dimanche 23 mars 2008
La Guinée retient son souffle et vit dans l’attente de la réaction du Président de la République, qui n’avait pas été consulté sur le pourquoi du comment de ce qu’il est convenu d’appeler : l’affaire Chantal Cole.
Que va-t-il se passer maintenant qu’il est au courant de la dernière cabale de son PM, dit de consensus ?
Ce dernier aura-t-il le courage de l’affrontement direct ?
Va-t-il en appeler aux syndicats ou jouer sur la date butoir de la suspension de la grève fixée au 31 mars, mais contre qui ?
Se dédouanera-t-il à nouveau sur le dos de son ministre de l’Intérieur ?
Acceptera-il le retour «forcé» de Chantal Cole ?
Mettra-t-il sa démission dans la balance, s’il devait être à nouveau humilié, à la face de ses alliés-Présidents de la sous-région ? A ce propos, la politique guinéenne et l’avenir du pays se passent en Guinée, et nulle part ailleurs. Aucune autorité morale, religieuse, militaire ou financière ne viendra poser des diktats à la Guinée.
Ceci dit, autant de questions sans réponses se posent dans l’immédiat ! Mais une chose reste sure, accepter cette expulsion serait la porte ouverte à toutes les futures déchéances de la nationalité, pour plus du quart de la population guinéenne.
La plupart des Guinéens ayant vécu à l’étranger, ont été obligés de changer de nationalité ou de prendre la double nationalité, ne seraient-ce que pour leur sécurité ou pour régulariser leur situation administrative.
Accepter la déchéance de Chantal Cole sur la base de la couleur de sa peau ou de son origine française, serait la continuité d’autres déchéances demain. Je veux parler des contestataires, des Guinéens dits de l’extérieur, des Guinéens naturalisés et des opposants, en particulier.
En dehors du PM et de ses thuriféraires, qui pourrait dire qu’il y a l’eau et l’électricité en Guinée ? La crainte d’un soulèvement populaire lors de la dernière CAN semblerait déjà loin.
En l’espace d’une année, le PM n’a-t-il pas battu le record de tous les anciens 1ers ministres confondus ? Ceux qui sont sur le terrain ne disent-ils pas que c’est pire que par le passé ? Le cours des changes et le taux d’inflation à la «guinéenne» n’expliquent pas tout. Le ministre des finances pourrait-il faire un parallèle du panier de la ménagère sur la durée ?
Une expulsion s’applique à un étranger en situation irrégulière ou suite à une menace contre la sécurité intérieure. Mais cette procédure ne pourrait s’appliquer à une Guinéenne, née en Guinée, dont les parents et les grands parents ont été des acteurs de premier plan de l’histoire politique de notre pays.
Cette femme, quel que soit ce qui pourrait lui être reproché dans ses relations avec le régime en place, a parfaitement le droit de critiquer les actions gouvernementales, du fait de sa qualité de guinéenne, qui contribue au développement de son pays, par la création concrète de plusieurs centaines d’emplois, voire des milliers. Qui dit mieux ?
Quelques voix se sont élevées pour dénoncer cette situation inique, sans obtenir l’écho qui se devrait.
Le PM vient de montrer, encore une fois, la facette d’un dictateur potentiel, si nous le laissions s’emparer d’un pouvoir qu’il croirait définitivement acquis ou vacant.
Le Président de la République ne devrait pas avaliser cette expulsion, et précipiter le départ du PM et de son ministre de l’Intérieur, qui se croyaient face à un vide institutionnel, juridique ou la fin d’un pouvoir.
Par El Hadj Soumah
Paris - France
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