jeudi 03 avril 2008
M. Pathé Diallo, l’homme qui a fièrement renoncé à sa casquette de policier pour le micro au service du ballon rond nous quitté à l’âge de 73 ans.
Funestes semaines pour la Guinée qui a perdu successivement Pathé Diallo, Kadiatou Niane (Katoucha) et Jean Claude Diallo, ancien ministre et Maire Adjoint de Francfort (Allemagne) Décédé le 21 mars, ce dernier fut inhumé le 28. Soit 2 jours avant Pathé Diallo.
Des personnalités qui ont apporté, chacune à sa manière, sa contribution au rayonnement international de notre pays !
Je voudrais ajouter ma modeste contribution à l’hommage qui a été rendu aux uns et aux autres par d’innombrables compatriotes. Cependant, pour éviter les redites, je limiterai mon propos à Pathé Diallo.
L’homme avait la voix rauque, comme si elle était enrouée. Mais que n’a- t- elle fait vibrer les stades, galvaniser les joueurs et enflammer les auditeurs. Elle a bercé des générations entières de guinéens par sa mélodie et la mystérieuse force qui s’y dégageait. J’en suis sûr qu’elle continuera de le faire de là- haut !
Ses cordes vocales ont fait exploser de joie les supporters du stade du 28 septembre. Les guinéens ont intensément vécu, grâce à sa voix inimitable, ce qui se passait dans les stades de Surulere (Lagos) ; de Zamalec ; d’Amadou Ahidjo ; d’Ismaïlia Stadium et bien d’autres.
Les gens de ma génération et bien avant, tout comme les plus jeunes d’entre- nous, ont eu l’oreille scotché à une radio, les yeux rivés à un écran dans les cafés, les bars, les rues, les balcons, les maquis ; dans les lieux les plus insolites et les plus huppés de Conakry, Mamou, Lola, Kankan, Boké etc. à l’écoute des cris et des hourras de Pathé Diallo annonçant un but, une victoire ou un défaite.
Proche ou lointaine, la magie de la technologie aidant, la rhétorique footballistique qu’il maîtrisait plus que quiconque, a réchauffé le cœur des guinéens longtemps refroidi par la dictature d’une certaine époque.
Aidé en cela par d’autres figures, qu’il vient hélas de rejoindre : Kabiné Kouyaté, l’enfant de Kimbéli (Mamou) et Aboubacar Kanté, Pathé savait maintenir l’haleine de tout un peuple. Qui ne se souvient des commentaires en duo, parfois en trio de Kabiné Kouyaté, Aboubacar Kanté, Gaoussou Diaby et Pathé Diallo ? Alignez- les et formez le duo que vous voudrez, le résultat est le même ! De la voix, du tonus, de la maîtrise et de la gaieté. Tout cela, pour le bonheur des supporters et d’un peuple à une époque où le football était l’une des rares activités permises en Guinée.
Pathé Diallo était de tous les stades. Durant plus d’un demi- siècle, il a côtoyé toutes les équipes guinéennes, africaines et mondiales. Dès les années soixante, il s’engagea auprès du Club de Conakry 2 qui gagnera le championnat national en1966, 1967 et 1968 avant de porter le nom de Hafia vers 1970. Il ne le quittera plus jamais.
Avec ses confrères, il était présent en 1972, à Kampala lors de la première victoire de la Coupe d’Afrique des clubs par le Hafia contre le Simba FC (3-2). Mais aussi en 1975 à Lagos, au doublé (2-1) contre la vaillante équipe du Nigeria : les Enugu Rangers.
L’épopée du Hafia qui culmina au stade du 28 septembre par la victoire contre le Hearts Of Oak du Ghana (3- 2) en 1977 fit résonner sa voix comme elle ne l’avait jamais été. Le Hafia venait de se consacrer Triple Champion d’Afrique et devenait en même temps le premier club continental à obtenir ce titre. Pathé y était donc et sera de toutes les autres compétitions post- soixante- dix- sept.
Tel fut le cas en 1976 à Alger lors du match mémorable contre le Mouloudia Club. La défaite 3- 0 donna lieu à une accusation de trahison et conduit à une déposition par laquelle les joueurs devaient expliquer les raisons de ce « score contre- révolutionnaire. » Elle servira également d’alibi qui enclencha le complot peul en y mêlant les noms de Telly Diallo et de certaines autorités sportives. Pathé, par la grâce de Dieu échappera aux purges. Ainsi, commentera- t- il la finale de 1978 contre le Canon de Yaoundé et nous donnera des larmes aux yeux en annonçant la défaite de 2- 0.
Ce rappel appuyé des empreintes que Pathé Diallo a imprimées au journalisme sportif à travers le Hafia ne doit pas oblitérer son omniprésence dans les compétitions du Syli National à la Coupe D’afrique des Nations. C’est le cas en 1976 lorsque la Guinée a été finaliste contre le Maroc (1 -1) en Ethiopie et battue à la différence des points. On se souvient que Aliou Kéita, N’Jo Léa s’offrit à l’occasion un palmarès de 4 buts qui le plaça au rang des plus grands comme l’ivoirien Laurent Pokou (8 buts) ; le zambien Malamba Ndaye (9buts) ; le malien Cheick Kéita (4). Cela bien avant les Roger Milla (4 buts en 1988) et autres Samuel Eto’o (5) etc.
Pathé était donc aux côtés du Hafia et du Syli lors des matches contre le TP Mazembé ; l’Asante Kotoko de Kumasi; L’ASEC d’Abidjan ; le Zamalek du Caire ; le Cara de Brazzaville etc. Avec ses confrères, il nous égayait en rapportant de vive voix (bien avant la télévision) les exploits d’Ibrahima Sory Camara, allias Petit Sory, Papa Camara, Thiam Ousmane Tolo ; Mamadou Aliou N’Jo Léa ; Ibrahima Kandia (504 ou Monsieur but) OU Morciré Camara…
Bien sûr, je n’aurais rien dit si j’oubliais les bolides de Souleymane Chérif, le ballon d’Or guinéen. Enfin, qui saurait passer sous silence la voix de Pathé Diallo décrivant les arrêts spectaculaires et semi- divins de Sylla Moriba ?
L’histoire de Pathé Diallo résume en elle seule l’épopée du football guinéen de ses débuts dans les années soixante à nos jours. Un seul mot peut symboliser ce que nous pouvons ressentir par sa perte : Hommage !
Nous lui rendons tout l’hommage qu’il mérite. A lui et à tous ceux qui ont consacré leur vie à la culture et au sport guinéen !
J’adresse personnellement toutes mes condoléances à sa famille, à ses amis et au-delà. Mais aussi, aux anciens du Hafia et du Syli National qui sont, j’en suis sûr, durement éplorés.
Je terminerai par m’adresser à l’un de ses amis, M. Gaoussou Diaby, en lui souhaitant de rester le plus longtemps possible parmi nous !
Pathé, tu n’es que parti ! Tu survivras dans nos cœurs tout comme d’autres qui ont voué leur vie à notre pays ! Repose en paix !
ParLamarana Petty Diallo
Professeur de Lettres- Histoire, France
lamaranapetty@yahoo.fr
Pour www.nlsguinee.com