Guinée : Nuages sur l’accord de pêche entre l’UE et la Guinée
10 décembre 2005
Depuis juin dernier, l’Union européenne a suspendu ses paiements à la Guinée-Conakry au titre de l’accord de pêche entré en vigueur en janvier 2004, estimant que les dispositions de l’accord ne sont pas suffisamment respectées. Ces dispositions comprennent notamment la lutte contre la pêche illégale à travers des projets de surveillance financés par l’Europe.
A l’occasion de la présentation cette semaine de son dernier rapport, l’ONG britannique « Environnemental Justice Fondation » a rappelé que plus de 350 bateaux de pêche pirates, essentiellement chinois et coréens, ratissent les eaux ouest- africaines en ayant leur plaque tournante en Guinée.
La Commission européenne dit regretter le laxisme de Conakry face à ce fléau et pointe du doigt un système « bien connu » de corruption. Si la situation ne s’améliore pas, Bruxelles pourrait aller jusqu’à suspendre son accord de pêche avec la Guinée le 31 décembre prochain, trois ans avant la date d’expiration.
La pêche illégale nuit aux chalutiers européens qui pêchent dans les eaux guinéennes en vertu de l’accord, en échange d’une contrepartie financière de 17 millions d’euros sur cinq ans. Le système, estime Bruxelles, n’est plus rentable.
Mais les premières victimes sont avant tout les milliers de petits pêcheurs guinéens confrontés à la baisse des ressources halieutiques et au danger représenté par les bateaux pirates. 20 pêcheurs sont morts cette année dans des collisions en mer entre leurs pirogues et ces navires qui opèrent souvent de nuit, près des côtes.
Alors qu’ils réclament plus de surveillance, les pêcheurs artisans guinéens risquent, paradoxalement, d’être aussi les premières victimes d’une éventuelle suspension de l’accord de pêche par l’Europe. Et cela alors qu’une grosse partie des captures illégales se retrouve en vente sur le marché européen. Les bateaux pirates asiatiques qui opèrent en Afrique de l’Ouest ont longtemps débarqué leurs prises au port espagnol de Las Palmas, aux Canaries. Selon la Commission européenne, ce ne serait plus le cas aujourd’hui, mais Las Palmas continue de leur servir de base pour leurs réparations.
Anne-Marie Mouradian
Source : RFI
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