Afrique : Quand les peuples africains choisiraient-ils librement leurs Présidents?
14 novembre 2005
À l’heure où les yeux sont rivés sur les images des insurrections des jeunes des banlieues en France, l’élection présidentielle au Libéria passe inaperçu.
Elle oppose la célèbre vedette de football George Weah, 39 ans, enfant de bidonville de Monrovia (comme l’était Thuram le footbaleur français, cette autre «racaille» qui affirmait avec fierté à France télévision ses origines de banlieue) et Madame Mme Ellen Johnson-Sirleaf, 66 ans, ex-administrateur de la Banque mondiale et ex-ministre des Finances du Libéria.
Naturellement, la majorité de laissés pour compte, les victimes de guerre civile de rapine et impérialistes et surtout ces jeunes orphelins de guerres et des bidonvilles, sont enthousiasmés de voir un de leurs, George Weah, arrivé à la magistrature suprême car il représente un symbole du Libéria d’en bas et comprendrait mieux leurs problèmes.
Cependant, hélas, on a constaté un matraquage de cerveaux et pression médiatique pendant les semaines qui ont précédé ce deuxième tour. Les médias occidentaux au service du capital, de la bourgeoisie, de l’impérialisme, avaient déjà autoproclamé Mme Ellen Johnson-Sirleaf, vainqueur, alors que la majorité de la population ne jurait qu’au nom de George Weah, enfant du peuple.
La machine bien éprouvée à fabriquer les opinions, celle de la manipulation et à frauder, toujours au service des puissances impérialistes et des institutions financières internationales (BM, FMI, tournait déjà à plein régime lors des différentes élections dans les pays d’Afrique. Elle n’a pas du mal a imposé sa candidate au Peuple du Libéria.
C’est ainsi que dès vendredi soir, 11 novembre au moment où les résultats de tous les bureaux de vote n’ont pas encore transmis à la Commission Nationale Electorale (NEC), que l’on nous annonçait déjà la victoire de la candidate de la BM, Mme Ellen Johnson-Sirleaf, qui était créditée de 59,4% contre 40,6% George Weah.
«Le Congrès pour le changement démocratique (CDC), le parti de Weah a envoyé le vendredi 11 novembre, une demande écrite à la Cour suprême pour que le dépouillement du second tour soit arrêté», a déclaré aux journalistes Steve Kweah, le porte-parole du CDC.
«Le CDC persiste à rejeter les résultats de ces élections. Ils sont entachés par la fraude et nous soutenons que ce scrutin n’a pas été libre et transparent «Nous continuerons à travailler par les voies légales, avec la Commission Nationale Electorale (NEC) et avec les tribunaux », a ajouté Steve Kweah.
George Weah a appelé à des manifestations pacifiques vendredi à Monrovia et dans tout le pays «pour protester contre la façon dont l’élection a été organisée ».
Face aux gouverneurs délégués que l’impérialisme voudrait toujours imposer aux Peuples africains, les victimes, excédées n’auraient pas d’autres alternatives que d’abandonner les manifestations pacifiques, souvent non concluantes pour recourir à l’usage de la force pour se faire justice et arracher leur victoire. C’est la légitime défense.
Avec une certaine crédulité, d’aucuns reprenaient à leur compte l’argument injurieux et subtilement distillé selon lequel la politique n’est «pas compatible avec les muscles» en évoquant le lauréat du «Ballon d'or», Georges Weah, le disqualifiant pour la course à la magistrature suprême. En revanche, pour Mme Sirleaf, des éloges pleuvaient : son côté intellectuel d’ancienne économiste formée à la célèbre Université de Harvard aux USA et ancienne gouverneur de la BM étaient largement vantés et servis à satiété.
L’histoire contemporaine de l’Afrique démontre que les capacités ou l’aptitude d’un dirigeant à la bonne gouvernance ou mieux encore son degré de bâtisseur du pays, de défendre les intérêts des peuples ne sont pas toujours synonymes du niveau de diplômes universitaires accumulés, lesquels seraient parfois décernés dans des conditions politiques douteuses aux futurs délégués des officines impérialistes, qui serviront les intérêts de ces puissances étrangères.
N’a t-on pas vu certains de ces valets, partis en Europe, avec des diplômes de base non requis et rentrés en un temps record en Afrique avec des diplômes universitaires très élevés et leurs biographies peaufinés pour la circonstance par cette même presse bourgeoise afin de les imposer à nos peuples? Ces pseudos intellectuels ont plutôt servi les intérêts des multinationales. Leur bilan est sans appel : la déchéance de nos états. Non, cette imposture intellectuelle est démasquée!
Mieux encore, nombre de grands dirigeants africains, nationalistes, progressistes et mécènes du développement n’ont pas été systématiquement bardés de diplômes universitaires. C’est le cas de Lumumba, Sankara, Ghadafi, Sékou Touré, Ngouabi, Boumedienne, Mugabé …, qui laisseront à jamais leurs noms dans le panthéon de l’histoire de l’Afrique anti-impérialiste et combattante.
L’Afrique doit choisir ses propres dirigeants selon les critères qui sont les nôtres. Nos Gouvernants doivent être nationalistes, c’est à dire défendre bec et ongle les intérêts de nos peuples contre la prédation des impérialistes, renforcer l’Union africaine par une intégration économique socialiste, militaire et politique, permettant de résister à la domination des puissances étrangères occidentales et du capitalisme.
Les deux élections à venir dans le pré-carré français au Burkina et au Gabon, les 13 et 27 novembre, respectivement, seraient un test qui confirmerait la volonté des puissances impérialistes d’imposer à nos peuples leurs délégués.
Ceux qui sont nationalistes et démocratiquement élus comme ce fut le cas de Gbagbo en Côte-d’Ivoire, par leurs peuples, (et ce malgré l’arsenal militaire, financier et politique mis à la disposition de leurs adversaires par la Françafrique), sont soumis à des tentatives de coups d’état, des guerres de déstabilisation afin de les soumettre.
Il est de notoriété publique que si le Président Gbagbo n’avait pas une assise populaire, il serait bien avant la fin de son mandat éjecté de la magistrature suprême voire assassiné.
C’est aussi le cas du Président nationaliste Robert Mugabé du Zimbabwe qui après l’expropriation des terres de la minorité blanche britannique, est soumis à un embargo économique des puissances impérialistes.
Rappelons que le «crime» du Président Robert Mugabé Harare est d’avoir oser appliquer la réforme agraire: la redistribution des terres monopolisées par les fermiers blancs depuis la colonisation à la majorité des paysans noirs.
En effet, 4000 fermiers blancs, dont les terres avaient été conquises un siècle plus tôt par les colons, possèdent 70 % des terres les plus fertiles contre 30% restantes pour environs 12 millions d’habitants.
Cette même injustice coloniale se retrouve en Afrique du Sud et en Namibie : Les noirs d'Afrique du Sud qui représentent 75% de la population, possèdent 25% de la terre et en Namibie, 4 000 blancs possèdent 44% du total.
Face à ce nationalisme du Président Mugabé, on comprend la hargne et la furie guerrière des impérialistes. Il était donc prévisible que les Occidentaux, à l’unanimité, récusent le résultat de l’élection, dont M. Mugabe est sorti vainqueur le 11 mars 2002 avec 56,2 % des voix, contre 41% à M. Morgan Tsvangirai, responsable du Mouvement pour le changement démocratique(MCD) et Candidat malheureux de l’occident.
Les peuples de la Françafrique et notamment celui du Tchad est victime des hold-up électoraux chroniques (en 1996 et 2001) où le candidat de l’extérieur, celui des impérialistes, en l’occurrence, le Général-Président Idriss Déby, est maintenu au pouvoir depuis 15 années. Son palmarès n’est qu’un chapelet de misères: la première place au Tchad pour la compétition entre pays les plus corrompus selon le classement de Transparency International d’octobre 2005, 173ème rang parmi les 177 pays les plus pauvres, selon le dernier indice de développement humain des Nations Unies et ce malgré les informations recueillies sur un site de la Banque mondiale, en septembre 2005, selon laquelle l’exploitation pétrolière commencée en 2003, avait rapporté au Tchad 306 millions de dollars de recettes brutes et le pays avait exporté 118 millions de barils depuis le début de la production et enfin avec la bénédiction et sous l’œil vigilant des ces pays impérialistes «démocratiques», notamment de la France, le dictateur Général-Président Idriss Déby a raccourci plus de 25.000 tchadiens selon les rapports des ADH en 15 ans de terreur nazie.
Les semaines à venir lèveraient un coin du voile sur la politique économique de Madame Ellen Johnson-Sirleaf. Défendrait-elle les intérêts du peuple ou ceux des multinationales qui continuent à piller en toute quiétude les ressources naturelles (bois, or, diamant…) du Libéria même pendant cette période de guerre?
Mettrait-elle en œuvre la politique criminelle des institutions financières internationales (BM et FMI), dans lesquelles elle a été forgée et notamment la politique d’ajustement structurel (PAS) qui impose aux gouvernements de pays africains la réduction des dépenses publiques dans les secteurs vitaux de la santé et de l’éducation, par la réduction de la masse salariale résultant de la radiation des fonctions publiques des cadres de la santé et des enseignants.
La PAS a ainsi accéléré la croissance de la misère compromettant le développement du Continent noir qui devrait s’appuyer sur ces deux secteurs fondamentaux du facteur humain.
La volonté manifeste des impérialistes et de leurs officines, les multinationales capitalistes, de soumettre et d’exploiter pour l’éternité notre continent est manifeste.
Seules les luttes radicales, guidées par une conscience révolutionnaire socialiste, permettraient de choisir nos propres dirigeants selon nos intérêts. La libération effective de l’Afrique, pillée, bafouée et humiliée depuis la traite négrière qui a duré 4 siècles (du XVe au XIXe siècle et qui a touché environs 100 millions d’Africains) à nos jours, appartiendra alors au domaine du passé. L’histoire du Continent noir, reprendra son cours normal, celui de ses périodes fastes des Pharaons d’ Egypte, de Tombouctou au Mali ou du Royaume de Monomotapa au Zimbabwe de Robert Mugabé.
M. LEY-NGARDIGAL Djimadoum
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