dimanche 20 avril 2008
On peut ne pas aimer Cellou Dalein Diallo, on peut à tort ou à raison lui reprocher ses années de ministre au gouvernement Conté, sa latente déconfiture à la primature avant de se voir remercié par l’imprévisible général, mais on peut aussi reconnaître que le Cellou nouveau est arrivé. L’homme qui s’impose aujourd’hui au monde politique guinéen au point de faire ombrage aux éléphants de l’opposition guinéenne, vient de réaliser une OPA (plutôt hostile) sur l’UPR qu’il voulait de toutes ses forces dans sa stratégie de proposer une nouvelle donne à la Guinée. Le parti du défunt Siradiou Diallo vient de congédier son président, Bah Ousmane, réfractaire à la sérénade du prétendant Cellou, pour se préparer aux fiançailles avec L’UFDG, parti de la figure historique, Monsieur Bah Mamadou.
Les responsables du putsch contre l’aile intransigeant du parti se confondent en motifs pour justifier la mise à l’écart de celui qui présidait aux destinées du l’UPR depuis la disparition du très modéré Siradiou Diallo, ils prolongent le monologue jusqu’à l’invocation des textes qui régissent le parti, mais à quoi bon ! La politique est question de choix et de stratégie, d’opportunisme et de calcul ; l’opinion saisit aisément un tel revirement, car l’UPR ne pouvait et ne devait rester inactif face à la démobilisation de ses militants et au débauchage (ralliement, pour être sympa) de ses cadres par le bouillant et vitaminé UFDG. Maintenant que le capitaine contesté de UPR a été débarqué du navire, les objections au rapprochement semblent théoriquement levées, une étape nouvelle vient en effet de s’ouvrir sur le chemin enthousiasmant mais difficile de Monsieur Cellou Dallein. Pour convaincre la Guinée, il lui faudra sans doute faire plus de pédagogie dans son approche des questions actuelles, car il semble escamoter la pagaille qui couve au pays, dire les choses telles qu’elles sont et accepter de dialoguer sur les reproches à lui faits par ceux des guinéens à qui il inspire la méfiance du fait de sa participation au gouvernement Conté. Sans vouloir taxer l’UFDG d’ethniciser le débat car la question des partis ethniques est un fait intrinsèque à la politique guinéenne (et dont elle ne saurait se débarrasser qu’avec le temps), il faut souhaiter que l’ouverture de ce parti sous l’impulsion de son nouveau président se fasse plus large en sorte que la pluralité des talents et la diversité des origines l’emporte sur les velléités de sectarisme qui guettent indubitablement un tel projet.
Des alliances avec les forces progressistes de la place seraient elles aussi bienvenues, car la sclérose de l’alternance en Guinée trouve ses raisons, entre autres, dans le jusqu’au-boutisme des seigneurs prêts à sacrifier le rêve de toute une nation pour leur petite personne « le parti c’est moi ou personne, le président ce sera moi ou Conté ». En mettant la main sur l’UPR, l’UFDG a sans conteste gagné la bataille régionale, mais les élections présidentielles concernent toute la Guinée, en sorte que celui qui voudrait la présider se devra de porter un habit national qui lui sied au yeux des citoyens de tout bord et de toute tendances. Ce sera là le difficile travail assigné à Cellou Dallein s’il comptait (c’est apparent) se présenter au suffrage présidentiel, l’édifice du nouveau Cellou semble tenir, mais il faudra d’abord le débarrasser de ses échafaudages pour convaincre les guinéens de sa solidité. Les jeux sont ouverts, n’est-ce pas ?
Par Titi Sidibé
Correspondant de www.nlsguinee.com en Belgique.
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