Guinée : Quelles leçons et quel bilan faut-il tirer des élections communales et communautaires?
22 décembre 2005
Les dés électoraux étant pipés par l’Administration, l’opposition s’y est quand même aventurée en toute connaissance de causes, et cela malgré les multiples avertissements qu’elle a reçus.
Peut-on soutenir des partis politiques qui n’ont ni envie de convaincre et ni envie de vaincre?
Il est certes trop tôt de tirer toutes les leçons du «rapt électoral» organisé par notre Ministre des fraudes électorales M Kiridi Bangoura, mais un premier constat s’avère nécessaire.
L’opposition guinéenne a-t-elle cru au père Noël ?
Faut-il soutenir les partis de l’opposition traditionnelle qui ont participé en toute connaissance de causes aux communales ou bien les laisser gérer tous seuls leur périlleux aventure? On saura bientôt si ces partis ont fait un choix politico-stratégique judicieux. Qu’ils négocient donc pour obtenir plus de communes puisque c’est comme ça que cela a toujours marché en Guinée!
Pour l’instant ce sont les quelques militants qui croient encore au miracle divin qui continuent de trinquer une fois de plus.
Malheur à celui ou celle qui n’apprend rien de ses propres erreurs, a-t-on l’habitude de dire!
Il n’y a certainement pas eu de naïveté politique de la part de l’opposition traditionnelle; on peut par contre affirmer que beaucoup ont été guidés par une espèce d’opportunisme politique.
En tout cas personne ne peut dire aux guinéens aujourd’hui qu’il ne savait pas ou qu’il ne pensait pas que les autorités allaient frauder.
Par ailleurs, s’il est trop tôt de s’aventurer dans une analyse approfondie des résultats des communales qui nous parviennent ci et là, l’on peut tout de même tirer quelques leçons de tout ce processus qui a occupé les esprits tout au long de la préparation de la victoire du PUP (frauduleuse ou pas).
Dire que les partis politiques qui ont eu foi en les autorités guinéennes en participant à ces élections ont eu raison ou non n’est plus à l’ordre du jour car chacun sait, y compris ceux qui ont accepté de jouer le jeu, que le problème guinéen ne peut être résolu par une élection de proximité et de surcroît non transparente.
Aujourd’hui, pour aller dans la bonne direction, chacun doit donc tirer les leçons des actions, décisions et choix politiques effectués par les uns et les autres.
Il faudra dès maintenant dire la vérité aux populations guinéennes sur les innombrables causes de leurs multiples souffrances. Tourner autour du pot en rejetant toute la faute sur un pouvoir dictatorial qui n’a jamais caché ses envies de se maintenir coûte que coûte aux commandes malgré l’état calamiteux de la Guinée, est un discours qui ne fait plus recette.
Ce discours n’est plus d’actualité car ce dont les guinéens ont le plus besoin aujourd’hui c’est une alternative; et cette alternative ne peut s’obtenir avec l’organisation et la structuration des partis politiques actuels.
En effet, comme nous venons de le constater, à chaque fois que les autorités autoproclamées de Conakry organisent «un rapt électoral», elles s’empressent de rafler toute la mise au nez et à la barbe de l’opposition. Qui est fou pour organiser une élection en Guinée et la perdre face à une opposition en rangs dispersés!
Que font les partis d’opposition depuis que cet état de fait dure? Ont-ils appris de leurs erreurs du passé? Apparemment pas!
Chaque parti dans sa petite configuration actuelle se contente de dénoncer les agissements d’une administration mise sous tutelle du PUP. Le pire est que l’on n’arrive même pas à coordonner les dénonciations des fraudes électorales.
Chaque parti politique se contente tant bien que mal d’exciter son petit îlot de militants sans aucun résultat sur le plan national. Les barons du régime se frottent ainsi les mains en envoyant les forces dites de l’ordre pour calmer certains esprits surexcités dans ces îlots de militants en désespoir.
Certains leaders traditionnels oublient souvent qu’un minuscule îlot politique ne peut à lui tout seul changer la destinée de tout un pays aussi cosmopolite que la Guinée.
Tout ceci est évidemment le résultat de la mésentente entre des leaders politiques qui se connaissent tellement bien et qui se vouent une haine chronique d’une part, et d’autre part l’ethnocratie et le régionalisme poussés des partis politiques guinéens.
Il est temps de penser autrement, de s’organiser autrement, de s’adapter à la situation en utilisant d’autres formes de luttes plus efficaces pour une transition démocratique que nous appelons de tous nos vœux…
Etant entendu que nos autorités ne peuvent accepter un minimum d’ouverture et de transparence politique qui aurait pour conséquence leur chute inévitable, c’est donc à tous les autres compatriotes (c’est-à-dire l’écrasante majorité) de participer activement à la réorganisation de l’espace politique pour exiger un meilleur sort pour le pays.
Les principaux obstacles à la réorganisation de l’espace politique oppositionnel sont naturellement les leaders politiques traditionnels qui, à l’image des dirigeants, ne veulent pas en entendre parler puisqu’apparemment ils ont beaucoup de privilèges personnels à perdre.
Faut-il pour autant sacrifier le pays sous prétexte qu’une poignée de politiciens (au pouvoir et dans l’opposition) ne veulent pas qu’on établisse de nouvelles règles démocratiques pour le salut de toute une Nation?
L’organisation actuelle de la classe politique guinéenne nous conduit droit au mur car aucun parti ne peut à lui tout seul faire l’alternance en faisant basculer la situation à son avantage et il n’y a pas d’entente possible comme l’expérience nous l’a toujours démontrés. Les responsables des différents partis politiques continuent bizarrement de miser sur des élections transparentes et surtout l’existence d’un hypothétique second tour qui les obligerait à négocier des alliances pour le second tour des présidentielles comme cela semble-t-il se passer ailleurs. N’oublie-t-on pas par hasard que ceux qui organisent les scrutins électoraux en Guinée savent mieux que quiconque ce qui se passe ailleurs. Vont-ils accepter un second tour électoral en Guinée pour voir leurs adversaires unir leurs forces pour rafler la mise?
Pour déloger le PUP de sa forteresse gardée par certains loubards de l’armée nationale, il n’y a que «le rassemblement de toutes les forces du changement» comme ultime solution.
Ceci n’étant plus possible avec les leaders politiques traditionnels, il faut donc du sang neuf à la Guinée; il nous faut renouveler la classe politique guinéenne dans son ensemble pour permettre à des gens capables et qui mesurent la hauteur de la tâche qui les attend, de se mettre au travail pour le salut de tous.
Notre Alliance s’adresse directement aux guinéennes et guinéens de tous bords pour qu’ensemble nous puissions mettre sur pied une alternative à la situation actuelle. Une autre possibilité serait de s’accommoder avec la situation actuelle en attendant un hypothétique coup de pousse du destin.
Nous ne pensons pas qu’il faille trop se fier au destin par ces temps-ci car nos destins sont le plus souvent décidés ailleurs et pas forcément en fonction de nos intérêts nationaux.
Nous avons le choix entre provoquer un coup de force de la part de l’armée tout en espérant que celle-ci soit «républicaine» cette fois-ci; ou bien participer à l’édification de la nouvelle et grande structure que nous appelons «Alliance Nationale», capable de remettre la Guinée sur les rails de la «Démocratie et du Développement.»
Il n’est plus nécessaire de rappeler nos compatriotes que le statuquo actuel ne sert que ceux qui nous gouvernent et leurs opposants qui sont aux aguets en attendant un coup du sort. L’intérêt de la Guinée compte peu ou pas du tout dans la fausse configuration politique actuelle; ce qui compte aux yeux du pouvoir et de son opposition, c’est soit se pérenniser au pouvoir, soit remplacer ceux qui sont déjà aux commandes pour se pérenniser à leur tour…
Ce qui est grave c’est que contrairement aux dirigeants qui semblent être solidement installés aux commandes, les opposants eux ne se donnent même pas les moyens d’atteindre leurs buts inavoués.
L’avenir de la Guinée doit être sérieusement préparé avec plus de patriotisme et de bons sens; cet avenir ne saurait être soumis à un quelconque coup du sort divin.
Evitons ensemble pendant qu’il est temps de permettre l’accession au pouvoir d’un troisième président qui ferait pire que ses deux prédécesseurs sur le plan de la gouvernance démocratique.
Bref, évitons ensemble à notre pays des «présidents-surprises», des «présidents non élus ou mal élus»!
Pour éviter à notre pays de subir continuellement ce sort non enviable qui s’abat sur nos populations, tous nos compatriotes épris de démocratie, doivent dès à présent tourner cette page sombre de la fausse démocratisation qu’on nous impose en participant activement à la préparation de la «RELÈVE POLITIQUE»; relève qui ne peut être laissée au gré du hasard.
L’ANDD veut et se doit d’être cette pépinière démocratique compte tenu de ses prises de positions politiques qu’elle ne cesse de défendre. L’ANDD n’est-elle pas cette Alliance qui ne cesse de défendre une VÉRITABLE DÉMOCRATISATION DE LAGUINÉE!
Ne continue-t-elle pas de dénoncer tous les abus et autres atteintes aux Droits des guinéens de tous bords et sans distinction aucune?
L’ANDD n’a-telle pas à maintes reprises mis en garde nos aînés de l’opposition traditionnelle contre leur parcourt en solo sans lendemain?
Il ne faut pas se voiler la face aujourd’hui car ceux qui ne se sont pas entendus hier pendant qu’ils étaient en mesure, à travers une entente solide de faire vaciller le régime de Wawa, ne pourront le faire aujourd’hui dans un environnement politique où tout leur échappe.
L’important aujourd’hui c’est la Démocratie en Guinée et le Développement de la Guinée; et c’est ce que notre Alliance tente de mettre au centre de ses préoccupations. Cette nouvelle structure se doit d’offrir toutes les garanties nécessaires empêchant les dérives et autres querelles de petits chefs.
L’ANDD n’est pas une «pouponnière» à petits dictateurs en herbes contrairement à ce que pensent certains...
Le combat continue !
Par M. Ly Elhadji Baila
Directeur Exécutif de www.nlsguinee.com
Membre Fondateur de l’ANDD et de www.guinea-forum.org
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