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    Guinée : Mémorandum de l’Action de la Jeunesse Guinéenne pour l’Aide au DEveloppement et à la Prospérité ((AJGADEP)

    Sotelgui S.A

     mardi 01 septembre 2009   

    INTRODUCTION

    Au cours de ces dernières années, les forces de sécurité guinéennes ont eu régulièrement recours à un usage excessif de la force lorsque des manifestations populaires demandaient des réformes politiques ou des améliorations de la vie économique. Ainsi en 2007, plus de 186 personnes ont été tuées et plus de 1 500, blessées, lors de la répression violente des manifestations le plus souvent pacifiques qui ont eu lieu dans le pays. En dépit de la création d'une commission d'enquête, à ce jour cet organe n'arrive toujours pas à démarrer.

    L’avènement de la junte militaire, le 23 décembre 2008 et la mise en place de son organe suprême, le Conseil National du Développement et de la Démocratie – CNDD, n’ont été qu’un désespoir pour les guinéens. Car le respect des droits humains est méprisé totalement par la junte. Le quotidien de la population est jalonné par des arrestations, des détentions arbitraires, l’interdiction des activités politiques, les actes criminels impunis perpétrés par l'armée, la promotion à la justice populaire et le bâillonnement de la presse.

    REPRESSION PAR LES FORCES DE L’ORDRE AU REGIME DEFUNT :

    Une période douloureuse qui a enregistré des évènements répressifs et sanglants par l’armée guinéenne sur la propre population :

    Le 12 juin 2006, les étudiants étaient descendus dans la rue pour protester contre la suspension des examens provoquée par une grève générale contre la hausse des prix lancée, jeudi 8 juin 2006, par les syndicats. Des policiers et militaires ont tiré sur des manifestants étudiants à Conakry et dans deux autres villes de la Guinée. Au moins trente deux (32) personnes ont été tuées, et une centaine de blessés.

    Aux mois de janvier et février 2007, une grève organisée par l’inter centrale syndicale CNTG-USTG élargie à l’ONLSG et l’UDTG a été suivie par la répression sanglante soldée par 186 morts et plus de 1700 blessés dont des centaines par balle.

    Suite à ces évènements douloureux, un consensus a été trouvé pour le partage du pouvoir qui consistait la nomination d’un premier ministre.

    Lundi 26 mai 2008 une mutinerie s'est déclarée au sein de l'armée guinéenne, après le limogeage du premier ministre Lansana KOUYATE, les sources hospitalières rapportent qu'au moins huit (8) civils ont été tués et plus de 100 personnes ont été blessées lors de ces événements. Les militaires craignaient de ne plus recevoir les arriérés de salaire promises par ce dernier, si celui-ci quittait son poste.

    Le 16 juin 2008, après la mutinerie des militaires qui ont trouvé satisfactions à leurs revendications, des policiers ont, à leur tour exprimé leur colère à Conakry en prenant en otage pendant plusieurs heures une dizaine de hauts responsables de la police pour appuyer leurs requêtes salariales, appelant au versement de leurs arriérés de salaire, à l'augmentation de leur subvention mensuelle sur le riz, et à une revalorisation des salaires. Les agents des douanes se sont également joints au mouvement de grève policière, paralysant les activités du principal port de la capitale. Cette grève des policiers a été violemment réprimée par l’armée. Dix huit (18) policiers ont été tués et une centaine d’autres ont été arrêtés, selon une source policière.

    Les auteurs des coups mortels portés aux policiers ne sont autres que M. Ousmane Conté fils du Président défunt général Lansana Conté, le sous-lieutenant Claude Pivi actuellement ministre chargé de la sécurité présidentielle et porte parole des mutins à l’époque des faits et le sous-lieutenant Sâa Alphonse chargé des opérations des mutins actuellement emprisonné pour raisons non élucidée.

    En mi septembre 2008, les jeunes manifestants qui réclamaient la fourniture d’eau et d’électricité dans les quartiers de Conakry, de source hospitalière et médicale guinéenne ont été violenté par l’armée dont le bilan a fait six (6) morts, plusieurs blessés et de nombreuses arrestations, suite à l’ordre de massacrer accordé aux forces de sécurité et de défense par Tibou Kamara Ministre d’alors de la Communication et des Nouvelles Technologies de l'Information, dans le gouvernement Souaré, et actuel ministre chargé de la communication à la Présidence de la République et aux Ministère de la Défense nationale.

    Le 9 octobre 2008 à Kindia, les manifestants dénonçaient le "non respect" d'accords signés en 1984 entre la Compagnie des bauxites de Kindia (CBK) et les autorités locales, qui prévoyaient l'électrification de la localité, l'adduction d'eau, la construction d'écoles et de centres de santé dans les environs. Les affrontements ont éclaté dans la sous-préfecture de Mambia (près de Kindia, 130 km à l'est de Conakry) lors d'une marche de protestation ayant rassemblé plusieurs dizaines de personnes. Deux (2) personnes ont trouvé la mort et douze (12) blessées, par forces de l'ordre selon une source policière.

    Le 31 octobre 2008 à Korera, près de Boké à 300 km au nord de Conakry, une manifestation des habitants qui visait à réclamer l’approvisionnement en eau potable et la fourniture d’électricité dans cette région, une (1) personne a été tuée par les militaires portant des bérets rouges venus tout spécialement de Conakry. Une dizaine de personnes ont été arrêtées et conduites au camp militaire de Boké où elles ont été torturées. Tous les manifestants ont été libérés sans inculpation quelques jours après que les parents de chaque détenu ont payé une somme d’argent à l’autorité militaire.

    Les 3 et 4 novembre 2008 à Bambeto, les manifestations organisées dans ce quartier de Conakry, les forces de l'ordre ont tiré à balles réelles sur ces manifestants qui protestaient contre le prix trop élevé de l'essence et des transports. Trois (3) personnes au moins ont été tuées par les forces de l'ordre et plusieurs arrestations ont été observées.

    L’avènement du Conseil National pour la Démocratie et le Développement (CNDD) :

    Un groupe d'officiers militaires se désignant comme le Conseil National pour la Démocratie et le Développement (CNDD) s'est emparé du pouvoir le 22 décembre 2008, quelques heures seulement après la mort du général Président Lansana CONTE.

    Il constitue essentiellement des militaires accusés de crimes contre violations des droits humains. Ces leaders du coup d'Etat, dirigés par un Président autoproclamé, le Capitaine Moussa Dadis Camara, ont rapidement suspendu la constitution du pays, en s’engageant à organiser des élections en 2010, après un premier report du calendrier électoral proposé par les forces vives (syndicats, partis politiques et organisations de la société civile).

    L’espoir placé en eux pour une liberté politique véritable, une justice sociale cohérente et une prospérité économique émergeante n’a été qu’une illusion désastreuse.

    Expropriation des biens privés par l’armée :

    Depuis qu'il est au pouvoir, le CNDD a mené une lutte officielle contre les trafiquants de drogue, les criminels impliqués dans la production et la vente de médicaments de contrefaçon et d'anciens fonctionnaires accusés de corruption. Aussi surprenante que cela pût paraître, le nombre des atteintes aux droits humains semble avoir été commises dans le contexte de cette lutte.

    Suite à l'arrestation en janvier 2009 de plusieurs ressortissants asiatiques soupçonnés de fabriquer et de vendre des faux médicaments, ont vu leurs cliniques médicales et leurs restaurants, dépouillés et les biens emportés par des soldats sous prétexte qu'ils étaient à la recherche de faux médicaments.

    Plusieurs maisons ont été dévalisées et les habitants détenus arbitrairement et embarqués dans les véhicules militaires. Ils ont été dépouillés par les soldats de leur argent, de leurs magnétoscopes, de leurs téléviseurs, des ordinateurs, de véhicules, d'argent, de bijoux, de leurs téléphones portables et d'autres objets de valeur, prétextant être à la recherche de produits de contrebandes.

    Plusieurs Kiosques appartements aux habitants de quartiers sur le long des routes, ont été vidés par forces armées agissant au nom du CNDD, et leurs contenus embarqués dans les camions militaires sous les regards impuissants leurs propriétaires.

    Répressions contre les agents de la justice :

    Janvier 2009 à Conakry, un juge a été intimidé par les soldats pour qu'il modifie une décision judiciaire qu'il avait prise dans un litige civil opposant deux femmes d'affaires, dont l'une avait un proche dans l'armée.

    Le 23 février à Conakry, un avocat a dénoncé la façon dont deux soldats armés agissant pour le compte d'un plaignant (un général à la retraite) ont tenté d'intimider le juge qui présidait l'affaire.

    Le 8 juin 2009 les magistrats, avocats, huissiers, notaires et greffiers guinéens ont menacé de suspendre leurs activités contre l'attitude de la junte militaire. En exigeant la satisfaction de leurs revendications notamment la suppression d'une justice parallèle incarnée par le secrétariat d'Etat chargé des conflits. Ils ont dénoncé l'immixtion de la junte dans le fonctionnement de la justice, les arrestations arbitraires, les menaces et les violations des droits humains commises par les militaires.

    Emprisonnement prolongé des militaires sans accusation et sans accès aux avocats :

    Décembre 2008- janvier 2009, les officiers militaires ont été arrêtés par le CNDD à Conakry et n'ont toujours pas été autorisées à rencontrer leurs avocats ni de recevoir de visites de leur famille depuis leur détention. Ils sont incarcérés ans un centre de détention non officiel, situé dans le quartier général du CNDD au camp militaire Alpha Yaya Diallo de Conakry.

    Fin avril 2009 un autre groupe composé de trois (3) militaires a été arrêté et détenu dans un camp militaire sur l'Île de Kassa, situé à quelques kilomètres au large de Conakry, sans aucune accusation officielle. Des sources militaires informent que ces hommes subissent constamment des tortures par leurs geôliers.

    Le 26 mai Kader Doumbouya, un commandant de l’armée a été arrêté avant de piller sa résidence à Conakry. Il serait détenu au « PM3 » de Conakry, un centre de détention de la gendarmerie, sans aucune accusation porté contre lui. Des sources militaires informent qu’il a été blessé lors des traitements cruels par les militaires.

    Entraves à la liberté politique :

    Le 11 mai 2009 à Conakry, aux environs de 23h 33 minutes Mamadou Mouctar DIALLA, Président du parti politique, les Nouvelles Forces Démocratiques, a été victime de menace de mort à travers un appel téléphonique anonyme.

    Le 18 juin 2009, le Président de l'Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG), Cellou Dallein Diallo a été obligé d'annuler sa tournée politique sous l’ordre des autorités militaires locales dans la ville de Kérouané située à 1 000 km de Conakry et dans la ville de Kankan. Sa délégation a été intimée d’ordre de quitter ces deux (2) villes.

    A la même date (18 juin 2009) le Président du Front Uni pour la Démocratie et le Changement (FUDEC) François Alséne FALL a été empêché par les forces armées locales de tenir un meeting dans les villes de Coyah et de Boffa, au nord de Conakry.

    De même que le Président de l'Union démocratique de Guinée (UDG), EL hadj Mamadou SYLLA a été également interrompu par l’armée dans un rassemblement de ses militants à Forécariah à la même date (18 juin 2009).

    Le 20 juin 2006 à Kagbélén, une trentaine de militaire dirigée par le ministre chargé de la sécurité présidentielle, Claude Pivi, a fait irruption dans les bureaux du siège local de l'Union Démocratique de Guinée (UDG), d’EL hadj Mamadou SYLLA, à la recherche du représentant local du Parti. Plusieurs militants ont été tabassés et dépouillés de leurs téléphones portables.

    Le 26 juin 2009 dans un communiqué de Moussa Dadis Camara, chef de la junte, a diffusé par la radio d'État guinéenne, l'interdiction des activités politiques et syndicales. Tous les meetings organisés par les partis politiques prévus dans différentes villes du pays ont été annulés sur ordre des autorités militaires.

    Le 4 juillet 2009, les militants du même Parti (UDG) ont été attaqués dans leur siège à Kagbélén par les hommes du ministre chargé de la sécurité présidentielle, Claude Pivi. Ils ont été arrêtés et détenus dans un camp militaire tout proche, pendant plusieurs jours.

    Le 24 Août 2009 aux environs de 22h, des hommes en uniforme militaire ont fait irruption au domicile de Mamadou Mouctar DIALLO Président du parti Nouvelles Forces Démocratiques- NFD. Le lendemain Mardi vers 14h, un autre groupe de militaires en tenue civile se sont également rendu au domicile du ce dernier pour son arrestation, alors qu’il était déjà en déplacement pour Paris via Dakar.

    Confiscation de la liberté expression :

    Au mois de juin 2009, les leaders des partis politiques, des syndicats, et de la société civile ont été interdits d’accéder aux medias d’Etat, sans aucun communiqué officiel qui justifie le motif réel de cette entorse à la liberté expression de la part de CNDD.

    Le 13 juillet 2009, le capitaine Moussa Dadis Camara a adressé une mise en garde aux journalistes et leaders politiques auteurs de « propos désobligeants » à l’endroit du gouvernement militaire après la publication d’un communiqué faisant état de mouvements de troupes le long des frontières de la Guinée avec la Guinée- Bissau, le Liberia et le Sud du Sénégal.

    Le 25 août 2009, une instruction de la junte atterrie chez les opérateurs de téléphonies mobiles de bloquer tous leurs systèmes de messageries (SMS). Cette décision a été motivée du fait que certaines personnes utilisent ce système pour faire des propagandes contre le pouvoir militaire.

    Le 1er septembre 2009, le Président du Conseil National de la Communication (CNC), Mr. Jean Raymond SOUMAH a annoncé dans un communiqué rendu public, l’interdiction des sujets politiques dans toutes les émissions radios interactives et dans toutes les langues, afin d’empêché toute critique à l’encontre de la candidature du chef de la junte.

    Confiscation du pouvoir politique :

    Le 23 décembre 2008 à la prise du pouvoir, le CNDD avait promis de restaurer l'ordre constitutionnel avant la fin de l'année 2009, pour le retour à un régime civil grâce à des élections législatives et présidentielle libres et équitables. Contrairement à sa nouvelle orientation de se présenter aux prochaines élections présidentielles et législatives.

    En mars dernier, les Forces Vives de la Guinée, une organisation qui regroupe des partis politiques, des syndicats et des responsables de la société civile, ont présenté au CNDD un calendrier pour la préparation des élections. Ce chronogramme prévoyait la tenue des législatives en octobre et des présidentielles au mois décembre 2009. Bien qu'il fût accepté par Moussa Dadis Camara, le CNDD a pris peu de mesures concrètes pour l'organisation des élections et a refusé d'octroyer un financement à la Commission électorale nationale indépendante (CENI), l'administration chargée de l'organisation et de la surveillance des élections.

    Le 15 avril le capitaine Moussa Dadis Camara a menacé d’ôter le treillis pour se présenter à la prochaine élection présidentielle, sous prétexte que les leaders politiques seraient derrière les condamnations de la communauté internationale contre son pouvoir.

    Le 17 août 2009, le comité ad hoc mis en place par les "forces vives" (partis, syndicats, société civile) et les autorités militaires pour étudier la possibilité d’organiser des élections avant la fin de l’année 2009 a finalement proposé la date du 31 janvier 2010 pour l’élection présidentielle et le deuxième tour le 14 février suivant. Les législatives sont prévues le 26 mars de l’année de la même année. Ce nouveau chronogramme est accepté par le président du CNDD.

    Depuis l’acceptation de ce chronogramme par le Chef de la junte Capitaine Moussa Dadis CAMARA, les manifestations de soutien à la candidature de ce dernier sont organisées et financées par les membres du (CNDD).

    En outre, des mouvements de protestation enregistrés dans les capitales occidentales par les ressortissant guinéens, des manifestations sporadiques dans les banlieues de la capitale (Conakry) contre toute velléités du chef de la junte à se présenter aux prochaines élections présidentielles ont commencé depuis ce 27 août 2009. Dans une rencontre entre les représentants locaux et le chef de la junte, il a annoncé qu’un (1) gendarme aurait été tué par les manifestants.

    Recommandations de l’AJGADEP :

    L’Action de la Jeunesse Guinéenne pour l’Aide au DÉveloppement et à la Prospérité (AJGADEP), soucieuse de la justice et de la stabilité de la population guinéenne, - s’inquiète :

    1- des conséquences d’une éventuelle candidature du Président du CNDD Capitaine Moussa Dadis CAMARA aux prochaines élections présidentielles et législatives ;

    2- des conséquences désastreuses qu’un usage disproportionné de la force armée pourraient entraîner sur les populations civiles, notamment les femmes et les enfants ;

    3- de la logique de grèves à répétition imposée au peuple du fait de l’absence d’un environnement démocratique pouvant promouvoir une culture du dialogue et des institutions qui inspirent confiance aux forces vives de la nation ;

    4- de la succession d’évènements inacceptables d’entrave à la liberté politique et d’expression des acteurs des forces vives de la nation ;

    5- du risque de nouvelles arrestations dans les rangs des forces vives de la nation ;

    - exhorte les forces vives de la nation :
    - à agir dans l’unité et la confiance mutuelle afin de préserver l’unité nationale et la paix civile durable;

    -appelle la CEDEAO, l’UNION AFRICAINE, l’UNION EUROPEENNE et les NATIONS UNIES
    - à mettre l’embargo sur le armes en Guinée,
    - à un déploiement international afin d’instaurer la paix et la justice en Guinée,
    - à la mise en place d’un tribunal international pour la Guinée,
    - à interdire le voyage aux membres du CNDD et du gouvernement,
    - à geler les fonds de ces derniers,
    - à s’impliquer davantage afin de faciliter l’ouverture d’une véritable transition démocratique pouvant aboutir à des élections libres, crédibles et acceptables par tous, seule gage d’une stabilité durable en Guinée.

    Dakar le 1er septembre 2009

    Lamine KABA, depuis Dakar
    Président de l’AJGAEP
    Pour www.nlsguinee.com


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