mercredi 16 avril 2008
La vague de réprobation de l’action du Premier Ministre, Lansana Kouyaté, est certes à la mesure des attentes portées à « l’homme providence » choisi par le peuple de Guinée pour achever sa révolution face l’anarchie qui gangrenait le pays, les critiques sont bienvenues lorsqu’elles tendent à améliorer notre visibilité sur les réels enjeux de notre temps, mais elles perdent de crédibilité lorsqu’elles sont excessives voire diligentées.
Les choses sont simples de ce point de vue, l’eau et l’électricité promises par le Premier Ministre n’arrivent toujours pas à atteindre les foyers, le niveau de vie du Guinéen moyen est lui aussi resté malmené malgré les appels du pieds de Monsieur Kouyaté. Dire cela me semble relever de l’objectivité journalistique voire citoyenne, c’est le propre des gouvernés de jauger les gouvernants, mais il est regrettable de verser dans une fusillade médiatique contre un homme dont le défaut le plus immédiat est d’être un mauvais politique : « promettre monts et merveilles » alors que le peuple ne voit que du vent.
En règle, la déontologie journalistique voire analytique se doit de prendre racine sur des faits en sorte que derrière chaque critique, derrière chaque position il soit, un tant soit peu, possible d’identifier la substance « une information basée sur des faits exacts et identifiables ». Enfin, soit… Il ne faudra pas se tromper, ce serait manquer une bonne occasion de laisser entrevoir l’évidence, Kouyaté a échoué parce qu’il n’a rien compris de la situation, mais ce serait trop bateau d’en faire une victime.
Le Premier Ministre a été nommé par le président de la république qui en assume, en règle, la responsabilité, à lui d’en tirer les conséquences s’il estimait que le second nommé n’est pas à même de remplir sa charge, ce serait logique bien que des contingences politiciennes vicient la bonne marche de l’ordonnancement politique en Guinée. La réalité c’est aussi cette « guéguerre » (titrait récemment un analyste) de succession symptomatique de la fin d’un système moribond, le temps presse, il faut se positionner pour occuper la place du calife. De cette façon les critiques raisonnables et nécessairement justifiées s’infusent de la malheureuse chasse à l’homme qui n’a pas sa place dans une démocratie, au point que l’on est en droit de se demander si Kouyaté n’aurait pas tué le Christ. Un peu de sérieux nous sortirait des pistes de départ partisanes cachées derrière des plumes complices (c’est parfois de bonne guère) prêtes à faire le travail, mais il fait un temps de guerre des successions qui emporte les ingrédients d’une désunion nationale. Fermer les yeux sur ce danger et rivaliser d’ardeur sur un antikouyataisme congénital nous éloignerait des vrais enjeux de notre temps, bâtir un véritable Etat démocratique aux antipodes de celui dont le Général Conté serait l’artisan (foutaise!).
A contrario, les ratés de Monsieur Kouyaté semblent ne pas apparaître aux yeux d’une certaine presse aux propos souvent effrayants et qui voit la verdure là où le bon sens verrait le désert, c’est d’autant plus grave qu’elle rend impossible tout crédit à ses comptes rendus même aux plus incontestables, celle-ci forme sans nul doute le versant, sinon l’adversaire, du tout sauf Kouyaté. De la guerre de succession on aboutirait à la guerre des sites, de la guéguerre ethnique on mêlerait la rivalité des animateurs de sites… ainsi s’éloigneraient les vrais débats tel que l’indispensable profession de vérité avant de festoyer autour d’une indépendance qui n’a pas encore dit son nom, et prendraient place l’image d’homme providentiel de Lansana Conté et celle de (fausse) victime de Lansana Kouyaté. L’information aura perdu en objectivité et l’analyse en pertinence, comme à chaque fois, c’est le peuple qui trinque et ce serait là le fâcheux détournement d’un outil destiné à vaincre les ténèbres et non à chasser les mauvais citoyens (la mesure un peu de retenue, s’il vous plaît).
La Guinée ne sortirait pas indemne de la collusion de certains de ses intellectuels avec les tentations ultramontaines d’un autre temps, il n’est un secret pour personne que la radicalité des positions engendre ce genre de confrontation, car il est dangereux de dresser une tribune dans quelle que colonne que ce soit pour une propagande en tenue de notable, tout comme il serait irresponsable d’apposer le sceau de la nation sur une entreprise à diffamer. Enfin, qu’il soit permis d’espérer que les lecteurs fassent le tri entre le bon grain et l’ivraie.
Par Titi Sidibé
Correspondant de www.nlsguinee.com en Belgique
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Pour www.nlsguinee.com