dimanche 20 avril 2008
Invité vendredi 18 avril pour être entendu par le comité de suivi des accords tripartites sur le processus de redressement du pays, le Premier Ministre, Lansana Kouyaté a répondu à diverses questions dont plus houleuse fut celle de la nomination aux emplois civils.
Il lui était reproché, entre autres choses, de ne pas s’activer dans le processus de renouvellement de l’administration. Lansana Kouyaté, un peu tendu, saisira l’occasion pour en appeler aux présidents des institutions républicaines et aux syndicalistes : Moi je fais ce qui m’est demandé, je travaille sur des accords que vous avez signés, en réalité il est dit par décret que je nomme (par arrêté) aux emplois civils, mais sans aucune autre précision. Ainsi comment voulez-vous que je m’oppose à un décret alors que je coopère par arrêté ?
Le Premier Ministre insistera également sur l’impossibilité de renouveler toute une administration « nous travaillons avec les mêmes personnes, elles sont toujours là… »
L’incompréhension affichée par Lansana Kouyaté est simplement anecdotique d’une certaine pagaille juridique dans laquelle le pays est embourbé. En effet, comment s’attendre à ce que l’appareil d’Etat fonctionne normalement si l’on met entre parenthèses la constitution censée être la règle fondamentale? Si l’on instaure à la place de l’assemblée nationale un comité hétéroclite dont la légitimité (pas plus que celle de l’assemblée, j’en conviens) s’émousse au fil des bras de fer entre la tête et l’épaule de l’exécutif ? La démocratie que nous appelons de nos vœux fonctionne sur le modèle de la responsabilité politique : un gouvernement qui rend compte aux élus du peuple, un président qui révoque son premier ministre, mais l’improvisation dans la direction du pays ne saurait aboutir à une issue heureuse. Une telle configuration verra se retrancher dans leurs irresponsabilités tous les acteurs en attribuant aux autres ce qu’ils ont mal fait ou tout simplement ce qu’il n’ont pas pu assumer. Le temps serait à la prudence, parce que rien de bon ne semble jaillir du montage juridique concocté par les uns et les autres, la situation échappant à tout contrôle, il faudrait s’en remettre à Dieu, mais dieu n’a gouverné aucun pays.
Le Premier Ministre serait donc irréprochable parce qu’il ne ferait exécuter les accords obtenus aux prix de martyrs, les syndicalistes et autres participants au comités se seraient tout simplement fait doubler par les envoyés du président (représentant des institutions nommés par le présidents), une telle lecture manquerait de pertinence parce que rien ni personne n’oblige Lansana Kouyaté à demeurer premier Ministre, rien non plus n’empêcherait les participants au comité à réagir voir à tirer les conclusions face aux manœuvres du président. C’est aussi cela le danger des compromis, on ne saurait à la fois s’émanciper des prescrits de la loi et vouloir s’abriter sous ses auvents pour échapper à une quelconque canicule. Dans l’état des choses, le président Conté semble avoir le droit de son côté si tant est qu’il s’en est prévalu une seule fois pour soulager les peines du peuple, si ce n’était pour lui rire au nez.
Kouyaté a échoué, les syndicaliste se sont pris le pieds dans le tapis, Lansana Conté est plus que jamais renforcé, et c’est le peuple qui trinque, n’est-ce pas ?
Par Titi Sidibé
Correspondant de www.nlsguinee.com en Belgique.
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