Guinée : Halte à la peur et à la résignation
08 décembre 2005
Depuis l´instauration du multipartisme dans notre pays, aucun ministre n´avait osé truquer les élections en amont dans de telles proportions. Kiridi Bangoura, le cleptomane et ses spécialistes ont sorti de leur laboratoire du ministère de l´Administration du Territoire et de la Décentralisation une nouvelle formule qui manquait au catalogue des procédés antidémocratiques utilisés en Guinée : l´exclusion des candidats ou des listes des partis politiques d´opposition aux élections communales et communautaires du 18 décembre 2005.
En observant tous les processus électoraux depuis les présidentielles de décembre 1993, les méthodes antidémocratiques et les fraudes utilisées par le gouvernement se regroupaient en : le bourrage des urnes, les votes multiples des électeurs, la falsification des procès verbaux, les intimidations et les menaces, le vote des morts, la corruption des électeurs, la distribution erronée des cartes d´électeurs, la prise en otage du processus électoral par l´adoption calculée du mode de scrutin pour ne citer que celles-ci, le ministron Kiridi vient de prendre la lourde responsabilité d´ajouter à cette liste non exhaustive l´exclusion des partis politiques d´opposition dans certaines circonscriptions électorales. Cette mesure est la méthode la plus sauvage et la moins subtile pour se passer d´un candidat ou d´un parti gênant.
Si aujourd´hui, on est en mesure de rejeter une liste aux élections communales et communautaires, demain il sera possible de rejeter la candidature des postulants aux élections présidentielles ou législatives sur des fallacieux prétextes. La loi exigera des candidats qu´ils soient ce qu´ils ne peuvent pas être, compte tenu des préjugés établis contre eux.
Les mêmes causes produisent les mêmes effets, les responsables chargés d´organiser ces élections communales et communautaires ont-ils réfléchi sur les dangers de l´utilisation de cette méthode qui engendre des frustrations et des révoltes ? Pour que notre pays ne sombre dans le chaos comme certains pays du continent où cette formule a été appliquée, il est temps d´arrêter la folie des gouvernants et de manifester contre ces politiciens de petites frappes ayant perdu tout le sens de l´éthique et de la morale.
Les techniciens des fraudes du ministère de l´Administration du Territoire et de la Décentralisation ont inventé ce système pour permettre une large victoire du PUP, qui est aujourd´hui rejeté par la grande majorité des guinéens. La falsification des procès verbaux- documents récapitulatifs des élections- ne suffit plus. Pour cela les partis politiques de l´opposition doivent avoir les moyens de leur politique, s´ils ne veulent pas continuer à dénoncer systématiquement et sans succès les fraudes, ils doivent opposer à ce système la mobilisation générale des militants et responsables en un mot de tous les guinéens pour être prêt à l´affrontement seul moyen aujourd´hui de se débarrasser de ce régime moribond et corrompu.
Les partis politiques de l´opposition doivent ignorer les intimidations et les menaces des gouvernants qui, consistent à créer la peur et la psychose au sein de l´électorat par tous les moyens, afin d´empêcher ce dernier à sortir massivement pour voter le jour du scrutin. Il est grand temps de galvaniser les troupes pour mettre en danger la supercherie des techniciens de ce ministère et de leurs commanditaires.
Cessons de fétichiser les ministres de Conté et les hauts cadres corrompus ou de sacraliser le pouvoir présidentiel, seul la lutte paye. Nous avons notre destin en main et l´occasion est propice pour mettre en déroute ces bandits légaux et ces démons de la division.
Dans ce combat, la participation de toutes les composantes de la société guinéenne sera salutaire :
- Leaders d´opinion et politiques gelez pour un temps vos petites contradictions pour se consacrer à l´essentiel du moment : la lutte contre le système mafieux du Général président Lansana Conté. Après cette victoire le peuple choisira ses représentants à travers des élections libres et transparentes.
- Militaires, gendarmes et policiers cessez de pérenniser le pouvoir de ses bandits à col blanc. Votre refus d´attendre le cri de détresse du peuple martyr de Guinée est une preuve de votre complicité. Comme le dit un adage « quand le mariage est réussi, les témoins disparaissent », la prise du pouvoir par le CMRN n´a pas éliminé la dictature dans notre pays, mais au contraire l´a aggravée. Donc votre contribution est toujours d´actualité.
F. Soumah, Kaloum (Conakry)
fssoumah@yahoo.fr
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