie souvent que toutes les guerres que l'Afrique a connues résultent des problèmes d'élections. C'est comme ça que ça a commencé au Liberia. C'est un problème d'élections qui s'est posé quand Samuel DOE a refusé d'aller aux élections correctement. Quand NINO aussi a refusé d'aller aux élections en Guinée Bissao, ça éclaté. Même en Côte d'Ivoire, la base, c'est des élections. Beaucoup de gens se rendent compte que les problèmes des élections sont plus importants qu'on ne l'imagine.

Au fond il faut qu'on trouve un système pour avoir des élections libres et transparentes.On a créé par exemple au niveau de L'union africaine des tas de mécanismes pour la prévention des conflits ou des crises. Mais on a oublié que la première crise, c'est les conflits électoraux, et on n’a rien mis en place pour éviter les conflits électoraux. L'union Africaine ou L'O.U.A. avait dit : pas de coups d'Etat, ça, c'est négatif. C'est pas le problème, et s'il ya coup d'État ils ne peuvent rien faire.Ils n'ont rien fait en Mauritanie, en Centre Afrique.Ce n'est pas parce que L'union Africaine dit il n'ya plus de coups d'État qu’au fond on aura une solution. Mais je crois que si L'union Africaine se met en quête de trouver quel est le mécanisme qu'il faut pour qu'il y ait des élections libres et transparentes, ça, c'est beaucoup plus positif. Moi c'est là où je voudrais convaincre mes compagnons de l'opposition de proposer un système correct qui nous permet d'avoir des élections libres et transparentes.

Et je crois que si on arrive à convaincre les bailleurs de fonds et l'opinion publique internationale de nous appuyer pour qu'on ait des élections libres et transparentes avant toute chose, je crois ça permettra d'éviter les désordres. Même à propos de la solution de sortie de crise que nous proposons, certains nous ont critiqués. Ils ont dit que nous avons proposé que pratiquement l'armée prenne le pouvoir, puisque nous avons prévu un Président et un Premier Ministre.C'est vrai que ce n'était pas clair, dans la mesure où des questions comme '' qui va désigner ce Président '' n'avaient pas de réponse.

Certains ont dit de laisser Somparé être président, mais à condition qu'il renonce a ses prérogatives et qu'on désigne un Premier Ministre de consensus. Tout ça c'est des propositions qui sont difficiles à mettre en oeuvre. Mais la proposition que moi je voulais qu'on fasse, c'est l'organisation des élections libres et transparentes. Et ça si on est d'accord, c'est faisable maintenant avec CONTÉ ou après CONTÉ à condition que ce soit clair.Sur ce processus, je peux même donner des explications. On a vu qu'il y a deux étapes de contrôle de ces élections libres et transparentes : la première étape c'est avant les élections, ça, c'est déjà connu. Avant les élections c'est quoi ?

C'est d'abord le recensement électoral, deuxièmement la fabrication des listes électorales informatisées et crédibles et puis indépendantes. Troisième point, c'est les cartes électorales comme aujourd'hui on fait au Sénégal. La carte électorale avec les photos, et la carte d'identité qu'on donne gratuitement à tout le monde. Si ce mécanisme-là est mis en place, on est sûr qu'il ya des listes électorales crédibles, on est sûr que chaque citoyen aura sa carte d'identité. Nous aurions déjà réduit le problème de moitié.Là, on ne pourra plus dire qu'on a gardé les cartes d'électeurs des militants de l'opposition, on ne pourra pas dire qu’au fond il ya des votes multiples parce que les fameux certificats d'identification qu'on donne dans les régions, permettent de voter PUP, alors qu'on les refuse aux autres. Tout ça sera terminé. Et nous pourrons avoir d'une manière précise l'électorat tel qu'il est, et chaque électeur aura sa carte d'électeur avant les élections. Et quand il viendra voter,il pourra présenter sa carte d'identité qu'il a eue gratuitement. On sera tranquille de ce côté- là.

La deuxième phase est la plus délicate. Pendant les élections, c'est pas tellement compliqué, mais c'est après les élections, ce qu'on appel le recensement des votes. C'est là où nous avons eu des problèmes.Jusqu' à présent l'administration nous a bloqués dans ce domaine-là.Nos représentants ne pouvaient pas êtres dans tous les bureaux de vote pour des questions financières d'abord, et puis les préfets et les sous-préfets renvoyaient nos gens et les effrayaient. Donc au fond nous n'avions aucun moyen d'avoir nos représentants qui puissent se débattre pour avoir les fameuses fiches de recensement correctes, signées par tout le monde, puisque nous n'étions pas membres à part entière des bureaux de vote. Tant qu'on ne sera pas capables d'avoir des membres permanents aux bureaux de vote, qui soient représentés d'une manière effective, qui signent les PV de vote, je crois qu'on ne pourra pas empêcher le gouvernement de tricher.Donc si on trouve un mécanisme pour résoudre ce problème de récapitulation des votes qui en même temps permette d'empêcher les magistrats de travailler pour le gouvernement ( parce que se sont les magistrats qui président ces commissions ), eh bien ça ne marchera pas.

Si on n’a pas des gens à côté, qui permettent d'empêcher les magistrats de faire ce qu'ils veulent, je crois qu'on n’aura jamais d'élections libres et transparentes. Donc moi je crois que l'opposition devrait s'organiser pour mettre cela en place et en faire une condition sine qua non. Ou on a ça ou on ne va pas aux élections. Il faut que ce soit clair maintenant. Sans cela on ne pourra pas s'en sortir. Depuis 1993, le gouvernement nous a toujours fait croire par les papiers qu’au fond on pourra se défendre, mais une semaine avant les élections, ils ont tout changé, tout perturbé, ils sont tombés sur nos représentants et ceux-là n'ont pas pu bouger. Cette fois-ci j'ai personnellement, le jour des élections communales du 18 décembre 2005, pris quelqu'un au camp Samory devant le Général Kerfala CAMARA et l'état-major des armées, avec une cinquantaine de bulletins d'électeurs qui s'apprêtait à voter. Il votait d'après certains, pour les militaires, et quand j'ai vu qu'il y avait des ménagères dans certaines des cartes, on m'a dit, c'étaient des familles de militaires, mais rien n'était marqué dessus.Ça veut dire qu’au fond, il y avait tout un système de vote multiple avec procuration.

Mais avec un système de contrôle où chacun a sa carte d'identité et sa carte d'électeur, on ne pourra plus faire des votes multiples de ce genre. Voilà en gros ce que j'ai expliqué aux représentants de l'Union européenne aujourd'hui, en leur disant qu'il faut qu’eux aussi revoient leur stratégie puisque jusqu'à présent, nous avons essayé d'obtenir des avantages sur papier, mais en réalité tant qu'il n'y a pas un contre-pouvoir qui empêche l'administration de tricher, ils vont tricher. Et j'ai dit que ce n'est pas valable seulement pour la Guinée. Si on a des problèmes au Togo, des problèmes en Côte d'Ivoire, même le Benin aujourd'hui a des problèmes, Kérékou n'est pas candidat, mais comme c'est lui qui organise les élections, il met de la mauvaise volonté, il traîne partout, il ne donne pas l'argent à la commission électorale.

Tant que c'est l'administration qui finance, qui contrôle et qui choisit ses candidats, ça ne sera pas possible de nous en sortir. Donc, voilà en gros ce que j'ai expliqué en long et en large, en leur faisant comprendre que si nous avons été cette fois aux élections, c'est parce que nous avions la caution de L'Union Européenne et nous avions pensé que leur pression pouvait emmener le gouvernement a changer un peu, parce que l'enjeu n'était pas important politiquement. Nous avions pensé que le gouvernement allait dire, bon on leur laisse les mairies, ils n'ont qu'à se débrouiller, mais ils n'ont rien laissé du tout, au contraire ils ont préféré donner à chacun de nous une petite mairie.

Et en même temps il y a eu quand même quelques avancées, étant donné que des régions comme Kankan et Siguiri se sont battues vraiment pour essayer d'obtenir quelque chose. A Kankan et à Faranah, il a fallu des bagarres nettes et claires pour que le RPG puisse être déclaré vainqueur.Dans le reste du temps, ils ont préféré annuler les listes de plusieurs partis, en posant des conditions impossibles à remplir dans les zones rurales où les gens n'ont même pas un état civil quelconque. Ils on dit qu'il faut une carte d'identité, et surtout un extrait de casier judiciaire. C'était quand même ridicule de demander à quelqu'un un extrait de casier judiciaire dans un village. Même à Conakry, c'est toute une histoire, et puis ce qui est même amusant, c'est que le casier judiciaire national n'est même pas à jour, puisqu'il n'est pas rempli. Il y a des gens qui sont condamnés, et on n'a pas mis leur nom. Alors, aller à Guéckedou ou à Macenta demander à quelqu'un un casier judiciaire, vraiment c'est de la blague.

Voilà à peu près grosso modo ce dont j'ai discuté avec les représentants de L'Union européenne. Malheureusement je n'ai pas pu avoir Louis Michel ( NDLR: Commissaire européenne au développement et à l'action humanitaire ), qui a dû voyager; il s'occupe du Congo, il était très occupé. De toutes les façons, on lui transmettra les messages. Lui-même il a insisté pour que les messages lui soient transmis. Mon deuxième rôle sera de voir les Partis politiques et leur expliquer ce qui s'est passé, et voir comment nous allons essayer de faire une proposition concrète, et voir enfin comment on pourrait sortir de cette crise.

-Aboubacar SAKHO : Aujourd'hui l'idée qui renvoie à l'incapacité de l'opposition d'imposer l'alternance en Guinée fait son petit bonhomme de chemin, plus particulièrement la querelle de leadership qui la mine.Qu' en pensez-vous ?

-BAH Mamadou : Beaucoup de gens disent que si nous étions d'accord il n'y aurait pas de problème.Mais ce n'est pas vrai. À Ratoma, là où moi je gagnais tout le temps, cette fois j'étais avec le RPG et L'UFR. On n'a même pas eu le quart des électeurs que j'avais tout seul.Et en Guinée on a toujours pensé que l'opposition n'est pas unie, et on le dit comme ça. C'est pas vrai, nous sommes restés toujours ensembles depuis dans la CODEM (NDLR : Coordination de l'opposition Démocratique ), puis il ya eu quelques petits dérapages. Mais même si on était unis, même si on avait un candidat unique en face de CONTÉ, on n'aurait pas gagné, on ne pouvait pas gagner. Des gens ont oublié ce qui s'est passé en 1993, quand CONTÉ a annulé Siguiri et Kankan et autres. Et là encore il n'avait pas d'expérience. Même en 1998 CONTÉ n'avait pas gagné, qu'on soit unis ou pas, ça ne change rien.

Les gens accusent l'opposition de ne pas être unie. C'est pas l'opposition qui bloque le système, c'est que CONTÉ n'accepte même pas un deuxième tour. Si CONTÉ acceptait au moins qu'on aille au deuxième tour en ce moment, on nous aurait dit, il faut vous organiser pour être unis. Mais au premier tour, moi j'estime vraiment que ça doit être ouvert pour qu'on puisse allez tous aux élections, par la suite, le deuxième tour départagerait. Malheureusement il n'a jamais accepté cela.

L'opposition a des problèmes. Bon, la dernière fois, nous avons eu un différend quand moi j'ai voulu aller négocier avec les autres Partis, les partis du FRAD n'ont pas voulu, mais cela au fond, c'est réglé, puisqu'après, on s'est dit qu'il fallait tous qu'on soit ensemble, et maintenant Dieu merci il y a quinze Partis politiques qui se réunissent, qui travaillent ensemble, ce qui veut dire qu’au fond, nous avons tous opté pour l'ouverture. On a élargi à tous ceux que certains considéraient comme des vendus au pouvoir. Maintenant on travaille ensemble.

-Aboubacar SAKHO : Depuis la fin des élections communales et communautaires , Jean Marie DORÉ a préféré prendre ses distances par rapport au F.R.A.D., et aujourd'hui les autres Partis travaillent sans L'UPG.Quelle est la situation à ce niveau ?

-BAH Mamadou : Jean Marie a eu un problème, pas avec moi, mais avec le RPG et L'UFR. Un problème de stratégie électorale. Je crois qu'il a voulu pousser très loin, l'unité ne le permettait pas. Par exemple de décréter qu'on donne la Forêt à Jean Marie, la Haute Guinée à Alpha CONDÉ, le Fouta à L'UPR et la Basse Guinée à L'UFR.On ne peut pas diviser le pays comme ça.

Moi personnellement, j'avais dit aux membres de mon parti que ces élections sont des élections locales, donc c'est chaque fédération qui prend sa décision, et que moi je n'allais pas intervenir.Alpha CONDÉ aussi a appliqué la même méthode, il a laissé la base prendre les décisions.Mais Jean Marie DORÉ voulait que le sommet des Partis impose à la base des candidats ou des désistements. Ce n'est ni démocratique, ni efficace, parce que si on désigne quelqu'un qui n'a déjà pas pu avoir grand monde dans une circonscription, et qu'on exige du parti qui a la majorité dans cette circonscription qu'il se désiste en en faveur de l'autre, ça ne peut pas marcher !

Ça, c'est un différend qui n'est pas un différend électoral. DORÉ, je crois qu'il a tort d'en faire un problème électoral. C'est une formule qu'il a décidée comme ça. Mais si les autres ne sont pas d'accord, démocratiquement (rire), il devrait accepter ce que ces autres aussi pensent. Je cois que ça va se régler, maintenant que les Partis au nombre de quinze sont ensemble, il n'y a aucune raison qu'il ne vienne pas lui aussi avec nous. Je pense qu'on va tout faire pour qu'il vienne afin qu'on aboutisse à des résultats concluants.

-Aboubacar SAKHO : Les assises nationales prévues les 24- 25 et 26 février 2006 à Conakry par les Partis politiques de l'opposition ne donneront-elles pas l'allure d'une conférence nationale ?

-BAH Mamadou : Non. D'abord parce que ce n'est pas ce qu'on avait proposé.Une conférence nationale signifie que le gouvernement participera ainsi que tous les partis politiques. Or parmi les quinze, il n'y a que les Partis de l'opposition ou du centre.Au fond, ce n'est pas une conférence nationale, mais une conférence de tous les Partis. Et nous nous proposons dans uine seconde étape, de faire appel à la société civile, au parti au pouvoir, à l'administration, et au secteur économique de venir participer au débat pour que nous cherchions une solution de sortie de crise. Donc, nous ne revendiquons pas un changement de régime, ni une alternance obligatoire. Nous voulons qu'au fond, chacun dise ce qu'il pense de la situation actuelle de la Guinée et comment faire pour changer.Donc c'est moins une conférence nationale, c'est simplement une concertation nationale.

-Aboubacar SAKHO : Est-ce qu'au cours de cette première phase, la société civile prendra la parole pour dire ce qu'elle pense de la situation ?

-BAH Mamadou : Nous pensons que la société civile va venir.En Guinée ce n'est pas très facile, la société civile n'est pas très libre, ni très motivée pour combattre, quand le gouvernement n'est pas partie prenante. Mais c'est un des problèmes à resoudre, comment faire pour qu'il y ait une concertation généralisée. Si on n'y arrive pas, au moins nous saurons qu'il y a un problème précis à resoudre.Certains parlent de conférence nationale.. Si on n'arrive même pas à faire une concertation nationale, c'est qu'on a des problèmes. Et il faut qu'après, on tire les leçons de tout cela. On tirera les leçons de l'échec, on tirera les leçons du succès .

-Aboubacar SAKHO : Que pensez-vous du réveil de la société civile guinéenne plus précisément des manifestes comme '' Guinée 2010 , L'odyssée de l'impasse ? '' et tant d'autres qui circulent.Est-ce que vous êtes sur la même longueur d'onde ?

-BAH Mamadou : Oui je crois que quand on lit leur document, sur le constat, sur l'état des lieux de la Guinée, nous sommes d'accord. Ils ont tous dit que nous sommes dans un blocage, que le régime de Lansana CONTÉ a échoué. Maintenant, que faire ? C'est là où vraiment les choses se compliquent.Nous nous disons, que faire ? Nous réunir et trouver la solution ensemble. Eux ils ont fait aussi une déclaration en disant on réunit tout le monde, on essaie de trouver une solution. Mais le document par exemple de Madame Dominique BANGOURA va plus loin. Il va jusqu'à proposer une période de transition. Cette période transitoire repose sur des affirmations contradictoires malheureusement. Eux ils veulent absolument qu'on respecte la Constitution en désignant le président de l'assemblée pour diriger cette période de transition tout en décrétant qu'il ne va pas utiliser la constitution complètement, puisqu'il va renoncer à diriger le pays ! Et il va mettre un Premier Ministre qui va gérer le pays et préparer des élections libres et transparentes !

Il faudrait donc que Somparé accepte de renoncer à ses prérogatives constitutionnelles .Et s’il ne renonce pas et qu'on l'oblige, ce n'est plus la peine de respecter la Constitution. Et puis si vous respectez la Constitution, il faut garder les institutions. Donc au fond nous sommes tous bloqués à ce niveau-là. Comment faire pour passer à cette période de transition ? Nous sommes tous d'accord maintenant qu'il faut une période de transition, qui est indispensable. Mais comment faire pour la mise en oeuvre de cette période de transition ? Madame a été loin, mais il faut reconnaître que cette proposition avait déjà été faite par feu Siradiou DIALLO , qui avait proposé qu'on maintienne l'Assemblée dont le Président doit accepter un Premier Ministre et qu'il ne soit pas candidat. Somparé a refusé quand on lui a présenté ce scénario. Il a dit que s'il fait l'intérim, il faut qu'il bénéficie entièrement de tout ce que la Constitution lui donne, c'est-à-dire qu'il gère le pays et il puisse être candidat. Donc, nous sommes dans cette impasse-là et on se demande quoi faire.

Nous nous avons proposé qu'il y ait un Président nouveau, un Premier Ministre nouveau, qui ne peut pas se présenter aux élections, mais qui va organier des élections libres et transparentes.Encore une fois, toutes ces propositions sont bloquées à ce niveau là. Comment faire pour organiser cette période de transition . Il y a un autre groupe à Paris qui a proposé que ce soit le Général Lansana CONTÉ qui institue cette période de transition. Ça, c'est d'autres intellectuels dirigés par un certain Sadio. Bon si le Général ne répond pas on en est au même point. Pour Bokoum, il a fait une proposition demandant que tout le monde se réunisse pour faire pression. Bon pression ça veut dire quoi ? On ne sait pas jusqu'où ça peut aller. Je crois qu'on est d'accord tous pour réunir les partis et la société civile, deuxièmement une période de transition indispensable, troisièmement, une équipe pour diriger cette période de transition et qui ne doit pas être candidate. Mais on n'a pas précisé comment on choisit ces dirigeants de la période transitoire et c'est sur ce point là qu'il va falloir qu'on discute les 25, 25 et 26 février 2006.

-Aboubacar SAKHO : Certains estiment qu'il est préférable que les partis politiques laissent la société civile tenir cette concertation nationale.

-BAH Mamadou : Assis à Paris on peut dire ça facilement, mais quand on est à Conakry, nous avons déjà même du mal à réunir la société civile pour qu'elle sorte de l'ombre et je ne suis même pas sûr qu'on arrivera à le faire. Non, si la société civile pouvait prendre la responsabilité d'organiser cela, on serait heureux. Les Partis politiques n'en seraient pas malheureux du tout, ça ne nous gênes pas. Nous, ce qu'on veut, c'est qu'il y ait une concertation. Mais si nous attendons que ce soit la société civile qui organise, surtout de Paris ou de New York, ou encore de Bruxelles et Amsterdam, je ne crois pas que ce soit facile. Nous, nous allons avoir notre concertation, et nous allons faire la proposition à la société civile de venir prendre sa responsabilité en main. Nous, ce qu'on veut, qu'on discute. Qui a convoqué, qui n'a pas convoqué ça ne nous gêne pas, si tout le monde est là, il n'y a pas de problème, mais si certains ne sont pas là, on se retrouvera au même point, et on dira qu'on n'est pas d'accord.

-Aboubacar SAKHO : Quels sont les résultats auxquels vous vous attendez au sortir de ces assises nationales ?

-BAH Mamadou : Nous ce qu'on a voulu démontrer, c'est que les Partis politiques sont d'accord pour qu'on puisse s'asseoir au tour d'une table.Et les Partis politiques demandent maintenant à la société civile, au gouvernement, à l'armée, aux opérateurs économiques, de venir discuter avec nous pour chercher des solutions. Si la solution est du goût de Lansana CONTÉ tant mieux, si c'est lui qui va organiser la période transitoire, il peut le faire, il a la possibilité d'en faire une conférence nationale même pas souveraine, mais une conférence qui permet d'organiser la période de transition, pour le choix de celui qui va faire cette même période.Si cela permet à un autre de se lever bon...Mais pour le moment on est quand même bloqué là, on ne sait pas qu'est-ce qui va se passer. Si tout le monde accepte de venir et que le gouvernement refuse on a un problème, si les gens n'acceptent pas de venir ou certains refusent de venir on a un problème. Au fond pour le moment, je ne peux pas dire ce que tout cela va donner, mais mon espoir c'est qu’on puisse discuter.Toute guerre se termine nécessairement par une discussion, à plus forte raison quand c'est un blocage comme ça. Qu'on s'asseye, qu'on discute, qu'on trouve une formule acceptable pour tout le monde.

-Aboubacar SAKHO : Les plus pessimistes pensent que vous avez mis la charrue devant les boeufs. Que seule la rue peut imposer l'alternance en Guinée ! Que les assises nationales seraient venues après . Que pensez-vous de cette assertion ?

-BAH Mamadou : Au fond j'aurais dû dire ça avant. Écoutez il faut dire les choses telles qu'elles sont. Je sais qu’on me dit de ne pas dire ça.Mais j'ai l'habitude de dire je ce que pense. C'est parce que personnellement je me suis rendu compte que la rue ne bouge pas. Je l'ai dit souvent, quand il y a eu l'histoire de Kaporo-rails, quand j'ai protesté pour dire aux gens, levez-vous, refusez qu'on casse vos maisons, les gens n'ont pas bougé et on m'a mis en prison. Quand on a arrêté Alpha CONDÉ, on a dit il faut faire quelque chose, les gens n'ont pas bougé pratiquement. Pour moi, la rue n'a pas bougé quand ses interêts étaient en jeu, elle n'a pas bougé quand ses leaders étaient en prison, la rue n'a pas bougé quand les élections étaient truquées. Donc pour moi, la rue n'est pas prête à bouger. Nous sommes tous persuadés que Lansana CONTÉ ne partira jamais par les urnes, l'alternance par les urnes c'est impossible avec Lansana CONTÉ. La seule possibilité pour lui en tant que militaire, c'est la force. Si toute la population se lève, il va partir.Il y aura peut-être quelques morts, mais il ne pourra pas résister, il va partir.Si moi personnellement j'ai recours à cette réunion des partis politiques, c'est parce qu'il n'y a pas la rue. Sans cela, c'est la rue qui peut résoudre ce problème. D'ailleurs, les bailleurs de fonds nous avaientt dit que si les élections communales du 18 décembre 2005 se déroulent sans bagarre, sans histoires, ils vont annoncer que les élections ont eu lieu correctement quelque soit ce que nous raconterons.

Ce qui est vrai, c'est qu'ils ont dit qu'ils ne peuvent pas faire des pressions plus que ça, en nous disant qu'il y a des choses qu'ils ne peuvent pas faire à notre place. " Seul le peuple peut au fond se lever, nous, nous ne pouvons pas nous mettre à la place de ce peuple et dire au gouvernement ou vous partez ou on vous chasse", martèlent les bailleurs de fonds. La preuve a été faite que la population n'a pas bougé.

Et c'est malheureux. On peu revenir à des cas comme celui du Zaïre ou du Congo.Il ya un gars qui a voulu faire une opposition politique, légaliste comme Étienne Tshisekédi.Aujourd'hui, il est complètement isolé. Par contre, les jeunes gens qui ont pris les armes, qui ont été voir d'autres pays à côté, qui ont attaqué leur pays avec des troupes étrangères, aujourd'hui risquent d'êtres présidents. Ça fait quand même mal au coeur de voir que des jeunes gens comme ça qui ont trahi leur pays , qui ont été la cause de morts en pagaille , qui ont devastés leur pays, vont se retrouver peut être à la tête du gouvernement. Vous voyez des gens comme Guillaume SORO, qui sont ministres d'État. Moi je veux bien, mais il y a des choses qui montrent que le crime ne paye pas. Mais on a beau dire, quand on voit aujourd'hui en Centrafrique Bozizé qui dit que les gens qui se révoltent sont des bandits, alors qu'il n'y a pas un an, c'est lui qui a attaqué avec des bandits, des Tchadiens. Aujourd'hui, comme il est au pouvoir, il estime que ceux qui bougent sont des bandits. C'est pour cela que j'ai dit, qu'on a l'impression que le crime paye, parce que ça a payé pour ceux-là. Nous on est là depuis 20 ans, on se bat, on n'a rien.Il faut qu'on sache que si on ne trouve pas une formule pour nous aider, ça ne peut pas aller. C'est pourquoi, pour éviter des guerres, il faut une prévention contre les conflits électoraux. Je crois que maintenant l'opinion nationale et internationale devraient s'organiser pour savoir comment avoir des élections libres et transparentes.

Que ce soit l'objectif numéro un avant toute autre chose. Oublier un peu l'état de droit, la gouvernance, même l'information, les radios privées, tout ça, ce n'est rien. Si on n'a pas d'élections libres et transparentes, si les gens ne peuvent pas désigner les hommes qu'ils veulent pour les diriger, ce n'est pas la peine.Quand vous mettez un voleur à la tête d'un pays, il va continuer à voler, quand vous mettez un incapable, il s'en tourera d'incapables. Donc il n'y a pas moyen, tant que le peuple ne peut pas le sanctionner, ce n'est pas la peine de se casser la tête hein !

-Aboubacar SAKHO : Pour le cas guinéen, d'autres compatriotes estiment que tout ce qui se passe actuellement c'est de la mamaya, que c'est l'armée qui va prendre le pouvoir après CONTÉ .

-BAH Mamadou : Oui. S'i cela arrive, et personnellement je ne le souhaite pas, si donc c'est l'armée qui prend le pouvoir pourquoi voulez-vous qu'ils partent ? Ils vont s'installer et nous en avons pour des années.Si on s'assoit jusqu'à ce qu'ils viennent encore au pouvoir c'est tant pis pour nous.C'est à nous de réfléchir. C'est vrai que s'ils viennent et qu'on a un ATT (NDLR : Amadou Toumay TOURÉ), ce sera Dieu merci. Mais ce n'est pas comme ça. Les ATT il n'y en a pas beaucoup hein.

-Aboubacar SAKHO : Comment voyez-vous le voyage du chef d'état-major général de l'armée guinéenne à Paris, le Général Kerfala CAMARA qui dégagedont déjà l'allure d'un futur Président de la République de Guinée ?

-BAH Mamadou : C'est possible que CONTÉ ait préféré en faire le dauphin et qu'il a prévenu les Français et que maintenant les Français le reçoivent pour le tester et pour lui donner des conseils et des conseillers. C'est possible, c'est peut-être pour ça parce que la dernière fois, quand CONTÉ devait déposer la gerbe de fleurs, il n'a pas désigné le Premier Ministre, il n'a pas désigné le Président de l'Assemblée, il a désigné Kerfala CAMARA, ce qui était quand même contraire à tout, parce que je ne vois pas à quel titre il peut déposer la gerbe. Surtout qu'il a déjà mis à la retraite tous ceux qui pouvaient faire de l'ombre à Kerfala, je pense qu'effectivement, il veut avoir Kerfala comme successeur.

Mais si les Partis politiques attendent que ça arrive, c'est tant pis pour nous. Je crois que c'est le moment pour les Partis politiques de se lever et de dire qu'il n'est pas question qu'on laisse quelqu'un prendre le pouvoir en Guinée et de faire ce qu'il veut. Ou il accepte la période transitoire, on désigne tout de suite quelqu'un qui va gérer le gouvernement et organiser les élections, ou on sort dans la rue, ou on se couche encore.

-Aboubacar SAKHO : Comment appréciez-vous la course effrénée qu'engage SOMPARÉ derrière L'UPR, plus précisément lorsqu'il a consacré tout son discours d'ouverture à ce Parti politique d'opposition dit de modéré ?

-BAH Mamadou : Oui, je crois que ça a deux bases. D'abord le fait que tout un groupe parlementaire puisse partir de l'Assemblée ce n'est pas bon pour son Président, pour la crédibilité du Parlement. Et puis pour SOMPARÉ, au fond, il prépare l'après CONTÉ.Il préfère qu'il y ait une Assemblée solide pour lui donner la possibilité de faire l'interim.Pour lui, c'est très important que L'UPR revienne là. Mais pour L'UPR aussi, il faut reconnaître que c'est la base qui a bougé, qui a été choquée par la manière dont on a traité L'UPR pendant ces élections communales du 18 décembre 2005. En effet, beaucoup de gens pensaient que ce serait comme pour les législatives, que le pouvoir allait faire un effort pour aider L'UPR à avoir encore d'autres bastions. Le fait d'avoir perdu Pita, Labé et la plupart de ses fiefs, à Lélouma et autres, ça a dramatisé la situation. Et la base a protesté en obligeant la direction à prendre une position inhabituelle chez L'UPR qui, jusqu'à présent, a toujours voulu travailler avec le gouvernement et n'a jamais voulu appliquer des positions drastiques.

Donc là, je crois qu’effectivement, c'est une décision importante.Personnellement, si j'ai rompu avec L'UPR, c'est parce qu'il refusait d'appliquer cette politique ( NDLR : Drastique), ils avaient accepté d'aller è ces fameuses élections législatives ( boycottées par les futurs membres du F.R.A.D. NDL ), c'est pour ça que j'ai trouvé que ce n'était plus possible d'y rester. Leur retour me met à l'aise, parce que quand même, ça veut dire que nous pourrons discuter plus tranquillement. Mais je comprends que SOMPARÉ lui, il perde le nord. C'est lui le gros perdant en tant que Président de l'Assemblée, en tant qu'interimaire possible.

-Aboubacar SAKHO : Le fait que L'UPR ait perdu Labé n'est-il pas un problème de leader ?

-BAH Mamadou : Oui ça peut jouer. Effectivement, sur le plan ethnique de base, il faut reconnaître que Labé aurait préféré avoir un leader de Labé pour un peu continuer l'oeuvre de Siradiou DIALLO.Bon cela n'est pas arrivé, on a beau dire, Ousmane BAH est considéré comme de Pita.Et Pita est en compétition totale avec Labé. Effectivement, c'était très difficile à Ousmane BAH de réussir. Surtout, après avoir laissé Saliou BELLA partir, je crois, lui a fait perdre même si c'estun petit pourcentage, non ce n'était pas bon.Au contraire il fallait tout faire pour renforcer la position de Labé au sein de L'UPR, pour leur donner un peu plus de courage.Je crois que cela a été un calcul pas très efficace.

-Aboubacar SAKHO : Quel est l'appel que vous lancez à la société civile, aux partis politiques, bref à tous les Guinéens, à la veille de la concertation nationale ?

- BAH Mamadou : L'appel ,c'est qu’il faut qu'on accepte la notion de concertation et qu'on l'élargisse à la société civile, au gouvernement et à tout le monde.La solution ne pourra être trouvée que dans la négociation et dans la concertation.Il faut qu'on oublie qui va être Président, qui veut ceci, qui veut cela. Il faut qu'on dise, nous voulons des élections libres et transparentes.Si il ya des élections libres et transparentes, qu'est-ce que ça peut nous faire qu'il y ait mille candidats, ce n'est pas gênant. Actuellement si on parle de candidature unique, c'est pour être CONTÉ , mais si on sait que les élections seront libres et transparentes, le problème de leadership ne se pose plus, les gens n'ont qu'à voter pour celui qu'ils veulent, la population va décider. Il suffit de faire en sorte que le système électoral soit clair pour qu’au fond, le gars qui est élu le soit clairement.

Donc moi, l'appel que je lance, c'est d'oublier les problèmes de leadership et d'avoir comme seul objectif l'organisation d'élections libres et transparentes. Actuellement, la "concertation" a décidé de discuter des problèmes de gouvernance, la corruption, de l'éducation, je trouve que ce n'est pas la peine.. Il faut laisser ça à ceux qui seront élus correctement, mais nous aujourd'hui, ayons un seul point à l'ordre du jour, comment faire pour obtenir des élections libres et transparentes en Guinée le plus vite possible. Et ça, je crois c'est le plus rentable. Si nous voulons juger ce gouvernement, ça ne sert à rien. D'abord, on va l'effrayer, alors que si disons que nous voulons des élections libres et transparentes, il n'a pas les moyens de dire que nous sommes ceci ou cela, ou contre lui. Si on met ça au point, le gouvernement ne peut pas dire non, mais si on commence à dire, il faut arrêter Mamadou SYLLA, il faut faire ceci, faire cela, on rentre dans des choses inutiles.

C'est ça l'appel que je lance aujourd'hui et surtout à la diaspora. Il faut que la diaspora aussi participe maintenant. Tous ceux qui ont fait des pétitions, il faut qu'ils se rendent compte que s'ils nous aident pour avoir les élections libres et transparentes, cela nous permettra de résoudre ce problème qui est fondamental.Et tant qu'on n'aura pas résolu ce problème, c'est pas possible. Et si par hasard CONTÉ s'en va, que ce soit par coup d'État ou par disparition naturelle, il faut qu'on sache que l'objectif de tous ces Partis, c'est des élections libres et transparentes, pas autre chose. Mais si on dit qu'il faut trouver un Président de consensus, on va se bagarrer pour rien, alors que ça n'a pas d'intérêt. Le choix d'un Président de consensus est une voie sans issue, le choix d'un Premier de consensus est une voie sans issue.La seule voie que je trouve claire, c'est comment faire pou avoir des élections libres et transparentes.Si on prend même des étrangers pour organiser ces élections, c'est pas gênant du tout. Pour faire des listes électorales, si on demande même à des statisticiens étrangers de venir faire le recensement pour faire des cartes d'électeur, ce ne serait pas gênant.

Au Sénégal, je crois qu'ils ont demandé à une société privée de faire des cartes électorales, je ne vois pas le problème, on peut le faire donc tranquillement, il suffit que ce ne soit pas le gouvernement qui le fasse. Parce que si c'est le gouvernement, ils vont truquer, ils vont le faire n'importe comment. La zone où ils sont faibles, ils vont augmenter le nombre d'électeurs pour le Parti au pouvoir. Encore une fois, si on organise des élections libres et transparentes, la méthode est claire, et les solutions sont déjà connues. On sait comment faire des élections. Maintenant, il faut qu'on sache seulement comment faire pour que le gouvernement ne s'en mêle pas pour tricher, c'est tout.

Interview réalisée à Bruxelles par Aboubacar SAKHO
Directeur de la rédaction et de la publication du site de l'hebdomadaire Guinée '' L'observateur '' , partenaire de Nlsguinee


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