Guinée : L'ACHARNEMENT DE BOUBACAR YACINE DIALLO CONTRE '' L'OBSERVATEUR''
23 novembre 2005
La direction de ‘’L’observateur’’ a pris connaissance avec stupeur d’une décision du président du conseil national de la communication, Boubacar Yacine Diallo, par laquelle il lui adresse un « avertissement pour non recoupement et non respect du principe d’égalité de traitement entre les usagers des communications, notamment dans son article relatif au contentieux entre l’Etat et le groupe Futurelec… ».
Dans son communiqué, le président du CNC ne se contente pas de ‘’constater’’, ‘’d’avertir’’, mais va jusqu’à proférer des menaces : il « met en garde Tibou Kamara, directeur de publication de ‘’L’observateur ‘’contre toutes expressions et toutes qualifications dégradantes des personnes nommées ».
Cette décision est consécutive à une plainte formulée par le PDG de Futurelec contre notre journal. Cette dernière a été, à juste raison, rejetée par nous le jeudi 18 novembre dans l’après-midi dans les locaux du CNC - en présence de certains de ses membres -, car elle n’indiquait aucun grief précis.
Dès le lendemain, vendredi 19 novembre 2005, par une célérité extraordinaire, car nous doutons qu’en moins de 24 heures le CNC ait eu le temps de transmettre nos remarques comme nous l’avions exigé, et que le groupe Futurelec à son tour ait réagi. Qu’à cela ne tienne, nous avons demandé à la suite de la deuxième plainte le droit de réagir par courrier, afin que nous puissions, à notre tour, apporter des explications au nom du principe de la contradiction, du ‘’recoupement’’ qui semble si cher à l’actuel président du CNC.
En tout cas plus qu’il ne l’était pour le journaliste – éditorialiste Boubacar Yacine Diallo sur les ondes de la RTG et dans les colonnes de ‘’L’enquêteur’’. A l’époque, l’actuel président du CNC - toujours propriétaire du Journal ‘’ L’enquêteur’’, en violation flagrante de la loi ? – usait pourtant de façon régulière, dans ses différents éditoriaux, ‘’ d’expressions et qualifications dégradantes’’ à l’encontre de maintes personnalités du monde politique ou des affaires. Mamadou Sylla dont il veut défendre aujourd’hui l’image ; l’actuel Premier ministre Cellou Dalein Diallo ; le président de la Cour suprême Lamine Sidimé ; le président de l’Assemblée nationale Aboubacar Somparé ; le président du RPG, le professeur Alpha Condé ont été ses cibles. Il a dit de chacun, dans un libre - et souvent excessif – commentaire, ce qu’il a voulu. Sans le moindre recoupement. Une démarche qui aurait pourtant permis d’éviter la malheureuse affaire de publication de fausse information à propos d’une prétendue démission d’un officier supérieur de l’armée.
A la RTG, il s’est donné encore plus de liberté et de pouvoir. Dans les ‘’affaires Kaporo Rails et Alpha Condé’’, a-t-il été, un seul instant, guidé par le principe d’équité, par une quelconque ‘’égalité de traitement entre les usagers des communications’’ ? Voudrait-il aujourd’hui, alors qu’il est président du CNC, interdire à d’autres la liberté d’expression, le droit, en tant que journaliste, de relater des faits accablants pour certains de ses amis et protégés ?
Le directeur de publication de ‘’L’observateur’’ a été convoqué, plusieurs fois, par le président du CNC ou interpellé par lui à propos d’articles relatifs au ministre secrétaire général à la Présidence de la République, Fodé Bangoura, ou à son homologue des Postes et télécommunications, Jean-Claude Jacques Sultan,- pour ne citer que ceux-là. Des personnes dont il revendique ouvertement l’amitié.
Au demeurant, l’on peut se poser cette question : dans de telles conditions, Boubacar Yacine Diallo peut-il être juge et partie, alors que ses fonctions lui imposent la neutralité ? ‘’L’enquêteur’’, son journal, continue de paraître et défend ouvertement certains intérêts et positions qui révèlent un parti pris dont la décision contre notre organe n’est que le prolongement logique et évident.
En tout état de cause, la direction de ‘’L’observateur’’ déclare solennellement que les raisons de la décision du président du CNC sont à chercher ailleurs que dans les articles incriminés.
Aussi, tient-elle à prévenir qu’aucune pression, aucune intimidation, d’où qu’elle vienne , quel qu’en soit son auteur, n’aura raison de sa détermination à informer les Guinéens objectivement, honnêtement, notamment sur les faits et méfaits des personnalités jugées ‘’ intouchables’’, parce que jouissant de la protection de certains détenteurs du pouvoir d’Etat : ‘’ on ne peut cacher le soleil avec la main’’.
Tibou Kamara
Directeur de publication de ‘’ L’observateur’’
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