jeudi 20 mars 2008
Un fait qui ne cesse d’être fâcheux reste le regard des pouvoirs publics sur nos hommes du savoir. Le décideur guinéen a toujours maille à partir avec les hommes qui le contrarient. Ces hommes au pouvoir oublient toujours que de nos jours, la politique est plus un combat d’idées que de personnes.
En Guinée, on n’a jamais cessé de sacrifier l’élite classique au profit d’une « autre » politico-idéologique, ou même l’attirer dans un piège où l’entourage est d’un tout autre niveau et état d’esprit, créant ainsi une situation où l’échec est le seul choix.
Avec une telle politique d’affaiblissement de l’intelligentsia, qui fera avancer les hommes, les initiatives et le pays ? Il est vrai que partout où les hommes s’assemblent, les contractions sont susceptibles de naître, mais il y a un ensemble de voies et moyens pour utiliser une personne de valeur en dépit d’une différence d’options politiques. L’esprit à « prévaloir » doit en principe être : l’ombre qu’on utilise n’est souvent pas l’arbre qu’on a plante’ soi-même. Il en ressort que chacun doit planter pour le futur et pour un autre.
Pourquoi nos intellectuels à nous continuent-ils de végéter, d’être ignorés, et parfois de connaître une fin tragique, sans qu’il ne leur soit donné la moindre possibilité d’apporter leur contribution à l’édifice commun ? Un usage efficient de nos cadres serait aussi profitable à la politique, à l’administration, qu’à notre société en général. Qu’a-t-on fait de nos talents, patriotes et regrettés récents comme Ibrahima Baba Kaké, Sékou philo Camara, Siradio Diallo, Dr. Apha Sow, Colonel Mohamed Lamine Traoré, et bien d’autres qui, dans le même combat des idées et leur acheminement, sont restés les victimes de marginalisation politique alors qu’ils pouvaient être commis à des tâches d’intérêt supérieur, tout au moins à l’étranger où la Guinee a besoin d’exister et de se faire entendre ? Que continuons-nous à faire de nos stars comme les professeurs Yansané de Stanford University, Lansiné Kaba de l’Université de Chicago, Dr Frederick Kolié de l’ex IPGAN, Dr. Sory Bantou Oulare de Floride, Dr. Tété Mady Bangoura de Paris, Dr Ansoumane Dore de Dijon, Dr. Siba Grovogui de la célébrissime John Hopkins University (premiere en recherche aux USA- chacune des Universités citees aux USA étant parmi les tops), Dr Makalé Traoré de l’IPGAN, Dr. Koureissy Condé de Columbia University, Dr Mamadou Billo Sy Savane de Rouen ; ou même de nos individualités telles que Rbb, Sidoux Barry, Thierno Monenembo, Rachid Ndiaye, Elhadj Soumah, doyen Bah Mamadou, Mohamed Salifou Keita, pour ne citer qu’une poignée sur toute une armée de professionnels jeunes, moins jeunes, femmes et hommes, connus ou non, dont l’émulation peut donner une nouvelle allure au pays?
Nous avons toujours la mauvaise habitude de privilégier le « Barakalauréat » au « Baccalauréat »: notion locale mettant tout notre génie créateur dans une machine broyeuse. Ces personnes citées et tant d’autres, des sommités qui, même si souvent elles se différencient par leur choix politique ou leur rigueur, ne sont tout de même pas des ennemis.
Décideurs guinéens ! Il est grand temps d’ouvrir les yeux, les oreilles et l’esprit sur toutes ces réalités qui ont miné notre société pour enfin mieux servir le progrès. Surtout, la Guinée n’est pas qu’un tas d’échecs, une accumulation de rancunes et d’espoirs manqués ; elle peut être aussi la somme des efforts, des possibilités et des sensibilités où chacun doit mettre son ego de côté pour embrasser l’éveil. Le progrès naît de la diversité d’opinions et d’options. Il ne sert à rien de décorer nos hommes valides à titre posthume, alors que de leur vivant, ils étaient traités comme des prisonniers de guerre. Après cinquante ans de politique ténébreuse, notre pays éprouve plus que jamais le besoin d’une meilleure prévisibilité, pour une meilleure visibilité.
A quand le réveil de la politique Guinéenne avec les exigences de notre temps ?
Par Lamine Sununu Kaba
Lskaba@consultant.com
Washington DC-USA
Pour www.nlsguinee.com