Guinée : ÉVASION DE FONS DE FUTURELEC VERS LE SÉNÉGAL, DES ENQUÊTES EN COURS
27 décembre 2005
Le PDG de Futurelec qui est dans le collimateur de l’État, et bientôt de la justice, tente de se prémunir contre d’éventuelles saisies de son patrimoine en procédant à un transfert important de fonds dans les banques sénégalaises, en particulier, et étrangères, en général. Au Sénégal, de plus en plus, l’on se montre regardant à propos des virements effectués par notre tentaculaire holding nationale.
Malgré ses dénégations et sa volonté affichée, et aussi désespérée, de se ‘’blanchir’’ ou d’être ‘’blanchi’’, peu en importe le prix, le PDG de Futurelec, qui sait en son âme et conscience que tôt ou tard il sera rattrapé par la justice de son pays à cause de certaines de ses pratiques, a commencé depuis longtemps à prendre ses précautions.
Sous le prétexte d’investir dans d’autres pays, notamment au Sénégal, la Gambie, la Guinée-Bissau, il procède à des placements importants d’argent dans des banques étrangères. Sa résidence privée au Sénégal, par exemple – El hadj Mamadou Sylla s’en vante ouvertement –, aurait coûté la bagatelle de… 350 millions de francs CFA. En Gambie, il prétend aussi avoir investi pour la construction de son immeuble, selon une publication du groupe, une somme colossale.
Dans l’un et l’autre pays, El hadj Mamadou Sylla a procédé à des mouvements financiers qui, au Sénégal, suscitent dores et déjà des interrogations. Car l’on se demande bien quelle est l’origine des fonds reçus. Bien entendu, pour qui connaît aujourd’hui la vigilance des États par rapport au transfert d’argent, qui plus est avec la nébuleuse terroriste entretenue à travers le monde par l’argent sale, l’on comprend mieux la préoccupation des autorités sénégalaises.
Celles-ci entendent aller jusqu’au bout de leurs investigations pour en avoir le cœur net. D’ailleurs, il faut souligner que ce n’est qu’en Guinée que le PDG de Futurelec, qui revendique un statut particulier dans la République pour jouir d’une impunité totale, ne fait pas les choses selon les règles de l’art. En effet, ni au Sénégal, ni en Gambie, El hadj Mamadou Sylla ne bénéficie d’un ‘’régime particulier’’.
Aucune exonération ne lui a été accordée, les autorités ne s’impliquent dans aucune de ses affaires. Il bénéficie des mêmes droits et il est aussi soumis aux mêmes devoirs que tous les opérateurs économiques. De toute évidence donc, il ne peut faire au Sénégal – encore moins en Gambie où le président Yahya Jammeh a fait clairement savoir que l’État est au service de tous – de ‘’bonnes affaires’’, habitué qu’il est aux faveurs et à la corruption des décideurs.
En réalité, au grand dam des laudateurs médiocres voire analphabètes du PDG de Futurelec qui aiment à le présenter souvent comme « un patriote ayant investi chez lui » ou, pis encore, comme un « honnête homme », El hadj Mamadou Sylla, après avoir causé la faillite de la Guinée dans de nombreuses affaires louches, cherche désormais à prendre le large.
Ses prétendus investissements à l’étranger ne constituent ni plus ni moins qu’une ‘’fuite de capitaux’’. Le PDG de Futurelec a aujourd’hui l’essentiel de ses avoirs dans les banques suisses, françaises, américaines, sénégalaises… Au point que même pour se rendre désormais en Europe ou ailleurs, il lui faut impérativement passer par Dakar pour procéder au retrait des fonds nécessaires à son déplacement.
Un ‘’détail’’ qui n’échappe plus à personne, tant il s’agit d’un rituel bien orchestré. Alors de qui veut-on se moquer en parlant d’un pseudo-patiotisme du PDG de Futurelec ? Pourquoi viole-t-il en Guinée les règles et usages républicains qu’il respecte ailleurs ?
Au demeurant, les explications que le Premier ministre a données à l’occasion du point de presse qui a sanctionné la mission conjointe du FMI et de la Banque mondiale ont édifié davantage l’opinion nationale et internationale sur les méfaits d’El hadj Mamadou Sylla, bénéficiant certes aujourd’hui d’une certaine complaisance mais que rien ni personne ne pourra sauver demain lorsqu’il sera appelé à rendre compte. C’est un homme pour ainsi dire en sursis. Pour combien de temps encore ?
Tibou Kamara
Directeur de la publication de l'hebdomadaire Guinéen ''L'observateur''
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