Guinée : Hausse du prix du carburant
05 juin 2005

Quelle supercherie !
Quand la Petite Cellule Diallo, le premier des ministres de Fory Coco, et certains membres du gouvernement, ont été copieusement hués le 17 mai dernier, à l’Université Galère Nasser de Conakry, cela n’a surpris personne. Compte tenu, notamment, de la profondeur du malaise dans lequel baignent les étudiants. Outre les problèmes récurrents qu’ils endurent et qui sont essentiellement d’ordre pédagogique, ces derniers doivent faire face, désormais, à des difficultés existentielles. Jamais leurs pécules n’avaient autant retardé dans un contexte où les conditions d’existence sont devenues aussi difficiles. Alors, le gouvernement, dans un foyer aussi incandescent, devrait logiquement avoir la côte au plus bas. Allant au-delà de l’impopularité d’un ministre. Fut-il Décazibête. En d’autres termes, ce qui s’est passé à l’université, au lendemain de la mesure provocatrice d’augmentation du prix du carburant à la pompe, est tout simplement symptomatique d’un sentiment général d’exaspération.
Nourrissant le sentiment d’avoir été trahis par le gouvernement, après qu’ils ont concédé à Cellou Dalein une trêve sociale, à sa demande, nos syndicalistes ont ainsi déposé auprès de qui de droit, leur préavis de grève. Il faut voir la physionomie de Conakry, et capter les échos de la Guinée profonde, pour réaliser que le pays vit un véritable drame, au lendemain de la mesure gouvernementale de hausse du prix du carburant et comprendre ces grognons. Administration quasiment paralysée, secteur privé tournant au ralenti, stations services au strict minimum et marchés de moins en moins fréquentés, le tableau en dit long sur l’ampleur de la crise qui nous étreint. Faisant de l’engagement des syndicalistes, une question de vie ou de mort. Certes, la différence avec les potaches existe dans l’approche, mais l’objectif reste le même. A savoir: mettre fin à la duperie des pouvoirs publics plus préoccupés à séduire les créanciers qu’à procéder à de véritables réformes dans la gestion des affaires publiques. En tout cas, la dernière hausse du prix du carburant est venue conforter ceux qui pensent qu’il faut tout simplement désespérer des reformes annoncées à grand renfort de pub par le PM, à sa nomination en décembre dernier, et devant notre hémicycle rectangulaire. Sans préjugé aucun, la Petite Cellule Diallo fait douter de sa capacité à nous sortir de la crise quand il est plus à cheval pour collecter les recettes qu’il ne l’est pour les sécuriser et rationaliser les dépenses. Et pourtant, pour avoir tenu compagnie à ce gouvernement pendant près d’une décennie, il doit certainement savoir que, pour qu’on soit aujourd’hui en pleine crise économique, il a fallu qu’on saigne cette population pour remplir le tonneau des Danaïdes. Comment comprendre alors, qu’avec sa mission de relance de l’économie, le PM ne songe pas à innover pour laisser un petit répit à cette population qui n’a plus rien à offrir ?
La Guinée n’est pas le seul pays à réajuster les prix à la pompe certes.
Mais la différence avec les autres tient en deux choses. Premièrement, les limites dans lesquelles s’opère le réajustement des prix. Non seulement, l’augmentation atteint difficilement 100 FCFA, mais aussi la flexibilité est appliquée dès que les cours mondiaux du pétrole baissent. Deuxièmement, le salaire et le pouvoir d’achat dans ces pays n’ont rien à voir avec les nôtres. Contrairement à ce qui se passe en Guinée, où le salaire du fonctionnaire ne suffit plus pour acheter du carburant, au Sénégal ou au Mali, le salaire couvre beaucoup de besoins. A partir de là, rien que pour la faiblesse du salaire et l’érosion du pouvoir d’achat, aggravée par l’inflation, le gouvernement n’avait-il pas d’autres choix, pour financer le déficit budgétaire, que le réajustement du prix du carburant ? La dernière hausse a-t-elle été précédée d’une étude ? Comme solution alternative, ne pouvait-on pas penser à réduire le train de vie de l’Etat? Des questions qui appellent une autre, lancinante celle-là : le cabinet du PM fonctionne-t-il vraiment ? Si ce n’est pas le cas, il y a à craindre que les apprentis sorciers nous prennent en otage et fassent payer à la population les erreurs de choix de ses gouvernants... Reste que, si improvisation il y a, comme ça tout l’air, le gouvernement aura du mal à parvenir à ses fins, dans cette aventure qui repose la problématique de la relance de notre économie. Une équation qu’on ne peut résoudre qu’en prenant en compte toutes les inconnues. Et à ce propos, cinq mois, ce n’est certes pas suffisant pour faire le bilan de la Petite Cellule Diallo à la Primature, mais cela peut nous faire voir l’orientation de ses actions à son poste de coordinateur de l’action gouvernementale. Le recours au carburant pour financer le déficit public semble être d’un mauvais choix. Puisqu’à force d’attendre de la TSPP le miracle, le gouvernement court le risque de tuer sa poule aux œufs d’or. La baisse de la consommation qui découle du renchérissement du coût du transport et de la vie n’arrange personne.
Y compris l’administration. Tout simplement parce que dans un contexte d’extrême pauvreté et de tension inflationniste, la hausse du prix du carburant ne peut avoir qu’une portée relative sur les finances publiques. On fait semblant de résoudre les problèmes alors qu’on ne fait que les déplacer. N’y voyez surtout aucune fuite en avant.
Sékouba Savané
source : Le Lynx, visitez le Lynx au www.mirinet.net.gn/lynx/
|