Guinée : AFFAIRE DE LA 4e LICENCE GSM ET DES 22 MILLIONS DE DOLLARS: DES SOUTIENS AU PREMIER MINISTRE
23 novembre 2005
Le dernier conseil interministériel tenu le jeudi 17 novembre 2005 semble avoir donné un coup d’accélérateur au traitement des deux dossiers conflictuels que sont l’attribution de la 4e licence de téléphonie mobile et du différent commercial Etat Guinéen -Groupe FUTURELEC.
Selon les dernières informations qui circulent, le consultant Kerfalla Yansané désigné par le gouvernement pour faire l’audit sur les transactions commerciales entre l’Etat Guinéen et le Groupe FUTURELEC a exposé, le jeudi 17 novembre 2005, son rapport au conseil interministériel de ce jour. Selon les indiscrétions, l’ancien gouverneur de la Banque Centrale de la République de Guinée et son équipe ont revu à la hausse le montant reproché à la société du Président du Patronat Guinéen, Elhadj Mamadou Sylla. Aujourd’hui, Kerfalla Yansané, dit-on, réclamerait désormais plus de 45 millions de dollars au groupe FUTURELEC au préjudice de l’Etat.
Le litige, il faut le rappeler, portait sur un montant de 22 millions de dollars US au départ. Dans son exposé, Kerfalla Yansané aurait fait état « de multiples payements des factures, des surfacturations, des payements sans livraison etc. favorisés par la complicité intéressée de hauts cadres responsables de violation flagrante de la procédure et de l’orthodoxie financière ». Bref, de lourdes accusations en somme. Et si rien ne filtre sur les détails du rapport d’audit de Kerfalla Yansané ni sur les nouveaux éléments qui ont fait évoluer le montant incriminé de 22 millions de dollars à 45 millions de dollars US, il faut noter qu’un premier montant chiffré à plus de 180 milliards de francs guinéens avait été déjà annoncé par le rapport Yansané comme préjudice subi par l’Etat dans ses relations d’affaires avec le groupe FUTURELEC.
En attendant de savoir si ce sont les 45 millions de dollars qui font les 180 milliards de francs guinéens, certains témoignages font état de la révolte qui se serait emparée de certains membres du gouvernement présents au conseil interministériel après l’exposé de Kerfalla Yansané. Sur ce registre, on attribue des sorties musclées au ministre de la sécurité, Ousmane Camara et à celui de l’Emploi et de la Fonction Publique, Alpha Ibrahima Keira. Ils ont été, dit-on, les plus vindicatifs contre le PDG du groupe FUTURELEC, Elhadj Mlamadou Sylla. Pour qui connaît l’excellente nature des rapports entre Sylla et Keïra, s’interroge sur l’ampleur et le gravissime des faits exposés par Kerfalla Yansané pour pouvoir faire soulever le ministre de l’Emploi et de la Fonction Publique contre son ami, le PDG du Groupe FUTURELEC.
Le ministre de la sécurité, Ousmane Camara, qui ne souhaiterait pas se livrer au jeu des chiffres, estime que le gouvernement aurait perdu du temps dans cette affaire. Pour lui, si les chiffres et les faits sont prouvés, il faut tendre la main ou traduire le dossier à la justice. Selon d’autres indiscrétions, le ministre des Finances, MadiKaba Camara, après la prestation de Kerfalla Yansané, a décidé de suspendre les payements des dettes qu’il avait pourtant reconnues devoir à FUTURELEC et déjà rééchelonnées. A ce titre, cette décision, si elle est avérée, serait un revirement et donnerait à l’affaire une nouvelle tournure. Il faut rappeler que le ministre des Finances avait toujours dit que c’est l’Etat qui doit au groupe FUTURELEC.
C’est dans cette logique d’ailleurs que le même ministre des Finances, Madikaba Camara, le ministre secrétaire général à la Présidence Elhadj Fodé Bangoura (les deux signataires des contrats avec FUTURELEC), le gouverneur de la BCRG, Alkhaly Mohamed Daffé et d’autres avaient dernièrement rencontré, dans son village de Wawa, le Président de la République, le Général Lansana Conté pour lui soumettre, dit-on, un contre rapport à celui produit par Kerfalla Yansané. Il semble qu’à l’issue de cette rencontre, une commission présidée par le ministre du contrôle économique et Financier, Kemo Charles Zogbélemou et comprenant l’équipée de Wawa avait été constituée.
Cette commission, sous l’autorité directe du ministre secrétaire général Fodé Bangoura, mais à l’insu de son rival Premier ministre Cellou Dalein, aurait aussi produit son rapport. Selon les indiscrétions, son contenu accorde un blanc-seing au PDG du groupe FUTURELEC. En définitive, les deux rapports doivent s’affronter. Reste à savoir lequel des deux jaillira l’implacable vérité. Dans un cas comme dans l’autre, à ce rythme le temps de la clarification n’est plus lointain.
La police aux trousses d’InvestCom
L’autre point sur lequel s’illustre la cacophonie et qui empoisonne l’atmosphère gouvernementale reste le dossier de l’attribution de la 4e licence de téléphonie mobile à un opérateur privé. L’affaire a dégradé les rapports entre le Premier ministre Cellou Dalein Diallo, qui a opté pour la société Sénégalaise, la SONATEL et le ministre des PTT, Jean Claude Jacques Sultan qui a déjà signifié l’attribution de la licence à la société Libano - luxembourgeoise, IVESTCOM.
L’on se souvient que le ministre des PTT a même été privé du voyage alors que tous ses collègues étaient réunis dans la capitale Tunisienne (Tunis) où s’est tenu le second sommet mondial sur la société de l’information. Sa demande d’ordre de mission avait été purement et simplement par le Premier ministre. Et aujourd’hui, le ministre des PTT, Jean Claude Jacques Sultan semble être sous embargo. Si l’issue de cette affaire est encore incertaine, tant que le Président de la République continuera d’observer le mutisme sur sa propre position, il faut noter que le Premier ministre vient de recevoir le soutien des services de sécurité.
Ces derniers, se défendant cependant de toute partialité dans cette affaire ou de toute action visant à s’immiscer dans les affaires intérieurs d’un département ministériel, affirment avoir constaté certaines anomalies dans la signature du contrat entre le ministre des PTT et INVESTCOM et détenir, en même temps des informations accablantes contre cette société. Pour les services de sécurité, l’attribution de la licence à INVESTCOM est illégale dans la mesure, disent-ils, que la loi stipule que la signature du ministre des Finances, ordonnateur délégué du budget, est obligatoire pour engager les marchés de l’Etat. A ce titre, ils estiment que ce sont les ministres des Finances et celui des PTT qui auraient du signer le contrat avec INVESTCOM.
Le second, disent-ils, ne peut engager l’Etat. Selon les services de sécurité, la nouvelle loi qui accorde l’exclusivité de cette autorité au ministre des PTT date le septembre 2005 alors que le contrat, disent-ils, avec INVESTCOM avait été signé au mois d’Août de la même année. Ils ajoutent aussi que la nouvelle loi n’est pas encore promulguée, donc inapplicable. Ils accusent aussi le département des PTT de n’avoir pas soumis au préalable le projet de loi en conseil interministériel et en conseil des ministres avant son adoption par l’assemblée. Pour les responsables des services de sécurité qui semblent avoir reçu de consignes fermes de leur ministre, cette situation cacherait des dessous à révéler. Ils estiment d’autre part que les accusations portées contre INVESTCOM notamment celles liées à la participation de l’ancien Président et chef de guerre Libérien Charles Taylor au capital de la société méritent vérification. Pour tous ces soupçons, disent-ils, INVESTCOM n’a pas d’abord le droit d’ouvroir des bureaux en Guinée.
Si c’est déjà fait, dit-on, ils seront fermés. Le ministre de la sécurité, lui même, se montre ferme sur le principe. Il souligne que la sécurité intérieure du pays exige qu’on ne s’installe pas quand on veut et n’importe comment. Interrogé alors sur le cas de la SONATEL, accusée de s’être livrée à la corruption avec 2 millions d’euros, le ministre de la sécurité, Ousmane Camara affirme être bien placé et détenir aujourd’hui tous les éléments pour rejeter catégoriquement et en bloc ces allégations contre la société sénégalaise.
A suivre
MS
Source : Nouvelle Tribune
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