lundi 07 avril 2008
Monsieur le premier Ministre de la République de Guinée, le 3 avril 1984 vient d’être célébré par ceux d’entre nous qui n’ont pas vu de différence notable entre la philosophie prônée par les colonels au lendemain de la prise de pouvoir par l’armée et le précipice des 24 années qui ont suivi ce jour évidemment historique.
Il faut saluer l’ouverture d’un certain dialogue quand bien même il se fait sur internet, les guinéens n’ont pas tous la même lecture de leur histoire, c’est un fait, mais les guinéens échangent aujourd’hui sur les enjeux de leur pays. Dieu soit loué !
Mais à un moment donné un dialogue de sourd entre gens qui ne s’écoutent pas est si malheureux que l’intervention d’un autre acteur s’avère indispensable, une autorité (politique) qui ferait œuvre de pacificateur lorsque les tensions citoyennes touchent à la viabilité même de la nation serait salutaire. C’est le propre d’un gouvernement de veiller à l’intérêt général et d’arbitrer la confrontation des différends des particuliers (même pris collectivement) dès lors qu’ils concourent à une reconnaissance officielle de leurs statuts antagonistes.
Monsieur Kouyaté, vous ne devriez pas laisser les guinéens aller à la fête du 2 octobre sans saisir l’occasion d’exhorter la reconnaissance de la vérité et non de forcer à la créer de toute pièce. Non, Monsieur le Premier ministre, le pardon et l’oubli ne pourraient être imposés là où la justice et l’équité ne sont guère sollicitées. Il est encore temps de s’asseoir sous l’arbre à palabre, d’arrêter un instant le train de la réhabilitation pour faire face à l’histoire de ce pays dont vous tenez aujourd’hui, grâce à un élan populaire, la corde sensible. Vous êtes le choix du peuple, le 2 octobre « an 50 » ne saurait être une fête nationale que si tous y sont conviés, que si tous y sont reconnus, victimes comme coupables, innocents comme complices.
Les plaies de la Guinée sont encore béantes, le repentir devrait précéder le pardon, l’unité nationale et la réconciliation ; les chantres de la cohésion nationale (chantée en longueur de journée) dont le président de l’assemblée nationale figure en première place ne peuvent ignorer des milliers de victimes innocents d’un régime qui leur a blessé l’âme. Ce n’est pas rendre justice que de travailler au maquillage permanent et à museler ceux qui savent encore dire là où ils ont mal (justice should not only be done, but should be seen to be done) car il est désespéré de s’attendre à ce que tout un peuple se résigne à « collaborer » à une amnésie concertée. Tenez comme cela est possible, la presse nationale faisait l’écho, il y quelques semaines, d’une rencontre entre le fils de Sekou Touré et celui de Telli Diallo… La véritable paix hypothéquée contre notre devise nationale (qui serait la paix de Conté) ne viendrait pas perturber le véritable cours de l’histoire rebelle aux oeuvrettes des véritables historiens officiels, l’histoire n’appartiendrait pas forcément à celui qui l’écrit.
Monsieur Kouyaté, vous n’êtes pas le premier ministre de Lansana Conté, mais celui de la Guinée, ( probablement le seul car les autres ne furent que celui de Lansana Conté et n’ont jamais réussi leur changement de statut) de tous les guinéens, nous vous saurons tellement reconnaissants d’amener les guinéens à se parler en acceptant (pour les plus radicaux) de rompre avec l’idéologie du vide des 24 dernières années, celle qui veut que la vérité sorte de l’humeur d’un seul homme, d’un seul clan.
En ce moment-là, convenez que Sekou Touré ne sera plus contesté comme étant le (l’un des) père(s) de l’indépendance de la Guinée, comme étant le défenseur de l’identité africaine et le soldat de l’émancipation des peuples, tout comme il ne sera plus interdit que la bourka du négationnisme affligeant soit levée sur la vérité due aux victimes (trop nombreuses) de la brutalité du premier cité. Il n’y avait pas de victimes virtuelle de la diète noire, mais des hommes et femmes en chair et en os broyés par une machine impitoyable et infamante..
Monsieur le premier Ministre, lorsque des stèles seront dressées pour les victimes du régime reconnues de Sékou Touré, lorsque les veuves de nombreux de nos compatriotes auront vu les tombes (ou fausses communes) de leurs maris et fait leur deuils officiellement reconnus à l’issue d’une procédure dont je vous laisse la formule, alors nous irons faire la fête, nous irons célébrer les 50 années d’indépendance de notre chère et apaisée patrie. Nous irons, au demeurant, faire la fête chacun à sa place sous le drapeau tricolore trop longtemps souillé mais désormais « réhabilité » pour toute la nation.
Ainsi nous aurons célébré l’union retrouvée et aurons mis fin au face-à-face ethnique trop longtemps ignoré par le conformisme dont nous avons fini par avoir le génie
A l’inverse, Monsieur le Premier ministre, si nous continuons le désespéré chemin de la réhabilitation, nous aurons à faire la fête avec une partie de la Guinée, l’autre y sera absente parce que ce serait le comble de l’injustice de lui imposer une fête alors que le cœur n’y est point. Ce sera la fête de la pensée unique, la Guinée aura ainsi perdu une belle occasion de se présenter à la face du monde sous son meilleur jour, ce sera une partie de la Guinée contre l’autre. Mais vous, excellence, vous êtes notre Premier ministre à tous, j’ose espérer que vous êtes à même de consoler chaque citoyen, voyons, chacun de vos concitoyens. Et c’est bien plus au citoyen que je m’adresse, un citoyen parmi les autres dont le cœur ne saura être à la fête alors qu’une partie de ces congénères croupissent humiliée dans une injustice qui n’a que trop duré.
Tenez, un appel citoyen !
Par Titi Sidibé
Pour www.nlsguinee.com