Guinée : Les Partis Politiques et la Société Civile
01 février 2006
La volonté de changer le mode de Gouvernement vers une Administration responsable est réelle et très forte dans toutes les couches de la Société Guinéenne.
Pourtant la dictature persiste et est de plus en plus arrogante, profitant du fossé entre la Société Civile et la classe Politique combattante. Il ne peut y avoir de changement sans l’apport de la Société Civile organisée, sachant très bien que cette dictature ne s’en ira pas par le Chemin des Urnes, nous savons tous qu’il n’aura jamais d’élection transparente sous l’autorité de ce Gouvernement.
La Société Civile n’a pas pour fonction de prendre le Pouvoir parce que sa structure organisationnelle et l’intérêt de ses adhérents ne permettent pas ce genre d’action. Elle est faite pour protéger ses membres contre le Gouvernement.
Elle a besoin de la Classe Politique qui vote les lois.
La Classe Politique organisée en Partis, a pour vocation de prendre et de contrôler le Pouvoir. Elle ne peut pas arriver à ses objectifs sans le soutient de la Société Civile. La Classe Politique a besoin de la Société pour contrôler le Pouvoir.
La Société Civile et la Classe Politique ont besoin l’une de l’autre. Et la Nation pour faire face aux défis de la Démocratie et du Développement a besoin des DEUX.
Partant de ce constat, pourquoi les Deux Organisations n’arrivent pas à s’entendre, si la volonté de changer de Système pour une Démocratie est réelle des deux côtés ?
À notre avis il n’y a pas de réponse toute faite à cette question mais plutôt une multitude d’erreurs des deux côtés qui donnent le même résultat : la Persistance de la mauvaise Gouvernance.
Nous essaierons d’analyser le problème sans complaisance, en espérant que le caractère cru des mots atteignent l’Objectif escompté c’est-à-dire : une prise de conscience des deux côtés, afin qu’ensemble nous léguions à nos enfants et petits enfants une société de tolérance qui éloignera la misère de notre langage quotidien.
Bien que la question soit complexe, nous pouvons relever quelques raisons sans risque de nous tromper.
POURQUOI LES PARTIS POLITIQUES N’ATTIRENT PAS LES ORGANISATIONS CIVILES ET ESTUDIANTINES ?
Il y a deux raisons majeures :
Premièrement
- LA GESTION DES PARTIS POLITIQUES
La gestion interne des Partis Politiques reste à désirer. Si en tant que citoyens, nous critiquons l’opacité de la Gestion du Gouvernement, c’est avec le même regard critique que nous observons les Partis Politiques.
Nous essayons de faire tant bien que mal la différence entre les deux modes de Gestion et de transparence. Chaque guinéen de concert avec les Partis Politiques chantent Démocratie, Démocratie, Démocratie … mais à l’intérieur des Partis Politiques comment cette Démocratie se manifeste ?
Comment le Droit à la différence se manifeste ?
Comment le Droit à la Libre expression se manifeste ?
La réponse à ces questions tient la clé du Problème ou les raisons du Divorce entre la Société Civile et la Classe Politique.
Qu’est-ce que nous observons par rapport à ces questions ?
Depuis la création des Partis Politiques toute tendance confondue de l’Opposition, quel est le Président d’une de ces formations Politiques qui a mis son mandat en jeux pour une réélection ?
Quel est le mandat LEGAL des Présidents des Partis Politiques, au terme desquels ils se soumettent à l’appréciation de leurs militants ?
Les Présidents des Partis Politiques sont-ils élus à leur poste pour l’Eternité ?
Depuis la création des Partis Politiques, quel leader a réuni ses militants pour faire un compte-rendu financier ?
Qui finance les Partis Politiques ?
Quels sont leurs objectifs financiers et lesquels ont été atteint ?
Depuis la création des Partis Politiques, quels sont ceux parmi eux ou celui d’entre eux qui a permis et toléré en son sein l’avènement d’un autre courant d’idées ?
Il semble que soit on est d’accord avec la Ligne du Chef ou on quitte le Parti.
Résultat, les Partis Politiques ont plus de dissidence que d’adhésion.
Nous avons dit dans un posting précédent que personne ne combattra la Dictature Gouvernementale pour venir se placer sous la Dictature Idéologique d’un Parti.
Nous luttons tous pour la Démocratie et pour la Liberté D’expression. Cela n’est pas possible dans un Parti Politique géré à la manière d’une ENTREPRISE PRIVÉE. C’est pourquoi, les jeunes et les rares Intellectuels qui participent au combat Politique préfèrent créer leur cadre d’EXPRESSION au lieu d’adhérer aux PARTIS POLITIQUES EXISTANTS. Vous constatez comme nous la naissance quasi quotidienne des Associations à caractère politique qui préfèrent garder leur distance vis à vis des Partis Politiques.
- UN PARTI POLITIQUE PRIVÉ N’EST PAS VIVABLE
Tant que les Partis Politiques de l’Opposition resteront fermés aux débats contradictoires en leur sein, tant que la libre expression ou le désaccord d’idée avec les Présidents des Partis n’est pas toléré à l’intérieur des Partis, tant que le caractère privé de la gestion des différentes instances de ces Partis existent, tant que le caractère “d’inamovibilité” des Présidents Fondateurs qui se comportent en Chef d’entreprise persiste, … LA CLASSE POLITIQUE N’AURA PAS LE SOUTIEN DE LA SOCIÉTÉ CIVILE . Parce que ces comportements font peur à tous ceux qui luttent pour la Démocratie et pour la Liberté d’expression.
Personne ne se bat pour remplacer un Dictateur par un autre Dictateur
La Deuxième Raison
- La Société Civile et LE CHANTAGE du VENTRE.
Nul doute que la Société Civile guinéenne, organisée en mouvements syndicaux est consciente de son rôle et surtout de ses limites. A chaque fois que les plus nombreux et les intellectuels qui sont les enseignants se mettent en mouvement de grève, leur ardeur est brisée par la peur du lendemain.
En effet, le Gouvernement inhumain de Conakry a trouvé une parade incontestable à ces mouvements : LE CHANTAGE.
Ces frères qui n’arrivent pas à joindre les deux bouts en temps normal, peuvent compter sur qui pour nourrir leur famille en cas de grève, puisque personne n’est payé en période de Grève ?
Tous ceux qui peuvent écrire et lire sont au service du Gouvernement ou au chômage. Le gouvernement est l’employeur principal, sinon le seul employeur de la Société civile intellectuelle.
Pour briser les revendications, il est capable de muter les responsables syndicaux dans des localités « inconnues », en oubliant de faire suivre leur salaire, ou de les mettre à la retraite ou de les radier purement et simplement de la Fonction Publique. Sans aussi oublier son arme préférée, le CLIENTELLISME.
C’est malheureux de le dire, mais chacun de nous sait que les directions Syndicales succombent soit à la tentation de l’argent ou à la peur de perdre leur emploi.
C’est par le VENTRE que le Gouvernement fait chanter les responsables des organisations syndicales. Ils sont soumis à la loi du clientélisme et de l’Intimidation.
L’HOMME QUI A FAIM N’EST pas UN HOMME LIBRE.
Et la seule condition pour eux d’être tolérés par le Gouvernement est de se dissocier des PARTIS POLITIQUES. LA MISÈRE OBLIGE.
Notre Société Civile manque de soutien financier et vit dans la peur constante de voir sa famille aller au lit le VENTRE VIDE.
De l’autre côté les PARTIS POLITIQUES n’ont aucune « politique » de soutien aux organisations syndicales. Elles sont laissées à la merci du Gouvernement.
Comment amener les Organisations Syndicales à s’impliquer dans la lutte politique quand-elles sont dominées par la peur du « VENTRE vide » ?
Beaucoup se disent qu’en cas d’arrestation qui nourrira ma famille ?
En cas de radiation qui nourrira ma famille ?
En cas de grève prolongée qui nourrira ma famille ?
Et si on m’affecte en brousse comment je recevrais mon salaire ?
Seules elles ne trouveront pas de réponse à cette simple question : LA SURVIE ALIMENTAIRE DE LEUR FAMILLE.
C’est une question de Solidarité Nationale car nous pensons encore une fois que c’est à la Classe Politique de l’Opposition de répondre à cette question. Il faut obligatoirement revoir la Stratégie de lutte contre le Pouvoir par la définition d’une approche de soutien aux Organisations Syndicales.
Ce n’est pas la Société Civile qui doit aller vers la Classe Politique mais plutôt l’inverse. Il appartient à L’Opposition de définir une STRATÉGIE POLITIQUE A LA LUTTE SYNDICALE, que nous définissons comme étant «la politique de récupération des luttes syndicales »
Tant que les partis politiques ne trouveront pas les moyens de s’impliquer dans les luttes syndicales le fossé ne pourra que s’agrandir entre les deux organisations.
Séparer les deux champs de lutte en ce moment précis de la lutte pour le changement est une erreur monumentale.
Il y n’aura pas de changement sans la Société Civile et il n’y aura pas de changement non plus sans le Leadership de la classe Politique. Parce que nous devons tous comprendre que le départ des hommes actuels au Pouvoir ne veut pas dire changement de Système. Si l’action de la Société Civile peut accélérer le départ des Hommes au Pouvoir, il n’y a que la Classe Politique qui pourra changer le Système.
Les deux Mouvements doivent être complémentaires et non parallèles.
La Société Civile pose des problèmes Economiques et la solution à ces problèmes est Politique. La Guinée n’a pas de problèmes Economiques, mais une crise politique profonde dont les conséquences sont Economiques et Sociales qui affectent nos mœurs.
Si la Société Civile persiste dans la PEUR et cède toujours au Chantage du Ventre, nous ne nous en sortirons jamais. Faire appel à notre esprit de sacrifice… Voilà ce que les organisations politiques et la Société Civile doivent faire, sinon pour elles et pour tous, ce serait la misère à perpétuité.
La Société Civile ne ferait aucun sacrifice sans la Solidarité Nationale sous le Leadership d’une classe politique éclairée.
QUELLE SOLUTION CONCRÈTE ?
L’ANDD vous proposera une FEUILLE DE ROUTE très prochainement.
Une Analyse de BEN DAOUDA TOURÉ
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