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Guinée : CONTENTIEUX ENTRE L'ÉTAT ET FUTURELEC : LES LARMES DE MAMADOU SYLLA
04 janvier 2006
Le PDG de Futurelec semble prêt à tout : il n’a pas hésité, en effet, à essuyer des larmes devant le chef de l’État et certains ministres, littéralement bouleversés par ‘’l’acte théâtral’’.
Le mardi 18 décembre, dans la journée, dans la grande cour du palais des Nations, le général Lansana Conté était entouré du Premier ministre et de quelques ministres. Parmi ceux-ci, l’on cite la ministre des Affaires étrangères et sa collègue de l’Information… El-hadj Mamadou Sylla s’est fait ensuite annoncé. À peine arrivé, il a éclaté en sanglots pour attirer l’attention du premier magistrat du pays sur son sort.
Il a accusé des journalistes et des ministres du général Lansana Conté de s’en prendre régulièrement à lui. Le chef de l’État lui a fait remarquer qu’aucun de ses ministres n’avait un journaliste à son service. « Les journalistes sont des journalistes », tranchera-t-il, avant d’inviter el-hadj Mamadou Sylla, qui pleurnichait encore, de payer ce qu’il doit à l’État. Le PDG de Futurelec tentera en vain, sur la base du rapport fantaisiste du ministre du Contrôle économique et financier, de se défendre en arguant – suprême audace – que c’est l’État qui lui resterait devoir certains montants.
Après les explications claires et précises sur les faits données par le Premier ministre à l’opinion nationale et internationale, peut-on encore objectivement spéculer à propos du contentieux qui oppose Futurelec à l’État guinéen ? En tout cas, loin de se laisser impressionner par les larmes d’el-hadj Mamadou Sylla – qualifiées déjà par certains de ‘’larmes de crocodile’’ –, le chef de l’État a une nouvelle fois renvoyé le dossier au Premier ministre. Le général Lansana Conté a affirmé que c’est à Cellou Dalein Diallo qu’il appartenait d’apprécier les contestations du groupe Futurelec. Il a exigé qu’el-hadj Mamadou Sylla prouve que c’est l’État qui lui doit.
Un exercice qu’on imagine impossible, dans la mesure où la vérité est maintenant connue de tous : malgré toutes les dénégations de Futurelec et le concours, loin d’être désintéressé, de certains acteurs du dossier – et sans tenir compte de la moindre évaluation du préjudice subi par l’État guinéen par le fait des surfacturations, des multiples payements à travers le recyclage systématique et mécanique des factures présentées à l’État, el-hadj Mamadou Sylla doit à l’État guinéen, donc au peuple de Guinée, 181 milliards de francs.
Une chose est sûre, tôt ou tard il devra s’acquitter de ce montant. Même s’il pense que la solution à ses problèmes passe aujourd’hui par un départ de la Primature de Cellou Dalein Diallo, comme hier il avait espéré qu’avec la démission de ses fonctions de François Loncény Fall, il aurait la paix. En tout cas, el-hadj Mamadou Sylla, depuis quelque temps, annonce un limogeage prochain de Cellou Dalein Diallo et la promotion de ‘’ses hommes’’ pour être à l’abri de poursuites et oublier ses déboires actuels.
Un faux rebondissement
Devant l’intransigeance du chef de l’État à soumettre son dossier au conseil interministériel pour la énième fois afin qu’il y ait la ‘’manifestation de la vérité’’, el-hadj Mamadou Sylla a reculé. En réalité, pour mieux s’en sortir. Car, à peine le Premier ministre avait-il tourné le dos qu’il s’est employé une nouvelle fois à convaincre le chef de l’État qu’il est une victime.
Pour le soutenir, il fera appel au ministre secrétaire général à la Présidence de la République el-hadj Fodé Bangoura, au ministre de l’Économie et des Finances Madykaba Camara, au gouverneur de la BCRG Alkhaly Mohamed Daffé et au ministre du Contrôle économique et financier Charles Kémo Zogbélémou.
Ce dernier, bien sûr, s’est employé à défendre son fameux rapport, au sujet duquel le Premier ministre avait été catégorique : c’est une initiative isolée qui n’a pas la caution du gouvernement. À partir de ce moment, seules étaient valables les délibérations du conseil interministériel – toujours d’ailleurs en vigueur – et qu’il y a lieu peut-être de rappeler compte tenu de la campagne de désinformation menée par le groupe Futurelec pour tromper sur l’évolution du dossier : la suspension jusqu’à nouvel ordre du payement des titres émis par l’État en faveur de cette holding pour une valeur de 20 millions de dollars, pour ne parler que de cela.
Quoi qu’il en soit, après avoir écouté le plaidoyer, en faveur du PDG de Futurelec, de ses collaborateurs – dont il ne se doute certainement pas des ‘’liens’’ avec el-hadj Mamadou Sylla –, le général Lansana Conté a pris du recul pour demeurer un arbitre : si l’État doit à Futurelec il payera, mais si Futurelec aussi doit à l’État, elle payera. Avant de renvoyer à nouveau l’affaire devant le conseil interministériel pour trancher définitivement.
Assez pour que le PDG de Futurelec et ses affidés répandent partout que le président de la République a reconnu que l’État doit à el-hadj Mamadou Sylla qui, avant la fin de la semaine dernière, devrait entrer en possession de ses fonds. En réalité, ils sont nombreux les cadres de l’administration, en fonction ou limogés, à souhaiter un dénouement de l’affaire Futurelec en faveur d’el-hadj Mamadou Sylla. Car ils craignent manifestement d’être emportés par le plus grand scandale financier de l’histoire de la Guinée, soit pour avoir été impliqués dans la chaîne de magouilles, soit pour avoir bénéficié de faveurs spécifiques du ‘’grand prédateur’’.
Les derniers développements
« À beau mentir qui vient de loin ». La semaine s’est achevée sans le moindre payement au groupe Futurelec qui, après la saignée financière dont il s’est rendu coupable, ‘’ose’’ encore réclamer à l’État, au contribuable guinéen, 7 millions d’euros. Mais dans quel monde sommes-nous ?
En tout état de cause, le mercredi 29 décembre 2005, le chef de l’État a convoqué le Premier ministre et le ministre de l’Économie et des Finances pour procéder à une mise au point qui met fin à la confusion et aux contradictions qu’el-hadj Mamadou Sylla se plaît à entretenir depuis qu’il a été démasqué dans ses malversations financières : la confirmation de la suspension du payement des titres à Futurelec et la « légitimité » du rapport Kerfala Yansané, à l’égard duquel si el-hadj Mamadou Sylla a des réserves, il peut les exprimer. Non devant ses ‘’avocats’’, acquis par avance à sa cause, mais devant le consultant Yansané et son équipe.
Le conseil interministériel du jeudi 29 décembre était très attendu pour encore plus de clarté. Malheureusement, il n’a pu avoir lieu à cause de ‘’contraintes de calendrier’’. Néanmoins, ce n’est que partie remise. En attendant, el-hadj Mamadou Sylla peut continuer à courir et à narguer le peuple de Guinée qui, aujourd’hui, dans l’affaire qui l’oppose à l’État, c’est-à-dire à chacun et à tous, a soif de justice et de vérité et attend patiemment le moment de se prononcer enfin. D’une manière ou d’une autre : un rendez-vous avec l’Histoire et le destin.
Tibou KAMARA
Directeur de la publication de l'hebdomadaire Guinéen '' L'observateur''
L’Observateur, partenaire de Nlsguinee
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