jeudi 24 avril 2008
La mort surprend les vivants, endeuille les membres de la famille et
accable les compagnons et les amis chaque fois qu’elle s’annonce. Il
est difficile de s’y faire, bien qu’elle soit l’événement
primordial, premier et final, de l’existence humaine. Elle mène, très
souvent dans la hâte, à un monde inconnu, sans doute éthéré et
magnifique.
C’est la tragédie dont les habitants de Kankan ont fait
l’expérience lundi 21 avril avec la mort subite d’al-Hajj Talibi Cissé,
inspecteur régional de l’éducation, leader local du Parti de l’unité
et du progrès, grand notable et dignitaire de la cité de Nabaya. Il
rentrait de l’inauguration d’une nouvelle école, quand son
véhicule, pour éviter un motard, se renversa dans un ravin. La transition de
vie à trépas est le plus rapide voyage sous les cieux.
Nous sommes meurtris et condamnés au silence, à la méditation.
C’est une occasion de rendre hommage à Dieu et de prier pour le défunt
et les siens qui l’ont précédé dans l’au-delà. Nous présentons
nos condoléances à sa famille qui est aussi la nôtre, à Hadja
Djinaba, son épouse et à leurs enfants.
Nous avons perdu un frère, rare et unique par ses nombreuses qualités
exceptionnelles. Talibi impressionnait par la force et la densité de
son caractère, son esprit de dévouement, de fermeté et de
jovialité. Il s’adonnait à son travail, à sa famille, à son clan et à sa
nation dans l’esprit de sacerdoce. Il prenait la vie au sérieux, mais
ne se prenait pas au sérieux.
Talibi Cissé se servait partout à merveille de son sens de l’humour
et de la plaisanterie pour créer la détente, dialoguer et
développer des relations sûres et productrices. Cet esprit de convivialité
clairvoyante qui se confond avec la tradition de sanankouya lui a donné
accès aux cercles des gens d’âges avancés et d’opinions variées.
Ainsi, on l’accueillait partout avec joie. Dans une région, une
communauté et une profession connues pour leur adhésion au parti de
l’opposition, le RPG, il a lutté, avec courage, conviction et
affabilité, pour l’implantation du parti du pouvoir, le PUP. Ses adversaires
le respectaient et l’admiraient. Il savait que la politique a pour but
de rassembler toutes les forces vives du pays, chacune avec son style
et sa couleur, dans le mouvement général pour le progrès national.
C’était la coutume de son père, le célèbre N’Fa-Ansoumana
Cissé, rappelons-le, du proverbial sèdè, groupe d’âge, de San-diyaya
qui a marqué la vie culturelle et sociale de Kankan et du monde
mandingue au début des années 1940. Son père cultivait la coexistence de la
modernité avec le respect des valeurs sûres d’antan. C’était
également la tradition de l’illustre grand marabout et chef Karammô
Talibi Kaba dont Cissé portait le nom. De celui-ci, il a hérité un
joyau. Il s’agit, bien sûr, de l’amour du savoir, coranique et
moderne, qui apporte la sagesse, du métier de l’enseignement qui ouvre
l’esprit des jeunes générations, conduit au développement de
l’individu et de la société, et qui prépare les conditions du salut
éternel.
Talibi Cissé a cherché le savoir avec détermination et constance en
Guinée au Sénégal et ailleurs pour exceller dans l’éducation de
la jeunesse, avenir de la nation. Il s’y est consacré intégralement
et honorablement. C’était sa vocation, son ministère. En incarnant
ces valeurs, il s’est avéré comme le sage partout où il a servi
l’école guinéenne, de la Guinée maritime à la Forêt.
Nous pleurons le départ soudain de ce frère, ami et compatriote de
talent et de qualité. La Guinée qui cherche à renouveler son école en
vue de la démocratie, de la croissance économique et de la
mondialisation va manquer l’engagement éclairé de cet éducateur, brillant,
discipliné et créatif. Kankan, la ville qu’il a aimée, a perdu un
fils, grand arbre dont l’ombrage couvrait l’agglomération, la
préfecture et la région. Que d’autres fils et filles prennent sa
relève pour que notre pays brille d’un éclat parmi les nations. Et alors,
mon frère Talibi Cissé reposera en paix.
Al-Hajj Lansiné Kaba , Professeur
Chicago, États-Unis.
Pour www.nlsguinee.com