Afrique : Un économiste évoque « l'énorme potentiel économique » de l'Afrique
Les propos du P.D.G. d'une société de services professionnels internationaux
24 décembre 2005
Washington - Le potentiel de croissance économique de l'Afrique subsaharienne est « énorme », a affirmé M. Asif Shaikh, président-directeur général de l'« International Resources Group » (IRG), société de services professionnels internationaux ayant son siège à Washington.
M. Shaikh, qui s'intéresse à l'Afrique depuis 1963 et qui y mène des activités professionnelles depuis 1972, a fait cette observation lors d'une interview accordée le 13 décembre au « Washington File ».
« Plus que toute autre région du globe, l'économie africaine tourne bien en-deça de ses potentialités, a-t-il dit. La cause en est, essentiellement, un problème de gouvernance et de moyens plutôt que de ressources, de capacités humaines notamment. En fait, on y observe une grande dynamique au niveau de l'esprit d'entreprise, une grande vitalité. C'est pourquoi des sociétés telles que l'IRG pourraient y avoir un impact extrêmement fort. »
Cependant, pour être soutenables à long terme, la croissance et le développement économiques en Afrique supposent la convergence de quatre éléments fondamentaux : la protection de l'environnement et de la base des ressources naturelles, la croissance économique, une bonne administration des affaires publiques et le renforcement des capacités.
« On constate, d'après les 30 dernières années d'efforts en matière de développement, qu'on ne peut circonscrire le développement dans un seul secteur d'activité et qu'il faut englober les quatre secteurs clés dans une interaction positive », a déclaré cet économiste au long cours.
Une deuxième leçon du développement, a-t-il poursuivi, est « qu'on ne peut pas, non plus, tout amalgamer et s'attendre à ce que l'on s'occupe de tout à la fois. Il faut plutôt découvrir les liens qui existent entre les secteurs et leurs principaux points d'intersection. »
L'IRG que dirige M. Shaikh est une entreprise de services qui a exécuté à ce jour plus de 700 contrats dans 135 pays depuis sa création en 1978. Ses clients comprennent l'Agence des États-Unis pour le développement international (USAID), la Banque mondiale, la Banque asiatique de développement, les Nations unies et un grand nombre d'autres organisations ainsi que des gouvernements.
Il s'agit d'une société unique en son genre du fait que « la plupart des organisations (...) ont tendance à concentrer leurs activités dans un secteur donné, alors que la nôtre a, d'emblée, acquis la capacité de chevaucher les secteurs », a dit M. Shaikh. C'est ainsi qu'elle a contribué, avec l'USAID, à la création d'un programme connu sous le titre de « Nature, richesse et pouvoir », qui « imbrique ressources, économie et gouvernance. Notre aptitude à discerner les liens cruciaux - entre la population, l'environnement et la croissance économique - est probablement notre caractéristique distinctive. »
Quel avenir l'IRG voit-il pour l'Afrique ? « Elle sera certainement en transition au cours des 25 prochaines années. La population va doubler, quoi que nous fassions. La population urbaine en représentera à peu près la moitié, ce qui signifie que la relation entre la production rurale et le milieu urbain devra changer par rapport au cycle négatif que nous avons actuellement, où les gens quittent la campagne, désespérés, et où les villes sont des centres de consommation et de bureaucratie. »
« Cela devra changer, a poursuivi le spécialiste, de manière à ce que les zones urbaines deviennent une source de demande pour les produits ruraux. C'est une transformation que nous avons beaucoup analysée et qui pourrait revitaliser les deux milieux, rural et urbain, en créant des centres urbains productifs et bien gérés. »
« La variable clé de cette dynamique sera la bonne gestion », a-t-il souligné.
Comme on lui demandait si la tendance en Afrique, en matière de croissance et de développement, allait dans la bonne direction et s'il trouvait la situation actuelle encourageante, M. Shaikh a répondu : « Oui, mais il est très difficile de parler de tendance en Afrique car si la tendance est peut-être favorable, il y a des cycles de hauts et de bas. Cependant, de plus en plus de pays ont opté pour la démocratie. »
L'économiste juge également encourageant tout le travail que l'USAID a fourni afin de préparer les pays à se qualifier pour une aide au titre du Compte du millénaire. Cette initiative novatrice annoncée par le président Bush en mars 2002 vise à accorder à des pays pauvres sélectionnés des dons destinés à stimuler leur croissance économique et à attirer des investissements qui leur permettront de financer leur avenir de manière plus autonome. Pour être admissible, un pays doit démontrer qu'il gouverne avec justice, qu'il favorise le progrès social et qu'il ouvre son économie à la libre entreprise.
« De plus en plus d'États africains comprennent que, pour se développer, ils doivent respecter des critères internationaux de gouvernance, a dit M. Shaikh. C'est encourageant. Voyez le Mali, le Sénégal, la Namibie, le Mozambique. La transition en Afrique du Sud a été excellente. L'espoir renaît au Kenya. La guerre prend fin dans des pays tels que le Liberia, la Sierra Leone (...) Je suis optimiste (...) A chaque décennie qui passe, on voit que les choses s'améliorent un petit peu. »
Interrogé sur les effets du sida et sur les conséquences possibles d'une épidémie de grippe aviaire en Afrique, M. Shaikh a déclaré : « Certes, le sida a exploité la vulnérabilité précise de l'Afrique, c'est-à-dire son impuissance à apporter une puissante réponse institutionnelle à un problème de vaste envergure. Je crois qu'on redoute en Afrique une vulnérabilité semblable à l'égard de la grippe aviaire. C'est effectivement une situation dangereuse. »
Par Charles W. Corey
Rédacteur du « Washington File »
Source : usinfo.stat.gov
|