vendredi 11 avril 2008
L’Association des jeunes Guinéens de France (AJGF) remercie les ressortissants et les amis de la guinée pour leur participation à la marche qu’elle a organisée le samedi 5 avril 2008. Malgré la pluie, ils sont venus nombreux pour réclamer la justice. Certain y ont vu un signe de compassion exprimé par le ciel en versant des fines larmes de pluie avant et après la marche.
Cette marche silencieuse et pacifique est organisée pour rendre un hommage à la mémoire d’Ibrahima Sylla. La marche a eu lieu de la place du Victor Hugo à la place du Paraguay, un parcours de deux kilomètres. Le rassemblement de la communauté a commencé à 15h00 et la marche à 15h45.
Arrivé à destination, la parole a été donnée à des personnes pour exprimer leur colère pour les uns et leurs témoignages pour les autres. C’est ainsi que Abdoul Karim Baldé, président de l’AJGF a tenu un discours (discours ci-dessous) dans lequel il a exigé la poursuite de l’enquête afin de traduire devant un tribunal les criminels d’Ibrahima Sylla.
Monsieur Keita, camarade d’école d’Ibrahima Sylla a fait un témoignage très émouvant de leur enfance. Monsieurs Cissé Campbell et Amadou Oury Bah respectivement président de la Coordination des Associations Guinéennes de France (CAGF) et président de l’association des étudiants du Havre ont intervenu pour exprimer leur colère et appeler à l’unité et à la solidarité entre les Guinéens. Après les interventions, une minute de silence a été observée et une prière effectuée pour implorer le pardon à Allah.
Puis une délégation formée de six personnes a été envoyée à l’ambassade de Guinée pour à la fois déposer une gerbe de fleurs et exposer des doléances aux autorités guinéennes de Paris afin qu’elles fassent le nécessaire pour retrouver les assassins. Après une discussion de 45 minutes, la délégation revient et fait un compte rendu de la rencontre qu’elle vient d’avoir avec les autorités de l’ambassade. Il faudra retenir que les autorités ont promis d’engager un avocat sur cette affaire afin que l’enquête aboutisse. Cette promesse a rassuré la communauté et a aussi suscité de l’espoir de connaître enfin la vérité.
Vers 18h10, la foule s’est dispersée dans le calme avec la conscience d’avoir accompli son devoir.
Voir les photos de la marche : http://picasaweb.google.fr/ajgf.info/HommageIbrahimaSylla
Discours du président de l’AJGF :
Hommage à Ibrahima Sylla
Chers compatriotes,
Chers amis,
Chers membres et sympathisants de l’AJGF,
Nous sommes réunis aujourd’hui pour rendre un hommage à notre compatriote Ibrahima Sylla -que son âme repose en paix-, disparu il y a un an. Nous sommes ici pour exprimer à la fois notre douleur et notre colère. Notre douleur vient des circonstances atroces de son assassinat. Et la colère de l’inertie de la justice. A travers cette journée, nous souhaitons rompre avec le silence complice et empêcher l’oubli.
Ibrahima Sylla, c’est à ta mémoire que nous organisons cette marche. Il y a à peine un an, tu étais parmi nous et avec nous dans ce pays d’accueil, loin du bercail.
Car après ton baccalauréat, ta famille t’avait envoyé en France pour poursuivre tes études supérieures. Tu avais quitté toute ta famille, ton père, ta mère, ta femme ainsi que ton sol natal.
Tu étais venu en France avec plein d’ambitions et de motivation et avec la ferme intention de rentrer en Guinée une fois tes diplômes en poche.
Brillamment, tu avais réussi tes deux premières années d’études sanctionnées par l’obtention du diplôme Deug MIAS. Fier de ce succès et sur la même lancée, tu avais entamé la licence. C’est au cours de cette année que des criminels t’avaient sauvagement assassiné.
Tes professeurs, tes amis de Marseille, tes camarades de l’Université Gamal Abdel Nasser de Conakry gardent de bons souvenirs de toi. Tous, ils disent que tu étais un étudiant sérieux, curieux, intelligent et sociable.
Il y a un an déjà, le destin t'avait enlevé à nous et nous avait privé de ta présence pour toujours. Tu avais une vingtaine d’années et toute la vie devant toi. Malheureusement, des lâches en ont décidé autrement, et à cause de leur acte criminel, tu n’as pas vu la naissance de ta fille Mouminatou.
Tu ne la verras ni grandir, ni ses premiers pas, ni ses premiers mots. Sans aucun doute, tu serais un bon papa comme tu étais un digne fils du pays. Tu ne seras plus là pour les fêtes de famille, ni pour les retrouvailles avec tes meilleurs amis.
Tu étais l’aîné et l’espoir de la famille. Tu étais l’exemple à suivre pour tes jeunes frères et jeunes sœurs.
Comme des milliers d’étudiants, tu avais un petit job étudiant. Ce job te permettait de vivre et de financer tes études. La nuit du 1er avril 2007, tu revenais tranquillement de ton travail. Tu avais croisé sur ton chemin des criminels sans foi, ni loi qui t’ont ôté la vie. Tu es la victime d’une bande de barbares.
La mort est une grande épreuve surtout quand il s'agit du départ d'un être aimé. Ton père et ta femme sont venus en France pour affronter cette dure épreuve. Par leurs oreilles, ils ont entendu les circonstances de ta mort. Par leurs yeux, ils ont vu le lieu où on t’avait assassiné. Tes amis leur ont tout raconté. Malgré les macabres descriptions, ton père et ta femme ont supporté le choc avec beaucoup de dignité. Qu’on te le dise; ils ont même rapatrié ton corps à Kindia.
Un an après, les assassins courent toujours dans la nature. C’est avec beaucoup de frustration et d’amertume que nous constatons que tous les moyens ne sont pas mis en oeuvre pour les retrouver. Nous condamnons ce laxisme! Nous exigeons la vérité! Nous n'avons pas de mots assez forts pour exprimer notre colère.
Avec force, nous dénonçons le silence assourdissant des autorités guinéennes et françaises sur un dossier criminel aussi grave. Nous les invitons à prendre leurs responsabilités pour que les criminels soient traduits devant la justice. Nous rappelons aux autorités guinéennes que la défense de la communauté guinéenne doit être leurs premières préoccupations. Nous espérons que notre appel sera entendu et suivi d’actes concrets.
Notre pensée va également à notre sœur Katoucha Niane qui est décédée dans des circonstances non encore élucidées. Nous exigeons aussi que la lumière soit faite sur ce décès.
Nous souhaitons que la sympathie que nous avons témoignée à ta famille puisse leur procurer du réconfort comme ils ont pu nous en procurer en retour. Les signes que nous faisons sont un vibrant hommage pour toi.
Tu avais quitté la terre pour le paradis, en laissant derrière toi tout un tas d'amis. Et nous pensons à toi ici-bas. Malgré nos pleurs, tu auras toujours une place dans nôtre coeur.
Tu es dans nos vies. Que Dieu t’accueille dans son paradis !
Amen !
Par AJGF Info
E-mail : ajgf_info@yahoo.fr
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