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GUINEE POST-MORTEM : FAUT-IL CHANGER DE PEUPLE ?
31 décembre 2005
O toi qui sais lire et écrire!
Que fais-tu de ce privilège?
Pourquoi restes-tu invisible, caché derrière ton silence épais ?
Oui, toi mon frère qui écris dans boubah.com, neoleadership, guinea-forum, etc., pourquoi restes-tu dans ton coin à lorgner le malheur guinéen que tu te complais à dénoncer en solitaire ?
Nous sommes des dizaines à dire la même chose sur kababachir.com, ondes-deguinee.com, à étaler nos analyses, à hurler notre rage, à proférer des anathèmes, toujours les mêmes. Cependant nous restons cois, toute honte bue, à regarder le pays s’abîmer dans son scandale géologique.
O toi qui sais lire et écrire, ne vois-tu pas que la patrie est plutôt plongée dans un scandale humanitaire !
Du temps d’A.S.T (l’Autre Suprême Tyran) du Parti Des Geôles, (P.D.G), bon an mal an, les entrailles géologiques se répandaient en devises, soit 350-450 millions de dollars tout sanguinolents, que les dignitaires faisaient disparaître d’un tour de passe-passe. Aujourd’hui, le scandale est encore plus criard, ne dégorgeant que 250-260 M de dollars, soit cinq à six fois moins qu’un budget sahélien (comme celui du Mali ou du Bourkina Fasso.)
En revanche, notre scandale macabre continue.
Au sortir du cauchemar du camp Boiro et des pendus du Pont Tombo et des 29 régions, la Guinée avait une capacité d’endettement de près de 3 milliards de dollars. Nous savons que 500 millions ont été engloutis dans l’agriculture ou plutôt dans les poches danaïdes d’un titulaire du ministère éponyme. Ont suivi les bateaux chargés de ce coûteux riz-devises, Kénendé I, puis Kénendé II, disparus en haute mer, autant dire plusieurs centaines de millions de dollars sinistrés dans ce triangle des Bermudes qu’est devenu le Trésor guinéen. Pourtant Il n’a été signalé nulle part de catastrophe écologique ! Ce sera pour plus tard, quand le sac de riz sera vendu à 85 000fg, le salaire moyen mensuel du fonctionnaire guinéen.
A l’autre extrémité de la même décennie, près de 300 millions de dollars se sont ensablés dans le barrage de Garafiri. Plutôt, c’est Garafiri qui a fini dans un court-circuit, pas les dollars.
Au milieu de la décennie en question, les milliards restants sont passés par pertes et profits :
«Nous sommes venus habillés comme des gardis frocos, si demain vous nous voyez en nœud papillon et queue de pie, vous n’avez qu’à crier mugnéti ! Mugnéti! »
Au voleur ! Au voleur !
Qui est fou ! Où a-t-on vu des voleurs arrêter des voleurs ?
Depuis 1993, des dizaines de Guinéens ont rejoint les fosses communes du camp Boiro, qui ne sont toujours pas refermées, semble-t-il.
Calomnies, mesquineries et billevesées tout ça !
Petites bavures, quelques blessés :
« Incidents mineurs » , vient de rapper le D-J qui monte, dans le hip-hop politique, à faire blêmir de jalousie les étoiles du célèbre Circus-Baobab, sémillants et dignes héritiers de nos Gnamakalas, performant en mode mineur mondialisé. Le Microphone Controller, le même J. T. (notre Jeune Turc, est cumulard, nos jeunes mélomanes me comprennent), donc le Maître de Cérémonies des élections, pour parler moderne, a indirectement indiqué où sont passés les 5 milliards de fg des ci-devant bailleurs de fonds. Allez donc voir dans l’urne transparente et sur le bulletin unique !
Bref, le bilan ?
Tsunami total sur la Guinée ! Dû à une secousse de 99,99 sur l’échelle.du P.U.P. Véritable hit coréen.
Ca a failli déborder sur Kédougou (Sénégal), Kita (Mali), Danané (Côte d’Ivoire), et chevaucher la Mano River pour se déverser, en Sierra Léone et au Libéria! Heureusement, a révélé notre génial funambule, le Fouta, La Basse Côte, La Forêt et La Haute Guinée sont restés en Guinée !
Malgré l’Opposition qui n’existe pas en Guinée, comme chacun sait.
Alors des élections pourquoi faire ?
A quoi rime ce Kotèba (1) ou ce Kakilambè (2) travestis en free show d’aérogare, qu’ont fini par légitimer une nébuleuse d’hommes politiques dont certains sont aguerris par quatre décennies de luttes pour l’émancipation de nos masses. Comme maraboutés ou gbassés par on ne sait quel Bassikolo !
Ils ont fini par se rendre à cette étrange danse qui consiste à opiner tout en niant du chef, à la manière du serpent sourd du charmeur, dont on sait que c’est le regard retors de ce dernier qui finit par l’hypnotiser. A quoi sert ce lamento qui dure depuis cette interminable nuit de gésine (Cheick Hamidou Kane) de l’Etat de droit, scandé de bamboulas démocratiques aussi monotones qu’humiliantes ?
Ils sont allés aux élections pour démontrer à la face des bailleurs de fonds, que le charmeur de serpent a plus d’un tour dans son sac de nœuds mortifères. Maintenant la mort rôde à tous les carrefours de la capitale. Cela durera trois jours, et puis tout rentrera dans l’ordre, mais pas dans les casernes. Comme on a pu le constater au carrefour de Taouya, au Pont Tombo etc., où les chars d’assaut règlent la circulation depuis 1993.
Au risque qu’au petit matin, longtemps après, lorsque les poules auront des dents, ce rituel tourne en cauchemar, et que des illuminés se réveillent brandissant non pas des bulletins, mais des machettes aux cris de
A bas les élections ! A bas l’Indépendance !
Il faut changer de peuple !
Et nous y allons, comme ces magbanas (3) poussifs, et ces taximètres ( pour parler comme au bled ) déglingués bourrés de suicidés, vers un futur antérieur plein d’horreurs et de regrets.
Il y aurait une bonne nouvelle, dit-on. Un tiercé gagnant de citoyens de la Haute Guinée, auraient défendu leur vote et arraché de haute lutte Kankan, Kouroussa et Faranah. Que ne se sont-ils enfoncés en Forêt secouer le Cocotier tutélaire et réveiller Yomou et..Piné ! Descendre vers la Moyenne Guinée, pour barrer la route à l’armada ministérielle guidée depuis les nuages, par l’hélico de commandement pour « libérer » Labé, Pita... Pourquoi pas, y aller d’un petit détour sur La Côtière pour ramener le Kakandé, Kaloum.. Il ne faut pas rêver !
Pendant ce temps, toi mon frère, tu fais quoi ?
Tu lis. Tu écris.
Et toi qui as voté, pourquoi n’as-tu pas défendu ton vote ?
Ah ! Tu n’as pas voté ? Bien sûr, tu écrivais ou lisais L’Indépendant ou La Nouvelle Tribune ou L’Observateur.
«Puisque les autres, dis-tu, ont du temps à perdre, qui sont allés voter pour rien. »
Ils sont allés au charbon.
Ou peut-être que tu étais aux bords de la Seine ou de la Tamise ou plus loin, sur les berges des eaux glaciales du Saint-Laurent ? Ou encore plus loin quelque part sur une île perdue de l’Empire du Soleil ?
Ils ont les mains sales !
Tu as gardé sagement les mains propres. Comme le philosophe, le maître de la critique, Emmanuel Kant. Qui, pendant deux ou trois décennies, a sagement pris le même petit chemin, qui va de chez lui à l’Université, sans jamais s’offrir un petit plan frivole. Il enseignait notamment la Critique de la raison pure. Voilà qu’un petit camarade philosophe, dit de lui :
Il avait les mains propres, mais il n’avait pas de mains.
Et toi mon frère qui as des mains pour écrire, as-tu seulement des mains ?
Le grand Cheick Anta Diop disait que les Guinéens étaient particulièrement intelligents, qu’on pouvait compter sur leur prompte réponse à tout, ajoutant :
« A condition qu’ils ne soient pas plus de deux ! »
Donc, nous autres qui écrivons ici et là, tous la même chose, ces vérités définitives sur les classes politiques, celle qui est aux affaires, et l’autre qui aspire à y être, sommes-nous sûrs d’avoir des mains ?
Certes oui, sinon avec quoi jetons-nous la pierre aux classes politiques ? Et puisque nous disons tous la même chose, pourquoi ne nous donnons-nous pas la main, pour signer un Manifeste qui dit l’essentiel de ce que nous disons :
Nous retrouver par centaines, par milliers en Guinée, pas pour brandir des Kalachnikov, ni même le poing, mais pour demander ceci aux responsables politiques :
Par quels scandales politiques ce fameux scandale géologique s’est-il mué en scandale humanitaire ?
Je sais, il y a beaucoup d’autres questions, mais pour commencer, il suffit de se donner la main et d’aller voir à www.manifeste-guinee.com !
Notes :
(1) Farce villageoise en pays mandingues.
(2) Masque de Basse-Côte
(3) Minibus
Vous pouvez vous inscrire d'ici la tenue des Assises sur : www.manifeste-guinee2010.com
M Saïdou Nour BOKOUM
Ecrivain
Correspondance spéciale pour Nlsguinee.com
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