Guinée : ÉMEUTES DE TÉLIMÉLÉ , LA LISTE DES VICTIMES
28 novembre 2005
Le jeudi 24 novembre dernier, la préfecture de Télimélé a été le théâtre de violents affrontements entre les forces de l’ordre et un groupe d’élèves. Bilan : 3 morts et 4 blessés.
Télimélé serait-elle ingouvernable ? Régulièrement des émeutes éclatent dans cette ville réputée ‘’bouffer’’ ses responsables. Les derniers événements survenus dans cette préfecture confirment la règle. Mais comment en est-on passé d’une revendication pacifique au drame ?
Le mercredi 23 novembre, les lycéens de la ville ont marché sur la préfecture. Ils entendaient protester contre l’affectation de six de leurs professeurs dont le départ les pénalisait. Le préfet de Télimélé a reçu les manifestants qui, pour l’occasion, ont fait une déclaration. L’autorité préfectorale a pris acte des doléances exprimées. A la clé, le préfet s’est engagé à rencontrer le ministre de l’enseignement pré-universitaire avec un représentant des élèves pour lui soumettre les différentes doléances. Les lycéens se sont réjouis de la compréhension de leur préfet et sont rentrés chez eux avec l’espoir que leurs revendications seront satisfaites. Ils ont donc naturellement repris le chemin des classes le jeudi 24 novembre.
Mais il n’y avait aucun professeur dans les salles de classe. Aussitôt naîtra l’idée d’une nouvelle marche sur la préfecture. Cette fois, la marche sera émaillée d’incidents. Car sur leur parcours, les lycéens seront rejoints par d’autres élèves, ceux du collège de la ville. Parmi les manifestants, certains ont pris la direction du commissariat central. Sur les lieux, ils se sont attaqués au poste de police : le véhicule du commissaire de police sera démoli ; des prisonniers seront libérés. Cependant, sur instruction du commissaire de police, dit-on, il n’y a aucune réaction des agents. La marche se poursuivra à la gendarmerie. Là ; on manquera de sang-froid. Des coups de sommation seront tirés pour disperser les manifestants mais ceux-ci ne s’arrêteront pas. C’est alors qu’il y a eu des tirs dans le tas : deux élèves s’écrouleront. Ils seront aussitôt évacués à l’hôpital.
Lorsque les lycéens et élèves ont appris ce qui était arrivé à leurs camarades ;ils se sont littéralement déchaînés. Les forces de l’ordre ont essuyé des jets de pierre. C’est au cours de la riposte qu’une balle perdue échouera dans une concession voisine de la gendarmerie et touchera mortellement dame Diallo Fatoumata 65 ans qui succombera à ses blessures comme les deux élèves transportés à l’hôpital pour des soins d’urgence : Amadou Bailo, 18 ans 11e S, Diallo Mamadou, 14 ans, 6e année. Au cours des incidents, il y a eu aussi des blessés :Bah Alah Réni, 7e année, Baldé Amadou Baïlo, 21 ans, Diallo Ibrahima, 15 ans, Diallo Mamadou Aliou 19 ans.
Le préfet de Télimélé a regretté le drame et a déclaré qu’à aucun moment l’ordre n’a été donné de tirer ou de procéder à des arrestations. Selon lui ‘’ les coups de feu’’ ne justifiaient pas. C’est pourquoi il a demandé que le commandant de la gendarmerie par qui le drame serait arrivé soit mis en résidence surveillée. Mais il a réussi à prendre la fuite. Selon certains, il se serait réfugié à Kindia. Une commission d’enquête a été mise en place pour déterminer les responsabilités dans les émeutes. Dès le vendredi 25 novembre, le gouverneur de Kindia s’est rendu à Télimélé pour assister les autorités préfectorales dans la gestion de la crise. Le ministre de l’enseignement pré-universitaire, Galéma Guilavogui aussi était l’hôte de Télimélé.
Il a conféré avec les sages de la ville et la ligue islamique régionale. Il a demandé aux uns et autres de mieux encadrer les élèves. Le ministre a également rencontré la direction du lycée, la direction préfectorale de l’éducation – DPE. Galéma Guilavogui a promis l’affectation de nouveaux enseignants pour combler le vide qui a provoqué la colère des lycéens. Il annoncé aussi que 18 universitaires ressortissants de Télimélé se sont engagés à dispenser des cours au lycée en attendant l’arrivée des nouveaux professeurs. En attendant, les établissements scolaires de Télimélé ont été fermés. Jusqu’à nouvel ordre…
Nous y reviendrons.
Nouhou Baldé
Envoyé spécial à Télimélé
L'Observateur, partenaire de Nlsguinee
|