Guinée : Elections locales à CONAKRY: petit évènement, grand révélateur
09 décembre 2005
Ayant mis à sac le pays, Mr Lansana Conté et son "gouvernement "ont entrepris de se faire renflouer par les "bailleurs de fonds " et partenaires du "développement". La condition mise à l'octroi de fonds est la "libéralisation " des ondes et l'organisation "d'élection libre et transparente". Dans la nécessité où ils se trouvent actuellement et en raison de la précarité de leur pouvoir, les oligarques mafieux de Conakry ( Lansana Conté et son gouvernement ), ont fait semblant d'accéder aux conditions minimales demandées par les"bailleurs de fonds" : libéralisation des ondes comme c'est devenu une banalité dans toute l'Afrique Noire et un minimum de transparence dans les élections locales.
Des prétendues négociations avec l'opposition sont "engagées", un décret de" libéralisation" des ondes précipitamment publié, est vidé de tout contenu par un cahier des charges hallucinant de restrictions. Par exemple, le bénéficiaire d'une concession d'onde doit tous les trois ans solliciter le renouvellement de sa concession. Chacun peut aisément imaginer la situation dans laquelle se trouverait un entrepreneur qui est contraint, tous les trois ans, de négocier la disponibilité de son outil de travail.
Ces gesticulations communicationnelles réalisées, les oligarques mafieux reçoivent généreusement des millions d'euros du Représentant de l'Union Européenne et et des milliers de dollars des main de la représentante d'une institution onusienne. Approchent les élections locales. Que voit-on ?
-- des préfets et sous-préfets, se substituant aux magistrats, interdisent de candidature la plupart des militants de l'opposition, particulièrement ceux de l'U.F.R. La liste des subterfuges utilisés pour ne pas recevoir les dossiers de candidatures des membres de l'opposition est longue. Exemple : les bureaux de préfecture et sous-préfecture qui restent fermés aux candidats de l' U.F.R et de certains autres partis insensibles aux sollicitations du clan militaro-affairiste et politico-mafieux.
-- les employés des administrations qui sont contraints de se mettre à la disposition du P.U.P.(parti gouvernemental)
-- les véhicules administratifs de l'Etat sont mis à la disposition des candidats personnels de Mr Kiridi BANGOURA. Il apparaît de plus en plus évident que Kiridi BANGOURA a présenté de façon déguisée "ses" candidats à lui qui devront être obligatoirement"élus". Car, le moment venu, qu'il espère dans pas très longtemps, "ses" nouveaux "élus" locaux constitueront la rampe de lancement de son parti dont vraisemblablement les statuts sont déjà prêts. Les articulations discrètes entre lui et certains colonels originaires de la Basse-Guinée sont en place. Il contestera bien évidemment ce fait. Mais je persiste. Mr Kiridi BANGOURA a des"candidats" personnels et un réseau de colonels- deux ou trois sûrs. Deux autres en voie d'intégrer le réseau.
-- Mr Kiridi BANGOURA (ministre mafieux) chargé de l'élection faisant une tournée à l'intérieur du pays pour demander verbalement (c'est plus discret et non démontrable) aux autorités administratives locales de ne pas accepter les candidats de l' U.F.R. (Sur ce point précis, j'ai personnellement reçu un coup de téléphone d'un haut fonctionnaire du ministère de Mr Kiridi BANGOURA confirmant la réalité de cette démarche à l'intérieur du pays. Je ne citerai pas le nom de ce haut fonctionnaire pour les raisons que chacun comprend).
Mais, il y a plus insolite. Tout se passe comme si certains membres de l'opposition craignent une élection transparente, même locale. Des alliances douteuses entre certains opposants et le pouvoir pour affaiblir le ou les partis susceptibles de remporter les élections locales ne sont plus un mystère pour personne. En effet, la transparence pourrait bien montrer que nos compatriotes ne sont pas dupes d'une apparente éloquence verbale. Ils savent faire la différence entre un vrai homme d'Etat et un agitateur brouillon peu crédible. Car, une vraie élection libre et transparente, si elle a lieu, établira bien quel est le poids réel de chaque parti et l'audience vraie de chaque leader politique (Lansana Conté et tous les leaders de l'opposition compris) dans le pays. Il n'est donc pas certain que quelques membres de l'opposition soient de véritables partisans d'une vraie compétition électorale libre et transparente. Ceux d'entre eux qui prétendent avoir des fiefs électoraux où ils seraient plébiscités tout en ne bougeant jamais de Conakry, savent bien qu'ils risquent de se trouver nus, si jamais les élections étaient transparentes.
L'U.F.R. pourrait bien être la victime du pouvoir et de certains membres de l'opposition. Etrange alliance. Comme le suggère le doyen Elhadj BA Mamadou, cette mascarade électorale doit être arrêtée. Il n'y aura ni liberté de vote, ni transparence. Lansana Conté et son groupe mafieux n'organiseront jamais une élection transparente. Attendre d'eux une élection honnête, revient à attendre d'un canibal qu'il cesse de lui-même son cannibalisme.
Mamadou Billo SY SAVANE
contact : smosalinn@aol.com
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