Guinée : les élections de dimanche suscitent peu d'engouement
16 décembre 2005
Plus de 5 millions de Guinéens sont appelés aux urnes dimanche pour élire leurs conseillers communaux et communautaires à l'issue d'une campagne généralement apaisée mais sans l'engouement de précédents scrutins, malgré la participation de tous les partis politiques.
Ces élections doivent permettre de pourvoir 4.399 sièges de conseillers, dont 836 sièges communaux et 3.563 communautaires, selon la Commission électorale nationale autonome (Céna), chargée de superviser le scrutin. Elles auront lieu dans 38 communes (dont 5 à Conakry) et 303 communautés rurales de développement (CRD) du pays, dans lequel seront déployés plus de 400 observateurs nationaux. Les opérations de vote se dérouleront de 08h00 à 18h00 (locales et GMT) dans 8.614 bureaux de vote sur l'ensemble du territoire.
La campagne électorale, ouverte le 2 décembre, devait s'achever vendredi. Elle s'est déroulée dans l'indifférence quasi-générale, malgré l'animation des derniers meetings à Conakry, la capitale, où deux militants de l'opposition ont été légèrement blessés dans des heurts avec des policiers. Beaucoup d'auditeurs et de téléspectateurs ont déclaré ne pas avoir été "emballés" par les postulants aux sièges de conseillers, qui ont pour la plupart exposé leurs programmes via la radio et de la télévision.
Certains candidats ont dû mener des opérations de domicile à domicile, faute de partisans. D'autres ont surtout attiré des jeunes n'ayant pas l'âge de voter dans des défilés de voitures et camions à travers les artères de la ville, dans les quartiers résidentiels aux avenues bordées d'arbres ou à travers les ruelles de terre défoncées de quartiers moins favorisés. Pourtant, tous les partis politiques participent au scrutin pour la première fois depuis cinq ans. Au total, 16 formations de l'opposition et de la majorité ont des candidats en lice.
Le Front républicain pour l'alternance démocratique (Frad), une coalition regroupant les principaux partis de l'opposition radicale qui avait boycotté les législatives de juin 2002, est largement représenté à ces élections. Le Frad comprend notamment le Rassemblement du peuple de Guinée (RPG) d'Alpha Condé, l'Union des forces républicaines (UFR) de l'ex-Premier ministre Sidya Touré, l'Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG) de Mamadou Bâ. Seule l'Union pour le progrès de la Guinée (UPG), de Jean-Marie Doré, a fait exception en allant avec ses propres listes à ces élections, pour lesquelles le Parti de l'unité et du progrès (PUP, au pouvoir) part favori.
L'Union pour le progrès et le renouveau (UPR), le principal parti de l'opposition parlementaire, présente également des candidats. Ces élections sont considérées par les bailleurs de fonds comme un test dans un pays en proie à une profonde crise économique avec des mouvements sociaux récurrents.
Certains observateurs y voient cependant un premier pari déjà gagné par le ministre de l'Administration du territoire et de la Décentralisation Kiridi Bangoura qui, selon eux, a réussi à mettre les partis d'accord pour aller aux urnes. Le scrutin se déroulera par ailleurs avec, en toile de fond, des contestations de l'opposition radicale, qui ne reconnaît pas de crédibilité à la Céna au sein de laquelle elle n'est pas représentée.
Le taux de participation indiquera si les Guinéens éprouvent un regain d'engouement pour les élections ou si la désaffection continue: depuis 2000, les électeurs boudent le chemin des urnes, en affirmant ne pas vouloir cautionner des fraudes, des simulacres d'élections ou des scrutins n'offrant aucune garantie de transparence.
Source : AFP
|