Guinée : En Guinée, une histoire sans importance...
16 février 2006
Claude Mahoudeau est chargé de communication opérationnelle auprès de Médecins Sans Frontières Suisse.
S'il est, parmi les trous noirs de l'indifférence de la part de la communauté internationale, une situation d'autant plus dramatique qu'elle n'est jamais relayée par aucun média, c'est bien celle que connaissent aujourd'hui nos concitoyens de Guinée Conakry. Dans ce pays d'Afrique Occidentale où l'économie est largement sinistrée, où toute initiative est paralysée par une situation politique bloquée, aboutissement de la fin de règne du régime actuel en déliquescence, rien ne fonctionne plus, entre autres les services publics, de l'éducation à la santé qui sont en ruine.
C'est dans ce contexte où mal gouvernance rime avec laisser-aller et déresponsabilisation, que la plupart des bailleurs de fonds internationaux ont décidé, eux aussi, de bloquer leurs programmes, sous peine, comme nous allons le voir en ce qui concerne l'approvisionnement en médicaments efficaces contre le paludisme, de mettre en danger la vie de nombreux guinéens.
Il faut savoir que le paludisme est responsable, à lui seul en Guinée de plus de 15% de l'ensemble des décès et que ce pourcentage augmente terriblement chez les jeunes enfants qui meurent très vite de cette affection avant d'avoir pu acquérir un peu d'immunité. Et pourtant, il existe des médicaments qui guérissent pour ainsi dire à tous les coups, des traitements combinés à base d'artémisinine, une substance extraite d'une plante chinoise. Revers de la médaille, ces traitements ont un coût plus important (de 0,7$ à 2$ par traitement) que ceux, désormais inefficaces, utilisés précédemment.
Les organisations internationales, OMS en tête, ont poussé à hue et à dia pour que le Ministère de la Santé guinéen, comme celui de plus de 50 autres pays africains, change ses protocoles et abandonne la chloroquine, devenue véritable poudre de perlimpinpin pour guérir du paludisme. Ce changement de protocole a été acquis en avril 2005 et MSF y a contribué en mettant rapidement en place, dans ses projets, ces traitements indispensables.
L'histoire ne s'arrête malheureusement pas là car, face à la gabegie d'une administration jugée par bon nombre de bailleurs, au premier rang desquels le "Fonds Mondial de lutte contre le SIDA, la tuberculose et le paludisme", incapable d'assurer la dispensation jusqu'aux malades de ces médicaments, les réponses aux demandes de financements formulées par le Ministère n'ont jusqu'alors trouvé que des échos... défavorables.
On pourrait imaginer du remue ménage dans les couloirs des organisations internationales qui ont incité aux changements de protocoles ou chez d'autres grands bailleurs institutionnels sensibles aux arguments défendus par les rares acteurs non gouvernementaux impliqués. On pourrait aussi voir les responsables guinéens s'exprimer avec force face à cet abandon. Non, un ancien protocole a été sorti des cartons pour l'occasion, moins coûteux mais bien moins efficace.
Les enfants n'en ont pas fini de mourir du paludisme dans les montagnes du Fouta Djalon ou dans les clairières de la Guinée Forestière.
Claude Mahoudeau
Source : Bluewin.ch
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