Guinée : Penurie d'eau, les centres urbains en ligne de mire…
11 juin 2005

L'Association des Anciens Boursiers Humphrey en Guinée (HAAG), en
collaboration avec le Centre Culturel Américain, a organisé le 27 mai
dernier, une conférence sur le thème : «Situation actuelle de
l'alimentation en eau potable des centres urbains de la Guinée et
perspective d'avenir», pour mettre un accent sur la pénurie d'eau et
la qualité de celle consommée dans les centres urbains. Ainsi :
«L'eau est l'amie de l'homme quant elle est potable et saine, l'eau
est l'ennemie de l'homme quant elle est polluée, malsaine ou en trop
grande quantité», c'est en ces termes, que Dr. Bley, chef de Chaire
Hydraulique à l'Université de Conakry, a introduit les débats. Le
conférencier M. Souleymane Bah de la Direction du Contrôle Général et
des Procédures (D.C.G.P) a quant à lui, axé son intervention sur cinq
points: le contexte actuel de la problématique de l'eau potable, le
cadre institutionnel du secteur, les résultats atteints, les
contraintes actuelles et les perspectives d'avenir. Pour lui, la
problématique d'alimentation en eau potable se situe dans un contexte
lié a l'évolution des populations dans les centres urbains et au
problème de ressources financières. Par conséquent, «la non mise en
adéquation permanente de l'évolution des populations aux capacités des
infrastructures qui sont destinées à satisfaire les différents besoins
en eau des populations, constitue l'un des problèmes majeurs de la
situation actuelle.» Au passage, le conférencier a planché sur les
problèmes d'alimentation en eau et les sociétés qui sont intervenues
dans ce secteur depuis 1958. M. Bah a également évoqué les problèmes
liés au manque de financement pour le développement du secteur,
l'inadéquation entre les étendues des zones urbaines, le besoin de
renforcement des capacités de production et de distribution d'eau
potable à Conakry et dans certains centres, afin de s'adapter au
niveau actuel et futur de développement urbain. Pour remédier à cette
situation, deux solutions ont été envisagées. La première, dénommée
programme d'urgence, a été financée par le gouvernement guinéen et la
Banque Mondiale en 2004. Identifiée par la SEG en 2002, elle a été
mise en oeuvre entre mai 2004 et mai 2005. La deuxième, considérée
comme la solution définitive pour juguler le manque d'eau à Conakry,
jusqu'à l'an 2010, est l'achèvement des composantes du troisième
projet eau. Cette date a été jugée trop courte, par l'assistance, qui
a plaidé pour 2015. Au cours des débats, certains ont estimé que la
pénurie d'eau et le problème d'eau potable dans les villes guinéennes,
ne sont que le résultat d'une mauvaise gestion.
K. Mara
Source : la Lance
MISSION DE l'UE EN GUINEE
Quand rigolade et mutisme riment !
La compréhension dont l'Union Européenne use à l'égard du Gouvernement
est loin d'être comprise par l'opposition guinéenne…
Quelque 100 millions d'Euros, au titre des arriérés non décaissés
des 6ème, 7ème et 8ème FED et pour l'enveloppe B du 9ème FED. Voilà le
geste que la délégation de l'Union Européenne, qui a séjourné en
Guinée, la semaine dernière, a promis, au gouvernement guinéen. Cette
promesse alléchante a fait jubiler plus d'un, compte tenu de la crise
économique sans précèdent que traverse notre pays. Les hôtes ont aussi
promis que si des efforts sont consentis pour l'organisation
d'élections communales libres et crédibles, la juteuse enveloppe A du
9ème FED va être débloquée pour permettre au gouvernement guinéen
d'amorcer des réformes économiques viables. Les 100 millions d'Euros
vontservir au financement d'infrastructures routières telles que le pont
de Forécariah, la route Labé-Koundara etc... Une partie des fonds doit
aller à des secteurs de développement clés comme l'agriculture,
l'Information et la communication et d'autres projets d'utilité
publique. En évoquant la décrispation de la situation politique et les
avancées considérables dans les engagements pris en octobre 2004, par
la mission du gouvernement guinéen à Bruxelles, comme facteurs ayant
amené l'UE a effectuer ce geste, Madame Anna Sylvie Piergrossi, chef
de la mission, a fait sourire plus d'un. Et pour cause, le commun des
Guinéens n'arrive pas encore à percevoir «les avancées considérables»
dont parle l'Union Européenne. Si l'accès équitable aux médias d'Etat
par les politiciens est cité parmi ces «avancées considérables»,
nombre de leaders politiques restent sur leur faim s'agissant de la
manière dont le débat est dirigé dans l'unique émission où ils sont
conviés «Nous avons besoin d'émissions qui entretiennent un débat
contradictoire. Mais, ce que nous voyons à la télé, c'est unjournaliste qui pose des questions mesurées à l'invité. Et,
contrairement à ce que nous souhaitions, l'émission n'est pas diffusée
en direct. Donc, c'est un produit largement censuré qui est servi aux
téléspectateurs. C'est ce qu'on appelle un acquis?» s'offusque un
leader de parti politique qui ajoute qu'il n'arrive pas à comprendre
pourquoi les débats du parlement ne sont pas retransmis en intégralité
sur les ondes S'agissant des élections communales et communautaires,
M. Kiridi Bangoura, le ministre des élections a pris des dispositions
afin que les élus locaux soient vraiment élus et non nommés. Mais, la
Loi Fondamentale, elle, dispose d'un autre son de cloche, là-dessus.
Et cela inquiète. Entre les bonnes intentions du Ministre Kiridi
Bangoura et le caractère sacré des articles de la Constitution
guinéenne, qu'est-ce qui va prévaloir lorsque les intérêts du pouvoir
en place seront en jeu, lors d'une consultation électorale «Là, il y a
toute une confusion! La session des lois de l'Assemblée nationale
vient de prendre fin. On ne sait pas pourquoi le gouvernement n'avait
pas soumis la partie de la Loi Fondamentale qui propose que les élus
locaux soient nommés à cette session afin qu'elle soit changée selon
les nouvelles dispositions prêchées par le Ministre Kiridi Bangoura» a
fait remarquer un député.
Des avancées au niveau du dialogue politique? Certainement pas!
clament certains leaders de partis politiques. Hormis, l'Union des
Forces Démocratiques de Guinée (UFDG) du leader Bah Mamadou, les
partis du Front Républicain pour l'Alternance Démocratique (FRAD)
brillent par leur absence à la table du dialogue. Ces partis réclament
à tue-tête un préalable au dialogue qui tarde à venir «Le seul acquis
obtenu au sein de ce dialogue, c'est sans doute le transfert du lieu
de la concertation de la salle des conférences du ministère de
l'Administration du Territoire vers le Palais du Peuple. Tout le reste
n'est que du théâtre validé et cautionné par des leaders de petits
partis politiques alimentaires qui n'y sont allés que pour empocher
les perdiems de sessions, utiles pour faire bouillir leurs marmites»
déplore un militant du FRAD. De même, on soutient qu'au niveau de la
révision des listes électorales, on ne voit que des représentants de
deux grands partis politiques: l'Union pour le Progrès et le Renouveau
(UPR) et l'UFDG. La mise sur pied d'un organe autonome de supervision
des élections figure parmi les requêtes de Bruxelles. L'opposition
guinéenne a souhaité que le Ministre de l'Administration Territoriale
et de la Décentralisation se retire carrément de l'organisation des
élections au profit de l'organe autonome à mettre surpied «Nous avons
souhaité que le Ministère de l'Administration du Territoire s'occupe
simplement de la partie logistique et qu'il laisse l'organisation aux
soins de l'organe autonome qui sera composé uniquement de
représentants des partis politiques et de la société civile».
L'adoption par le conseil des ministres du projet de décret relatif
à la libéralisation des ondes semble être donc le seul signal fort de
la bonne disposition du gouvernement guinéen à respecter les
engagements pris à Bruxelles. Mais, d'éternel pessimistes ne peuvent
s'empêcher d'émettre des doutes sur le caractère publicitaire de ce
projet de décret «Le Gouvernement profite de la visite de la
délégation de l'Union Européenne pour adopter ce projet de décret. Une
façon de charmer ces argentiers et donner l'impression que le
processus est en bonne voie». La mise sur pied d'un observatoire
national des droits de l'homme, et d'autres promesses relatives à la
bonne gouvernance restent encore au stade de promesses. Tout ce
constat amène maints observateurs à se demander ce que la mission de
l'Union Européenne entend par «décrispation de la situation politique ?»
Abou Bakr
Soure : la Lance
Une seule question à Jean-Marie Doré
L'Union Européenne promet de venir en aide au Gouvernement en
débloquant des fonds au titre des 6ème, 7ème et 8eme FED pour une
enveloppe de 100 millions d'Euros. Vos impressions ?
Il y a beaucoup de dits et de non-dits dans cette affirmation qui
est celle du Gouvernement. Affirmation que je ne partage pas, parce
que nous gérons le réel. Et le réel, c'est l'existence de lois ou de
règlements qui garantissent la libéralisation des ondes, qui
garantissent l'égal accès des partis politiques, pour ce qui nous
concerne, aux médias d'Etat. Au moment où je vous parle, rien de cela
n'est encore une réalité juridique praticable. Nous avons dit, nous
les partis d'opposition regroupés au sein du FRAD, que nous sommes les
plus intéressés directement au dialogue. C'est nous qui exigeons le
dialogue. Et nous voulons le dialogue sur des choses concrètes qui
font l'objet de difficultés dans les relations entre les partis
politiques et le gouvernement. Il faut donc, pour que l'on dialogue,
que l'on s'attaque à ce qui fait l'objet de contentieux. Le
gouvernement n'aborde pas clairement le problème, ce qui fait qu'il
n'y a pas de contact entre nous. Il regroupe des partis politiques de
la mouvance au Palais du Peuple, il discute avec eux. Le dialogue,
c'est entre des gens qui ne s'entendent pas, ou qui s'entendent mal
sur des sujets déterminés. Parmi nos revendications, que le
Gouvernement n'a pas abordées, il y a ce problème lancinant de la
libéralisation des ondes qui fait partie des droits constitutionnels,
des personnes physiques et morales dans ce pays. On ne peut pas parler
de démocratie si ce problème de libéralisation des ondes, qui se
traduit sur le terrain par la pluralité des opinions, n'est pas réglé.
Compte tenu des résultats négatifs enregistrés, de 1993 a nos jours,
tant qu'on ne change pas la loi, les méthodes, les philosophie, les
idéologies, nous ne pouvons pas aller aux élections. Or, le
Gouvernement vient d'annoncer qu'un document étudié en conseil des
ministres, a emporté l'aval de ce conseil. Et cela s'est traduit par
un décret autorisant ceux qui le veulent, à l'exclusion des partis
politiques et des confessions religieuses, ce qui est une agression
contre les droits constitutionnels, parce que les partis politiques et
les confessions religieuses ont le droit, en vertu de la Constitution,
d'avoir leur radio. Nous
attendons donc ce décret. Un projet de décret est un projet, il peut
ne pas être signé. Au moment où je vous parle, il y a un espoir qu'on
fait miroiter aux gens. Il n'y a pas encore de décret, alors que nous
aurions souhaité une loi. Mais, on se contente des promesses.
S'agissant du déblocage promis par l'Union Européenne, en fonction de
ces promesses. l'Union Européenne joue avec son argent. Mais quand
l'Union Européenne, fait des subventions ou donne des prêts à la
Guinée, c'est la Guinée dans son ensemble qui rembourse. Si donc
l'Union Européenne veut faire de l'aumône à Monsieur Lansana Conté, ou
à ses ministres ou a son premier ministre, ça, c'est l'affaire de
l'Union Européenne.
L'Union Européenne ne peut pas nous endetter au nom d'une promesse
qui n'est pas encore traduite dans les faits. On ne peut pas venir,
ici, se moquer du peuple de Guinée, l'obérer de dettes au nom d'une
réalité que personne ne saisit. Aujourd'hui, Monsieur Lansana Conté
nous a fatigué avec ses premiers ministres bidons, ses ministres
bidons qui racontent des histoires en marge de la réalité. Nous ne
pouvons pas continuer à accepter cela. Nous ne pouvons pas nous
satisfaire de promesses. Je m'étonne de l'empressement de l'Union
Européenne à venir au secours d'un régime mourant, comme si, quelque
part, dans l'Union Européenne, il y avait des pays qui veulent coûte
que coûte que Lansana Conté et son régime survivent, pour continuer à
opprimer, à écraser, à mépriser, à détruire notre peuple et son
patrimoine. Donc, il faut bien que l'Union Européenne tienne compte de
cela. Le peuple de Guinée ne veut plus du président Lansana Conté, de
son premier ministre, de son gouvernement, de ses Préfets, de tout ce
cortège de prédateurs qui ont fini par casser son espoir.
Propos recueillis par A. Bakr
Source : la Lance
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