vendredi 18 avril 2008
La cour d’appel de Conakry vient de recevoir les serments des membres de la commission d’enquête sur les événements de décembre 2006 et janvier 2007. La commission mixte composée de gendarmes et de policiers choisis pour leurs qualités professionnelles, aura pour charge de mettre en lumière les douloureux événements qu’a connus le pays pendant le soulèvement populaire qui avait conduit à l’érection d’u gouvernement dit de consensus suite aux accords tripartites. La commission nationale (et non internationale) d’enquête a promis d’œuvrer avec rigueur et transparence à la manifestation de la vérité, une vérité attendue tant par les familles de victimes que par l’opinion afin de soulager la souffrance des uns et de rassurer les autres sur la nécessité de ne plus laisser impunies les atteintes à la sûreté des citoyens.
Si la volonté de rechercher les auteurs des massacres de manifestants semble acquise, encore faudrait-il s’interroger sur les chances de succès d’une telle entreprise vu les faiblesses du collège d’enquêteurs du fait à la fois des questions soulevées par sa composition et sur son indépendance même par rapport l’appareil d’Etat. Comment en effet confier à des gendarmes (corps militaire par définition) et à des policiers (sûreté de l’Etat) le soin de retrouver les coupables de dérives totalitaires. Aussi, comment pourrait-on convaincre de l’apparente impartialité d’une telle commission quand on sait que l’essentiel de ceux qui avaient tiré sur la population l’avaient fait pour défendre le pouvoir ? Le libellé de la mission assignée aux enquêteurs semble élargir sinon orienter celle-ci sur des pistes plus larges, cela pourrait s’apparenter en la poursuite d’auteurs de faits isolés loin de l’appareil d’Etat, les pilleurs et autres brigands enrôlés dans les groupes de manifestants. Qu’en serait-il des vrais manifestants ayant été amenés à affronter les « forces de protection du régime ». Il serait cependant prématuré de préjuger de l’issue (si issue il y a) des enquêtes, mais en termes de justice la forme ne compte t-elle pas autant que le fond ?
Une commission d’enquête parlementaire ou militaire, puisqu’il est question de mort par balles, ne serait-elle pas plus adéquate, dans une telle hypothèse pourrait-on remonter l’échelle des responsabilités ou même des complicités au point d’inquiéter les vraies responsables ? Dire cela c’est quelque peu préjuger de la direction des enquêtes, bien sûr, mais il y a de fortes présomptions que l’on ne saurait taire par simple mesure de prudence, cela sonnerait faux, aux enquêteurs donc d’en relever les carences.
Dans l’hypothèse que la vérité se manifeste à la labeur de nos enquêteurs, l’opinion prendra acte d’une étape décisive dans l’édification d’un véritable Etat de droit en Guinée, c’est à espérer, mais les chances qu’une telle commission nous laisse sur notre faim sont plus grandes. Celles-ci pourraient se manifester, par exemple, par une longue procédure dont on finirait par se lasser, la justice aura manqué de célérité et cela n’aura pas un réel impact sur la cicatrisation du traumatisme vécu par le pays dans la chair de sa jeunesse.
Seule la recherche des vrais responsables des massacres soulagera les guinéens, car un semblant de justice qui ne prendrait pas la direction du « pouvoir restauré » fera œuvre de cirque et l’on dira tout ça pour ça ! De la poudre aux yeux, n’est-ce pas ?
Par Titi Sidibé
Correspondant de www.nlsguinee.com en Belgique.
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Pour www.nlsguinee.com