Guinée : Instabilité politique et réformes macro-économiques : un cocktail hautement explosif
01 juin 2005

À regarder de près les crises cycliques qui caractérisent le leadership actuel de la Guinée, on se rend compte que ceux-ci s’enracinent profondément dans l’absence chronique de démocratie d’une part, et d’autre part par la mauvaise gestion politique, économique et sociale.
Ces fléaux constituent de véritables handicapes à toutes perspectives de sortie de crise, étant donné que la politique nationale est confisquée par une poignée de personnes qui n’entendent rien céder au risque de se mettre à dos toute une population qui ne sait plus à quel saint se vouer.
Aujourd’hui, la plus part de nos compatriotes se posent les mêmes questions à savoir :
Que vaut véritablement une réforme économique dans un environnement politiquement incertain ?
Que vaut un plan de développement si les populations concernées n’y trouvent pas leurs comptes ?
Que vaut une aide au développement si les projets financés par nos partenaires n’offrent aucune viabilité sur le terrain ?
Que valent enfin toutes ces annonces sous-couvertes de bonnes intentions alors que le guinéen ne fait que s’appauvrir ?
Pour répondre à ces interrogations, chaque compatriote doit s’efforcer de situer en premier lieu les responsabilités du chaos actuel. C’est seulement après que nous pourrons juger ensemble de la crédibilité de ceux qui estiment pouvoir sortir le pays de sa misère actuelle et qui en même temps refusent catégoriquement d’associer l’Opposition dans son ensemble ainsi que la Société Civile.
Nous estimons que la faiblesse du leadership guinéen actuel est un facteur déterminant qui condamne un quelconque succès des réformes. Un régime en fin de règne n’accepte généralement aucune contestation, il ne cède rien à ses contradicteurs et n’envisagent aucun compromis susceptible de l’affaiblir davantage.
Notre pays se situe actuellement à ce niveau ; le Gouvernement actuel quelque soit sa volonté de mettre en œuvre les réformes qu’il a promises ne peut réussir sans chercher au prime à bord à créer un large consensus autour de la façon de mettre en œuvre les exigences des bailleurs de fonds.
Autrement dit, n’ayant aucune assise politique solide, ce Gouvernement prend un risque énorme en voulant entreprendre tout seul des réformes. Ce qui hypothèque naturellement toute chance aussi minime soit-elle de parvenir à ces fins. Ce comportement gouvernemental n’aboutira qu’à plus d’incompréhensions et plus de frustrations de la part de la population.
Pourquoi estimons-nous que ces réformes ne peuvent pas dans la situation actuelle du pays aboutir au résultat attendu par plus d’un ?
Au delà de la faiblesse des dirigeants actuels qui ne représentent pas le peuple, il y a aussi ce constat selon lequel les réformateurs d’aujourd’hui font partie des auteurs de la crise. Peuvent-ils penser pour une fois aux guinéens qui soufrent et non à leurs propres intérêts qui seront de toute façon menacés par les réformes ?
Permettez-nous d’en douter car pour plus de crédibilité dans l’action, le pays a besoin d’hommes neufs non impliqués dans les multiples scandales de ces dernières décennies pour mettre enfin le pays de manière efficace sur les rails.
On ne peut pas piller son pays pendant des décennies et faire croire aujourd’hui à ses compatriotes qu’on détient la solution miracle aux conséquences de ce pillage organisé.
Tous les économistes sont d’accord aujourd’hui pour dire que la stabilité politique est une des meilleurs gages pour réussir la relance du secteur macro-économique. Cette stabilité n’est pas acquise et tous les discours qui laissent penser le contraire et qui ne cessent de distiller la peur sont improductifs dans la mesure où stabilité politique ne rime pas avec misère sociale.
Un pays comme la Guinée qui est entourée par des pays en proie à des déchirements internes ne peut pas se permettre de se contenter de la situation actuelle. Il nous faut aller plus loin dans la réflexion en essayant ensemble de comprendre les causes de l’instabilité de la sous-région ouest africaine.
Malheureusement, nos leaders ont trempé dans les différents conflits qui nous entourent soit par le soutien à une faction rebelle, soit par des connections mafieuses qui ne reculent devant rien pour vendre leurs engins de la mort.
Nous sommes tentés donc de croire qu’il s’agit encore une fois d’une pirouette bien ficelée qui vise à tromper le guinéen en le maintenant dans une sorte d’espérance éternelle qui tarde à se traduire par des faits concrets dans sa vie de tous les jours.
Par ailleurs, n’arrivant pas à résorber nos déficits sur les plans tant politique qu’économique, nos dirigeants veulent nous entraîner dans d’autres projets d’intégrations sous-régionales alors que nul n’ignore l’hostilité qui existe entre certains chefs d’Etat de la sous-région.
Prenons l’exemple de ce fameux projet de monnaie unique ZMAO : aucun économiste averti ne peut croire un seul instant de la réalisation de ce grand projet par des régimes aussi disparates.
Comment un tel cocktail de dirigeants avec des économies sous perfusion auraient-ils d’ailleurs pu décréter une monnaie unique alors que leurs pays respectifs croulent sous une dette extérieure asphyxiante ? Comment des chefs d’Etats dont la maturité démocratique laissent à désirer peuvent-ils envisager un tel projets sans résoudre au préalable leurs crises internes ?
Est-ce un effet de mode ? Allez savoir !
Les critères de convergences annoncés ne peuvent pas être atteints dans les délais prévus car notre sous région est sujette à beaucoup d’instabilités. Ces critères ne doivent en aucun cas être les seules exigences pour la mise sur oeuvre de la monnaie unique.
Il y a un préalable politique qui doit se traduire par plus de démocratie et de transparence au sein des Gouvernements sous-régionaux avant que ceux-ci ne s’engagent dans une quelconque monnaie unique. Il y a des pays qui essaient difficilement de sortir d’une longue période de guerre civile, certains font l’objet de toutes les attentions car un danger imminent les guettent et d’autres n’arrivent tout simplement pas à gérer leurs économies compte tenu de la corruption et du manque de sérieux dans leurs politiques macro-économiques.
Tant que l’Afrique de l’Ouest n’arrive pas à prévenir les conflits en agissant notamment à leurs sources, nous ne pouvons parler de véritables réformes qui placeraient la sous région sur l’orbite de la stabilité politique qui constitue un préalable à tout développement économique et social et qui empêchent la prolifération des mafias de toutes sortes.
Avant de miroiter une monnaie unique aux populations des pays concernés par la ZMAO, les dirigeants feraient mieux de s’occuper des crises qu’ils créent le plus souvent eux-mêmes.
L’exemple du Togo avec la honteuse attitude de la CEDEAO et de l’UA est là pour attester du fait que le leadership de notre sous région est terriblement inefficace, même si le Togo ne fait pas partie de la ZMAO. Après s’être couché pendant quatre décennies sous les pieds de feu Eyadema, nos leaders sous-régionaux perpétuent la tradition en se mettant à quatre pattes sous le dictateur précoce qu’est Eyadema fils.
Le militaire Président nigérian M. Obassanjo qui était pourtant très virulent à l’égard du petit ambitieux Eyadema vient de tourner le dos au peuple togolais sous l’autel de la France-Afique.
Ce n’est pas pour rien qu’il s’est déplacé pour Paris à la rencontre de Chirac (qui a d’autres préoccupations aujourd’hui).
M. Obassanjo veut que Paris annule une partie de la dette de son pays que les Généraux ( Abacha en tête) ont dilapidé au nom de tous les nigérians.
Cette démarche vise-t-elle à acheter le silence du Nigeria au détriment de la démocratisation du Togo ?
Il s’agit en tout cas d’un véritable camouflet pour la CEDEAO qui s’est largement décrédibilisée dans le processus de démocratisation de la sous-région.
Une intégration sous régionale réussie passe nécessairement par une véritable politique de stabilité et de prévention des conflits. La monnaie unique ne peut être que le couronnement de la réussite d’une telle intégration.
Les peuples de la sous-région réclament à cor et à cris le respect de leurs décisions émanant de ce processus de démocratisation.
Pour revenir au cas guinéen, nous dirons qu’elle n’est pas prête pour une communauté monétaire et elle risque de ne pas l’être même en 2009. Il y a tellement d’étapes à franchir pour en arriver là…
Si un jour notre pays devait intégrer une telle communauté, il serait souhaitable que nous le fassions dans des conditions macro-économiques saines.
Pour l’instant nous n’en sommes pas à ce stade quoi que disent nos gouvernants car il y a des urgences qui ne peuvent plus attendre.
Il est temps que le Gouvernement guinéen tende la main à la classe politique et la société civile pour qu’ensemble notre pays puisse obtenir ce consensus nécessaire pour la mise en œuvre des réformes.
Une politique d’austérité ne signifie pas forcément une réforme réussie, il faut susciter l’adhésion de la population. Chose que l’actuel Gouvernement mis en place par Lansana Conté n’arrive pas à incarner. Pour s’en convaincre, il suffit de voir comment les augmentations successives des prix de carburant ont été accueillies par les guinéens. Encore une fois, on leur demande de serrer la ceinture et de suer Sang et Or pour remplir des caisses de l’Etat qui ont été vidées pourtant par des personnes qui ne sont jamais inquiétées par une quelconque poursuite.
Nos compatriotes apprécieront ces mesures unilatérales décrétées par le Gouvernement à leurs justes valeurs.
Analyse de M LY Elhadji Baila
Directeur Exécutif de www.nlsguinee.com
Membre Fondateur de l’ANDD et de www.guinea-forum.org
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