Guinée : REFUS DE L'UPG DE SIÉGER, DÉFECTION DE L'UPR...FAUT-IL DISSOUDRE L'ASSEMBLÉE NATIONALE ?
09 janvier 2006
Après le départ fracassant des députés de l’Upr de l’Assemblée nationale, précédé par le refus de ceux de l’Upg de siéger, la question de la dissolution de l’Assemblée nationale se pose encore avec plus d’acuité. Peut-on seulement l’éviter ?
La présente législature semble caractérisée par la crispation permanente et une succession de crises qui, les unes après les autres, réduit davantage la crédibilité et la légitimité du parlement guinéen désormais dans la tourmente. Est-ce le péché originel quand on sait que la plupart des partis politiques de l’opposition n’ont pas participé aux élections qui ont abouti à l’installation de l’Assemblée nationale ?
Ce qui déjà en soi constituait un mauvais signe. Seule lueur dans un tableau sombre : la participation de l’Upg, et surtout de l’Upr qui compte dans le paysage politique en général et l’opposition en particulier. À l’issue des résultats, si les deux partis d’opposition ont invoqué la fraude pour expliquer leur défaite, ils ont adopté des attitudes différentes : plus conciliant, l’Upr s’est contenté des sièges obtenus ; en revanche, l’Upg a choisi la politique de la chaise vide. Au début, le président de l’Assemblée nationale, sous la pression des députés de la majorité, avait voulu appliquer les textes aux trois députés de l’Upg. À savoir, après un certain nombre d’absences, les déclarer démissionnaires.
La tentation a été très forte. Cependant, conscient de l’enjeu politique d’une telle décision, le risque d’accentuer son isolement personnel, d’alimenter un conflit avec le leader de l’Upg Jean-Marie Doré, voire de provoquer une crise parlementaire, el-hadj Aboubacar Somparé s’est rétracté. Il a maintenu le statu quo au ‘’nom du politiquement correct’’. Pendant ce temps, il a cherché la bienveillance et la sollicitude de l’Upr pour ‘’compenser’’ les réserves soulevées par l’absence des autres partis significatifs de l’opposition.
Tant bien que mal, le pacte a tenu. Il vient d’être rompu à la faveur de la décision du bureau politique de l’Upr de se retirer de l’Assemblée nationale pour protester contre les ‘’fraudes’’ dont le parti aurait été victime lors des dernières élections communales et communautaires.
Ce coup de théâtre politique coïncide avec l’espoir de décrispation qui animait les uns et les autres après la participation record des partis politiques, y compris ceux habituellement engagés dans la voie du boycott aux dernières élections locales. Pour tenir compte du retour dans la compétition électorale des partis de l’opposition dite radicale et aussi pour détendre davantage à la fois la vie politique et élargir la base de la représentation nationale, bref pour conférer à l’Assemblée nationale une pleine légitimité, les analystes envisageaient une dissolution de l’Assemblée nationale.
Une proposition que l’Union européenne et d’autres partenaires de la Guinée avaient déjà faite. Mais, ‘’souverainistes’’ et plus enclines à résister aux pression qu’à y céder, les autorités guinéennes s’étaient opposées à une telle éventualité.
Maintenant que l’Assemblée nationale, en attendant la normalisation que souhaite en tout premier lieu son président pour conserver sa position de dauphin constitutionnel, même contestée, n’existe plus que de nom, n’ayant désormais en son sein que la seule mouvance présidentielle qui, à elle seule, malgré son avantage, ne pourrait parler au nom de tout le peuple de Guinée, partagé entre les grands courants politiques.
Et puisqu’un malheur ne vient jamais seul, le président de l’Assemblée nationale el-hadj Aboubacar Somparé a été battu chez lui, dans son village natal, par son ‘’frère ennemi’’ Sidya Touré qui, dans l’ensemble, dans la circonscription de Boké, a fait des avancées remarquables au détriment du PUP. Car, hormis sa victoire à Boffa, il n’a perdu que de justesse à Boké, le chef-lieu de région. Or, Boké est la terre natale du président de l’Assemblée nationale, celle aussi de son ami et allié el-hadj Mamadou Sylla, le très décrié opérateur économique.
Celui-ci, on le voit, malgré le soutien de l’Union pour le développement intégré de la Basse-Guinée (Udibag) et surtout l’argent qu’il a distribué, n’a pas réussi à barrer la route à Sidya Touré et l’Ufr au profit de son allié Aboubacar Somparé ou même en faveur du parti du chef de l’État dont il se réclame urbi et orbi. Ni à Fria, ni à Boffa, encore moins à Télimélé où il y a pourtant des antennes de l’Udibag, le Pup n’a été vainqueur des élections. Impact donc nul pour l’Udibag qui devrait donner à réfléchir à ceux qui y voient un tremplin ou qui voudraient en faire une machine de propagande.
El-hadj Aboubacar Somparé, élu sur la liste nationale du Pup, n’ayant donc pas brigué directement les suffrages des électeurs et dont les amis parient sur l’avènement au pouvoir, pourrait bien souffrir de ce résultat médiocre, appelé certainement à briguer les suffrages des Guinéens. En effet, s’il perd dans des régions censées être ses fiefs, où peut-il prétendre rallier des voix ?
Une équation également valable pour d’autres, comme le secrétaire général du Pup Sékou Konaté, originaire de Kankan, où le Rpg est arrivé en tête aux élections communales. Comme on le voit, certains proches du chef de l’État ou ténors du régime, loin de constituer des soutiens forts par leur force électorale, tendent plutôt à l’isoler et affaiblir son régime par des comportements et discours inappropriés.
L’autre surprise, cette fois-ci agréable pour le pouvoir central, est la percée réalisée par le PUP au Fouta où le parti présidentiel est désormais seul maître. Pour les analystes, ce bouleversement politique s’explique, entre autres, par l’estime et la confiance dont jouit en Moyenne-Guinée le Premier ministre du général Lansana Conté, Cellou Dalein Diallo. En tout cas, les législatives anticipées pourraient davantage fixer sur le ‘’poids’’ politique de chacun et de tous sur l’échiquier national, au-delà de la vanité des décret présidentiel, si aléatoire. Peut-être alors seulement, serait-ce la fin de toutes les illusions ?
Mouctar DIALLO
L’Observateur, partenaire de Nlsguinee
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