Guinée : Définir rapidement une feuille de route pour un futur gouvernement de transition démocratique
11 janvier 2006
Après les consultations communales et communautaires bâclées par l’administration, les partis politiques de l’opposition ainsi que la société civile guinéenne n’ont d’autres choix que celui de la concertation et de la réflexion en vue de la mise en place d’une feuille de route pour un futur Gouvernement de Transition Démocratique.
Si par le passé (récent) certains avaient cru à la bonne foi des autorités organisatrices des consultations électorales chez nous, l’heure est venue de tourner définitivement la page pour s’inscrire dans une nouvelle dynamique politique permettant aux uns et autres de se projeter vers l’avenir.
En effet, s’agissant de l’avenir politique de la Guinée, l’on ne peut plus faire l’économie de la réflexion sur la meilleure stratégie commune à adopter. L’un des principaux problèmes auxquels les partis politiques actuels font face étant le manque de transparence dans l’organisation des scrutins électoraux, il faut dès à présent s’attaquer à la racine du problème.
C’est hallucinant de constater en Afrique et plus précisément en Guinée qu’après chaque élection tous les partis d’oppositions crient à la fraude; et malgré cela les élections finissent toujours par être validées par la suite.
Il faut dès à présent s’y prendre autrement en agissant beaucoup plus en amont qu’en aval. Ceci implique la constitution d'une feuille de route claire et admise par tous ceux qui luttent pour le changement.
Le fichier électoral est le principal obstacle à la transparence électorale
Pourquoi est-il si facile pour le parti au pouvoir de tripatouiller les scrutins électoraux ?
Pour tenter de répondre à cette interrogation, nous nous sommes penchés sur le processus démocratique (ou calendrier électoral) en Guinée.
Ainsi, un coup d’œil rapide depuis la légalisation des partis politiques jusqu’aux communales du 18 décembre 2005 montre aisément que les dirigeants, les opposants ainsi que la population font tous face au même problème.
Tous ont tendance à confondre le plus souvent ’’Démocratie et Élection’’ !
Une consultation électorale n’est que le couronnement d’un processus préétabli et accepté par tous les partis légaux en compétition. Or, que constate-t-on chez nous?
Les autorités avec la bénédiction de l’opposition ont toujours organisé des élections dans la précipitation; soit parce que les partenaires étrangers l’exigent, soit parce que les organisateurs veulent redorer leur blason démocratique aux yeux de la communauté internationale. Nous entendons toujours le même refrain pré- et post-électoral.
Jamais nos acteurs politiques ne se sont mis ensemble au travail pour résoudre l’épineux problème du «fichier électoral national».
Il est pourtant illusoire de penser qu’une élection peut être transparente en l’absence d’un fichier électoral accessible et contrôlable par les acteurs politiques.
Tout le problème de la transparence démocratique repose sur ce point précis car personne ne peut donner aujourd’hui (y compris notre Ministre de l’Administration du Territoire) le nombre exact d’électeurs et électrices que compte notre pays.
On parle si souvent de l’actualisation du fichier électoral mais comment faire si notre Administration au lieu de s’occuper de l’informatisation de ses services, se complait dans cette obscure situation qui l’arrange bien.
Avant de parler d’élections il faut connaître d’abord le nombre de votants sinon c’est la porte ouverte à toute sorte de spéculation.
Dans l’état actuel des choses, même une commission électorale dite indépendante ne pourra rien contre les fraudes. On parle de jeunes de moins de 14 ans qui votent à plusieurs reprises, du nombre de votants multiplié parfois par dix dans certaines localités…
Tout ceci ne peut exister si notre pays se dotait enfin d’un véritable système informatique qui centraliserait automatiquement tous les résultats des suffrages exprimés.
Pourquoi donc ne pas faire une pause à toutes ces histoires d’élections en Guinée et se concentrer sur la modernisation de notre administration ?
Quelqu’un peut-il nous dire aujourd’hui combien de guinéens sont partis à l’extérieur du pays ?
Combien sont malheureusement morts depuis que ce document qui nous sert de base de recensement existe ?
Le défi est ailleurs, il ne s’agit pas de savoir si Paul a perdu ou gagné telle ou telle circonscription mais plutôt de savoir comment est-ce qu’on arrive à recenser tous ceux qui sont à l’intérieur et à l’extérieur du pays avant de procéder à une quelconque élection.
Ne mettons donc pas la charrue devant les bœufs si nous voulons une meilleure transparence démocratique chez nous.
Par ailleurs, nous savons tous que la transparence n’arrange pas ceux qui nous gouvernent, il faut donc que tous ceux qui veulent «la démocratisation réelle» du pays se mobilisent.
Exigeons un gouvernement de transition avec un calendrier respectant un cahier de charges détaillé sur les tâches à accomplir durant toute la période transitoire….
Un gouvernement de transition serait mieux indiqué pour s’occuper de cet épineux problème.
Sortir du bourbier politico-économique et Social actuel
Aujourd’hui, la Guinée ressemble à une République assassinée par des dirigeants politiques sans éthique.
Les forces du changement doivent-elles suivre le même cheminement politique ?
Absolument pas, car l'essence d'une vraie opposition en principe réside dans son objectivité, son ambition à œuvrer pour la construction du pays et surtout dans l'éthique. Une opposition aujourd’hui en Guinée doit être une force qui s’oppose fondamentalement au système opaque et nuisible, instauré par un groupe d’individus prêts à sacrifier l’avenir de la grande majorité de la population. Elle doit combattre tout en étant représentative sur le plan national.
Le caractère régionaliste de nos partis politiques s’avère être une tare pour la démocratisation du pays. C’est ce caractère qui constitue le principal frein à la coordination des efforts entre leaders politiques.
Notre pays doit reconquérir son droit à l'espérance et nous devons l'aider à franchir le cap ; il s’agit d’une exigence historique et d’un devoir de citoyen.
Pour ce faire, nous devons nous orienter vers la réflexion et l'action au service du pays. N’oublions pas que ce qui soude les groupes et décuple leur efficacité ce n'est pas seulement les capacités intrinsèques de chacun de leurs membres, mais bien la mise en commun de leurs efforts et de leurs talents dans le cadre d'une vision partagée.
Malheureusement, nous ne pensons pas que notre opposition soit réellement engagée à emprunter ce chemin. Après avoir participé aux communales pour démontrer, selon certains que le pouvoir triche, les leaders politiques à en juger par la lettre ouverte qu’ils ont adressée à nos partenaires au développement restent évasifs et refusent de prendre position.
Ils se contentent de souhaiter entre autres, la création d’une CENI, la gratuite des cartes d’identité (une nouvelle trouvaille) et un recensement général correct avec la participation des politiques (la participation au processus de recensement général des citoyens étant sans doute l’une des plus intéressantes).
Tous ces souhaits resteront lettre morte tant que leur mise en œuvre sera au bon vouloir de l’actuel administration.
L'élite politique et la société civile doivent être beaucoup plus soucieuses de la crise que nous traversons afin que nous puissions promouvoir l'intérêt général par rapport aux intérêts particuliers ou partisans.
Il faut que tous ensemble nous tirions cette n-ième leçon des communales riche d’enseignements, en prenant clairement position et en disant à toute la communauté internationale que nous refusons de cautionner la dernière mascarade électorale.
Il est clair que dans l’état actuel des choses beaucoup de pays et d’organisations tirent profit de l’état de déliquescence de la Guinée. À défaut de les en empêcher, faisons-les comprendre clairement qu’ils s’associent avec un régime aux antipodes de la démocratie.
Faisons comprendre à ceux qui soutiennent l’actuel régime guinéen aux dépens des guinéens eux-mêmes, qu’ils font fausse route et qu’ils seront tôt ou tard comptables devant le peuple de Guinée.
Faisons enfin comprendre à tous les ’’partenaires’’ de la Guinée que leurs intérêts à moyen et long terme résident en un soutien effectif et réel au processus de démocratisation du pays.
Par ailleurs, nous estimons qu’après la dernière mascarade électorale orchestrée par le président Lansana Conté et son équipe, la seule préoccupation qui vaille est celle de "la mise en œuvre des constituants de la feuille de route pour une meilleure transition en Guinée."
Les partis politiques en association avec la Société Civile doivent immédiatement adopter une nouvelle stratégie politique pour relever cet ultime défi sinon la transition au lieu d’être bien préparée, sera somme toute subie comme en 1984.
Le but final étant le changement de régime, toute démarche visant à atteindre ce but doit être privilégiée et accompagnée par une volonté positive et réelle, susceptible de d’apporter de nouvelles réponses ainsi que des solutions de sortie de crise à notre pays qui en a tellement besoin.
Le moment est venu de donner une réponse adéquate au défi de la véritable démocratisation du pays en rompant avec les vieilles habitudes non productives.
Sommes-nous enfin prêts à adopter une attitude positive, volontariste et prospective en dépassant le stade primaire de la critique pour s’inscrire dans une dynamique de proposition pour l’alternance ?
L’avenir nous le dira !
Par M. Ly Elhadji Baila
Directeur Exécutif de www.nlsguinee.com
Membre Fondateur de l’ANDD et de www.guinea-forum.org
|